Fléau

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Le sujet est extrêmement sensible. D’ailleurs, il est placé en tête des priorités par la population lors des enquêtes d’opinions. Le chômage, comme vous l’avez certainement deviné, cristallise les frustrations.

Du coup, les partis politiques n’hésitent pas à en faire un thème de campagne en période électorale et à l’utiliser pour marquer des points sur l’adversaire. C’est dans cette optique que lors des législatives de 2014, nous avons assisté à une bataille rangée entre la coalition PTr-MMM et l’alliance Lepep sur la question.

Même si les deux blocs avaient établi le même diagnostic selon lequel le chômage est un mal qui ronge notre société, en revanche, leurs prescriptions pour le résorber étaient loin de sortir des sentiers battus. Pourtant, cela n’avait pas empêché ceux ayant obtenu les faveurs de l’électorat lors de cette joute de placer la barre très haut.

C’est ainsi qu’en 2015, le ministre des Finances de l’époque, Vishnu Lutchmeenaraidoo, annonçait «une phase de croissance économique accélérée atteignant 5,3 % en 2016». Et cerise sur le gâteau : «le plein emploi en 2017». Trois années se sont écoulées depuis ces projections de l’ex-grand argentier mais toujours pas de croissance de 5 % en vue et encore moins de plein-emploi.

Force, cependant, est de constater que le chômage recule. À 7,1 %, il est actuellement à son plus bas depuis 2007. L’institut des statistiques souligne qu’une décennie plus tôt, le taux de chômage était calculé à 8,5 %. Pour autant, il n’y a pas de quoi pavoiser. Car les chiffres démontrent que le chômage à Maurice a oscillé en moyenne autour de 7,6 % entre 1983 et 2017. Le plus haut jamais atteint est de 19,7 % au quatrième trimestre de 1983 tandis que le plus bas a été chiffré à 2,7 % au dernier trimestre de 1991.

Ces données démontrent à quel point le chômage demeure un fléau to chant surtout la jeune génération. En dépit de la tendance baissière constatée par Statistics Mauritius, ceux en quête d’un emploi âgés entre 16 et 24 ans sont toujours dans la tourmente. Pour cette catégorie de Mauriciens, la courbe ne s’est nullement inversée. Le taux est certes passé de 24,7 % à 19,3 % en 2008, mais il a bondi à 26,3 % en 2015 avant de se stabiliser, l’année dernière, à 24,9 %.

Le bureau des statistiques recense quelque 19 300 jeunes à la recherche d’un emploi en 2017. Ce mal perdure pour diverses raisons mais l’une d’entre elles demeurent le déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi. La faiblesse de l’investissement et la stagnation de la croissance autour de 3,5 % freinent aussi la création de nouveaux emplois. Sans compter l’absence d’une politique nationale de l’emploi.

Il est temps de se pencher sérieusement sur ce phénomène afin d’empêcher que les jeunes – déjà désillusionnés – ne se détournent davantage de la politique. Le capital humain, faut-il le rappeler, est notre principale ressource. Alors que d’autres creusent des puits de pétrole, Maurice gagnerait à creuser des puits de connaissances. Ce forage passe inévitablement par l’éducation et la formation afin de s’assurer qu’aucune ressource n’est laissée en marge.

Avec 45 % des demandeurs d’emplois ne détenant pas de School Certificate, la tâche ne s’annonce guère de tout repos. Toutefois, il est nécessaire de s’y atteler urgemment. Car plus on tarde à doter ceux n’ayant pas le niveau d’éducation ainsi que les aptitudes pour être absorbés par le marché du travail, l’on prend le risque de voir s’enliser un grand nombre de jeunes vers les fléaux sociaux que nous essayons de combattre. Ce sera donc un zero sum game.

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