Avec 81 parlementaires combien de ministres et de PPS ?

Avec le soutien de

Le Parlement constitue l’une des principales sources de mécontentement des Mauriciens qui contestent généralement le grand nombre de députés et de ministres, le peu de temps que la Chambre se réunit comparé aux pratiques en cours en Angleterre et en Inde, les longues vacances marquées par de nombreux voyages à l’étranger et évidemment l’argent des contribuables dépensé. Actuellement, on ponctionne quelque Rs 300 millions des contribuables pour faire rouler le Parlement.

La Constitution mauricienne prévoit un maximum de 70 membres, soit 62 élus et un maximum de huit, selon le Best Loser System. Mais il arrive parfois, quand l’équilibre de représentation communale est atteint, que moins de huit sont nommés. Toutefois, Maurice pourrait se voir dans l’obligation de «nourrir» un plus grand nombre de parlementaires si le gouvernement va de l’avant avec une réforme de notre système électoral. En effet, notre système pourrait être radicalement modifié si le pays compte honorer l’engagement pris auprès des Nations unies suivant une action du mouvement Rezistans ek Alternativ. Si les informations sont confirmées, le gouvernement proposerait un Parlement de 81 membres, 62 députés étant désignés d’après le mécanisme actuel de First Past the Post, 12 autres par le biais d’un système de représentation proportionnelle et sept désignés par les leaders des partis contestant les élections générales.

La perception des Mauriciens selon laquelle les députés sont déjà nombreux et certains difficilement identifiables a été mise à l’épreuve par deux personnages que les contribuables ont découverts dans des circonstances rocambolesques. Ainsi, c’est en le voyant en profond sommeil au Parlement que les Mauriciens ont réalisé qu’il y a bien au pays un honorable député du nom de Gowkaran Oree. D’autres ont pris connaissance de l’existence d’un parlementaire appelé Kalyan Tarolah quand l’affaire Lalanguegate a été portée sur la place publique.

Les 81 parlementaires vont sans doute faire exploser le budget de l’Assemblée nationale. Car le Parlement finance aussi les voyages, tout en accordant le per diem nécessaire à ceux qui partent représenter Maurice dans des conférences parlementaires internationales. Puisque Maurice aime manger à tous les râteliers, nos parlementaires sont membres de plusieurs associations en Afrique, des regroupements francophones, de fratries du Commonwealth, de la Commission de l’océan Indien, de l’Indian Ocean Rim, du mouvement des Non-Alignés, des Small Island Developing States et, depuis un certain temps, de la grande communauté de la diaspora indienne.

81 parlementaires pour une nation de 1 300 000 habitants : si ce ratio était appliqué à l’Inde, son Parlement aurait rallié pas moins de 81 000 députés. Or, l’Inde ne compte que 545 députés, 543 élus et deux nommés par le Président pour représenter la communauté anglo-indienne. La Constitution du pays permet un nombre maximum de 552 députés.

L’accroissement du nombre de députés s’accompagnera-t-il logiquement d’une augmentation proportionnelle des sièges ministériels ? On compte actuellement 25 ministres, y compris le Premier ministre. Pour sécuriser sa majorité au Parlement, le parti au pouvoir dispose aussi du soutien de 10 secrétaires parlementaires privés (PPS), du Speaker (mais l’actuelle titulaire n’est pas une élue, donc non-affiliée), du Deputy Speaker, du Chef Whip, du Deputy Whip et du Deputy Chairman of Committees. Cela fait une quarantaine d’office-holders avec bureau, voiture officielle et autres avantages. Donc, la majorité (35+) n’est pas menacée.

Par contre, si on maintient le nombre de 40 privilégiés dans un Parlement de 81 sièges, le pouvoir aura à bien gérer ses troupes si la majorité est précaire. Mais même si la majorité est plus que confortable, le pouvoir pourrait toujours faire face au chantage de backbenchers s’ils ne sont pas casés dans le carré des 40.

Dans le business de gérer une majorité au Parlement, sir Seewoosagur Ramgoolam avait été d’un talent vraiment exceptionnel car il dirigea le pays de 1976 à 1982, avec au départ qu’une majorité de deux sièges. Des transfuges du MMM vinrent l’épauler et même s’il perdit le soutien de la bande à Harish Boodhoo, sa majorité ne fut jamais compromise.

Après les élections de 1983, un surnombre de backbenchers amadoué par des passeports diplomatiques et encouragé à se lancer dans des affaires provoqua la fameuse affaire Amsterdam. En 1988, sir Anerood Jugnauth vint avec la formule de PPS, qui rendit heureux des backbenchers qui auraient autrement nourri des sentiments de contestation, sinon de révolte. Avec voiture, bureau et budget, le PPS vit comme un petit prince. Les contracteurs partagent d’ailleurs son bonheur comme démontré par cet arrêt d’autobus dont le coût en feuilles de tôle et morceaux de bois – Rs 1,6 million – est sur le point d’être homologué dans le Guinness Book of World Records.

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