Homosexualité: les non-pensées

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L’histoire de l’humanité témoigne de l’omniprésence des rapports d’inégalité, d’exploitation et d’oppression au sein de nos sociétés. Cependant, ce qui devrait nous interpeller davantage est le fait que le racisme, à l’instar de toutes les autres discriminations, était perçu comme normal jusqu’à ce qu’un militantisme actif ne vienne secouer les consciences de l’époque. Il nous est donc possible de constater à quel point les normes et les notions de normalité évoluent. N’en déplaise à certains qui prennent plaisir à tout diaboliser, certains changements de paradigme laissent entrevoir un regard plus humain dans notre représentation du monde.

Ainsi, peu à peu, des autrement capables intègrent le monde du travail et s’y font leur place. Les mariages se contractent de nos jours sans considération d’âge, de religion, de castes ou de couleur de peau. Cependant, il ne faudrait pas se leurrer. Au fait, certains sont toujours mal à l’aise face à tout ce qui s’écarte de la norme. Surtout quand dès leur petite enfance, ils ont été conditionnés à penser que tout ce qui transgressait la norme était foncièrement mauvais et donc inacceptable.

Quoique vivant dans un pays où se côtoie une diversité de cultures et de religions, peu d’entre nous avons cheminé avec des adultes qui ont prôné le droit à la différence. Ajouté à cela, nous avons tous plus ou moins souffert, quelle que soit notre appartenance religieuse, du conservatisme religieux, qui a fait l’impasse sur le fait qu’on pouvait vivre sa foi sans traîner derrière soi le boulet du péché et de la culpabilité.

Comportements hors norme

Il n’est pas étonnant donc que nous soyons dans une situation de non-tolérance face à des comportements qui nous paraissent hors norme. Nous n’avons pas été habitués à avoir de la bienveillance envers ceux qui semblent remettre en question notre représentation du monde. Face à cette problématique du bien et du mal, nous devrions nous poser cette question : le seuil de tolérance est-il atteint ? Car l’intolérance n’est permise que quand nous avons de bonnes raisons de croire que certains comportements nuisent à notre liberté et à notre sécurité.

L’épisode malheureux du gay pride vient mettre en exergue les vertus de la tolérance. Il ne s’agit pas ici de cautionner ou d’approuver, mais de reconnaître que les homosexuels ont des droits comme tout le monde. S’ils ne souffraient pas de discriminations, le besoin de manifester ne se serait pas fait sentir. L’homophobie est un frein aux droits humains au même titre que le racisme, le sexisme, l’antisémitisme, l’arabophobie.

Même si l’expression de l’homosexualité peut nous choquer dans nos convictions personnelles et religieuses, il est important de cesser de voir la marche du gay pride comme une provocation. Car l’homosexualité est loin d’être un choix ou une mode. On est homosexuel comme on est noir ou blanc, gaucher ou droitier. Soulignons aussi que l’homosexualité n’est pas une maladie mais pourrait selon les psychiatres en devenir une si on essaie à tout prix de changer l’orientation sexuelle.

Nous entendons souvent cet argument de ceux qui condamnent sans appel l’homosexualité : vous qui acceptez l’homosexualité, comment réagiriez-vous si votre enfant était homosexuel ? Il faudrait à ce titre souligner qu’en ce qui concerne l’homosexualité tout comme des accidents, on croit malheureusement que cela n’arrive qu’aux autres. Puis, faisons ressortir que la plupart des parents seraient dévastés, non à cause de l’homosexualité de leurs enfants, mais parce qu’ils peuvent sans peine anticiper le cheminement impitoyable qui attend leur enfant dans un monde intolérant. Un jeune homosexuel aurait entre quatre à sept fois plus de risques d’attenter à sa vie qu’un jeune hétérosexuel !

À l’époque où l’homosexualité était considérée comme un crime dans les pays occidentaux, beaucoup d’homosexuels anonymes ou personnages publics ont vu leur destin basculer. Dans certains cas, il s’agissait d’êtres brillants qui avaient mis leurs compétences aux services de la nation. Ainsi, Alan Turing, mathématicien et pionnier des ordinateurs programmables et de l’intelligence artificielle contribua à la défaite d’Hitler en déchiffrant le code des machines utilisées par les nazis. Il se suicida à l’âge de 42 ans pour échapper à la prison après la découverte de son homosexualité. Ce n’est qu’en 2013 que la Reine le réhabilita tout en le reconnaissant comme un héros de guerre.

Nous ne pouvons-nous empêcher de penser que l’humanité aurait encore eu beaucoup à gagner s’il n’avait pas été pourchassé comme un vulgaire criminel. Nous avons donc tous un devoir de mémoire envers ces hommes et ces femmes qui tous à de différents degrés auraient pu aider à construire un monde meilleur et qui ont été stoppés dans leur élan parce qu’ils avaient une orientation sexuelle différente. Laissonsles donc vivre en paix.

Cependant, nous avons pu constater à quel point le débat autour de la manifestation était vindicatif. Comme Voltaire, nous mettons l’accent sur la nécessité de la tolérance afin de préserver la paix sociale : «La tolérance n’a jamais excité de guerre civile, l’intolérance a couvert la terre de carnage.» L’histoire a effectivement démontré que la volonté d’imposer des valeurs homogènes ne peut que conduire aux conflits. De plus, dans un contexte placé sous le signe de la globalisation, du partage du savoir et du savoir-faire, être tolérant est une question de survie. Quelqu’un qui ferait preuve d’intolérance face à la vie privée des autres aurait une vision tout aussi étriquée dans sa vie professionnelle.

Aussi, nous pouvons nous imaginer à quel point il est difficile dans notre pays pour un jeune professionnel prometteur de se faire entendre par sa hiérarchie. Alors même que dans beaucoup de pays développés on encourage les subordonnés à prendre du recul face à certaines décisions managériales. Ici, toute remise en question serait vue comme de l’insubordination. Le philosophe Spinoza a d’ailleurs mis l’accent sur le fait que ce n’est que quand les idées se confrontent qu’on peut s’affranchir des idées fausses. Une société intellectuellement stagnante est moralement corrompue parce que le doute et la dissidence sont étouffés.

Face à l’homosexualité, certains humanistes vont au-delà de la tolérance. Ils prônent l’idée d’accueillir vraiment l’autre dans sa différence, une manière d’accepter qu’il a aussi droit au bonheur. Ils mettent aussi l’accent sur le fait que dans une société qui sera amenée à se reconstruire face à des problèmes éthiques liés à l’intelligence artificielle, il est essentiel de faire cohabiter des opinions, des convictions et des croyances différentes afin de consolider le lien social.

Les idées reçues sont ce qu’on appelle des non-pensées. Notre insularité nous rend vulnérables face aux non-pensées. Jusqu’ici, l’école a failli dans sa tâche d’attiser la curiosité de nos enfants. Grâce à des enseignements dynamiques autour de la vie des idées : la Renaissance, le Siècle des lumières, la Révolution française, la Décolonisation… nous pouvons permettre à nos enfants de comprendre que la contradiction entre opinions peut nous permettre d’échapper à des dogmes qui ne contribuent qu’à faire de nos vies et de celles des autres de véritables prisons.

Nous avons surtout le devoir moral de faire comprendre à nos enfants que personne ne détient la Vérité indiscutable. Cela évitera qu’ils ne se transforment plus tard en inquisiteurs au nom de la foi et de la morale.

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