Pourquoi Liverpool ?

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J’aurais pu commencer cet échange entre vous et moi par l’ADN européen de Liverpool FC. Ç’aurait été intéressant car ce sera la huitième finale d’une Ligue des champions pour les Reds. Mais mes collègues décortiquent déjà ce match sous tous les angles possibles, tactiquement et humainement, dans ce numéro. Et puis, le Real semble avoir un ADN européen plus prononcé que son adversaire du jour. 

En me posant la question d’angle, après moult réflexions, la question évidente qui s’offrait à moi : pourquoi Liverpool après tout ? Samedi, je serai devant le téléviseur, aux côtés d’autres passionnés de ce club, avides de frissons et d’émotions. En espérant vigoureusement que la plus belle des émotions, le bonheur, parcourra notre colonne vertébrale telle une décharge électrique. 

Chacun est devenu supporter du club à travers sa propre histoire. Les plus vieux diront qu’ils ont connu les heures de gloire du club. Le phénomène d’identification le plus récurrent semble intrinsèquement lié avec la victoire. Plus une équipe gagne, plus on a tendance à s’attacher aux meilleurs. Les Road to Wembley dans notre lucarne en noir et blanc à l’époque, y ont contribué. 

Les autres raisons d’identification varient en fonction du lien affectif. Cela peut être un joueur ou un entraîneur emblématique – c’est mon cas – où une proximité avec la ville par exemple, pour quelqu’un qui aurait fait ses études à Liverpool. Evidemment, on ne parle pas, là, des autochtones, mais des supporters à travers le monde. 

C’est justement là où je veux en venir. Liverpool est une ville cosmopolite. A l’image du monde. A l’image de Maurice. En 2008, ce district métropolitain du Mer-seyside est désigné capitale européenne de la culture. La mixité de Liverpool fait qu’elle est devenue la ville d’Angleterre qui accueille… le plus de demandeurs d’asile ! 

Dans un reportage réalisé par Kate Stent du journal Ouest-France à l’époque du Brexit, il est écrit : «L’immigration fait partie de l’ADN de Liverpool. La cité portuaire et industrielle se targue d’abriter le plus ancien Chinatown d’Europe, implanté depuis 150 ans. Elle a aussi accueilli des milliers de Somaliens et Soudanais anglophones, fuyant la famine.» 

Kate Stent écrit également : «En août 2015, lorsqu’un groupuscule néonazi a voulu organiser une marche “de Blancs” à Liverpool, un habitant prénommé Mohammed faisait partie des centaines d’habitants venus les bloquer. Pour la petite histoire, ces militants néonazis n’ont pu quitter la gare, confinés dans la bagagerie par des citoyens prêts à tout pour défendre l’image de leur ville. Celle qui a servi de slogan en 2008, lorsqu’elle est devenue capitale européenne de la culture : “Liverpool, le monde dans une ville”.» 

Au-delà de la simple identification par rapport à un joueur, la découverte de l’histoire de cette ville a été une révélation. Plus on s’enfonce dans ses sables mouvants, plus on s’émerveille. Jusqu’au jour où en novembre 2016, je m’y suis définitivement enfoncé après y avoir mis les pieds, le temps d’un match à Anfield. 

Liverpool n’a pas gagné de titre depuis plus de deux décennies. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout quand on a connu le plus grand come-back (0-3 et 3-3) de l’histoire d’une finale de Ligue des champions en 2005 contre le Milan AC ! Le plaisir des supporters de Liverpool peut se résumer à ces petits moments de bonheur que procure un but de Salah, Firmino ou Mané. Mais pas que.

Le bonheur peut provenir d’une cavalcade de Robertson sur le flanc gauche. Le minot écossais qui joue désormais dans la cour des grands. L’image du petit qui peut devenir grand – ou qui l’est déjà – à force de travail. Le bonheur peut venir du fighting spirit de James Milner, infatigable 90 minutes durant ! Le bonheur, aussi infime soit-il, vient de l’humilité, pas de son arrogance. Les footballeurs arrogants n’y ont, d’ailleurs, pas fait long feu. 

Pour résumer, ces gars nous donnent de l’espoir. Voltaire disait : «Quand on a tout perdu, quand on n’a plus d’espoir, la vie est un opprobre et la mort un devoir.» 

Pourquoi Liverpool ? Pour l’espoir…

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