Sur la corde raide

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Même s’il donne l’image d’un ministre des Finances serein à 24 heures de son grand oral, Pravind Jugnauth est visiblement sur la corde raide. Tant que certains indicateurs macroéconomiques ne plaident pas en sa faveur et ne lui donnent pas un satisfecit à sa gestion économique.

Le taux de la dette publique, relayé aujourd’hui par les observateurs politiques et économiques, fait toujours débat. À presque 63 % du PIB, ce qui est l’objectif budgétaire de juin 2018, on aurait pu se réjouir de cette performance. Ce que le Grand argentier fera certainement demain. Malheureusement, c’est loin d’être un résultat flatteur pour lui qui a eu astucieusement recours à des subterfuges pour arriver à cette fin. Soit en utilisant maladroitement deux institutions de l’État, ce que certains mal avisés appellent «special vehicle» – SBM et MT – pour emprunter une trentaine de milliards de roupies auprès d’une banque internationale, nommément l’Exim Bank de l’Inde.

Approuvés par le gouvernement, ces deux prêts, libellés en dollars, n’ont étrangement pas été comptabilisés dans la dette publique, ce qui aurait propulsé celle-ci dramatiquement à plus de 70 % du PIB. Une pratique sans doute condamnable, ouvrant théoriquement la porte à l’avenir aux abus, voire au «window-dressing». Et comble de l’ironie, le ministre sera auréolé par ses pairs et conseillers pendant la lecture du Budget pour sa rigueur budgétaire ! Il n’y a pas que les indicateurs.

Pravind Jugnauth tentera demain de jouer le pompier pour éteindre le feu dans des secteurs réclamant des soins intensifs. C’est le cas pour le sucre où, depuis une quinzaine de jours, les usiniers et les associations défendant les intérêts de cette industrie montent au créneau pour se livrer carrément à du lobbying à travers un habile exercice de gestion de l’opinion pour tirer la sonnette d’alarme sur un secteur qui, reconnaissons le, est dans une mauvaise passe.

Le timing est certes bien choisi pour matraquer l’opinion publique ainsi que nos décideurs politiques et économiques à la veille de cet important exercice : marteler que l’industrie sucrière est au bord de l’asphyxie si des mesures urgentes ne sont pas prises.

Jugnauth fils se laissera-t-il influencer par les sirènes des apparatchiks de cette industrie pour décider d’un package qui ne bénéficie qu’aux intérêts d’une seule partie ? Sans pour autant sous-estimer la gravité de la situation financière de cette industrie et la justesse de certaines recommandations du comité Makoond-Condeea, il y a lieu de faire la part des choses pour que les mesures budgétaires donnent un nouveau départ à ce secteur.

Le Premier ministre, qui a les yeux rivés sur la prochaine échéance électorale, n’a pas intérêt à antagoniser les travailleurs de cette industrie avec des mesurettes, eux qui constituent une importante frange de son électorat.

Dans son arbitrage, c’est une variable à considérer. Comme le sont d’ailleurs les nouveaux prix des carburants qui demeurent toujours une source de colère pour de nombreux automobilistes et la population dans son ensemble.

Ces derniers jours, comme la problématique du sucre, des plateformes ont été constituées pour inviter le Premier ministre à faire preuve d’une certaine flexibilité par rapport à cette question. La démarche des organisateurs, ajoutée au forcing de l’opposition, n’est pas innocente : faire comprendre au Premier ministre et à son équipe de techniciens qu’ils ont une marge de manoeuvre pour baisser, ne serait-ce que symboliquement, les prix des carburants en éliminant certaines taxes constituant la structure du prix de l’essence et du diesel. Pravind Jugnauth, qui reçoit des échos de la population à travers ses services de renseignements, sait qu’une quelconque décision dans ce sens peut réduire la grogne populaire et lui donner une planche de salut pour son avenir politique.

Par ailleurs, en choisissant de présenter son troisième Budget, le quatrième de l’alliance Lepep, le jour du coup d’envoi de la Coupe du monde, qui reste un événement planétaire, et à la veille, probablement, d’un jour férié, avec la fête Eid, le Grand argentier a-t-il choisi délibérément de minimiser l’impact de ce Budget ? D’autant plus qu’on connaît la passion souvent démesurée qu’entraîne cet exercice à Maurice.

Au bâtiment du Trésor, on prétend qu’il n’y aura pas de mesures phares mais la poursuite de son programme d’investissements publics avec les projets d’infrastructures sur lesquels il veut surfer pour présenter un bilan l’année prochaine lors de la campagne électorale.

On saura, dans un peu plus de 24 heures, ce qu’il retirera de son chapeau.

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