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Le prix de la tranquillité

21 mai 2018, 07:28

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Le prix de la tranquillité

Y a un pion qui a bougé. Pour faire échec au refrain : «l’État ne fait rien pour les artistes». Échec et mat, à ceux qui ruminent : «l’État manque de reconnaissance envers les artistes».

Sauf que la partie n’est pas gagnée. Car l’enjeu – ce n’est pas un jeu – dépasse le cadre d’une soirée de remise de prix, diffusée en simultané et en direct sur quatre radios. Un clin d’oeil (voulu ?) à la bagarre qui est à l’origine de cette soirée de récompense : le concours du disque de l’année sur les radios publiques et privées. Du point de vue des artistes, le concours de disque de l’année ne leur rapporte strictement rien, si ce n’est quelques paillettes de gloire. Ce qui ne paie pas les factures.

À la place, le Premier ministre a fait miroiter de nouvelles formules de subventions artistiques, pouvant aller jusqu’à Rs 800 000. Mais les critères pour les obtenir ne sont pas encore disponibles. The devil is in the details, disent certains. Les artistes doivent-ils se préparer à descendre aux enfers ?

Faire de la culture un pilier de l’économie. Une formule répétée ad nauseam. Quelles réponses concrètes sont contenues dans le Budget, qui sera présenté le mois prochain ? La semaine dernière, le Premier ministre a déclaré que la culture est un secteur «difficile». Pendant ce temps, le Status of Artist Bill prend le temps qu’il faut, les auteurscompositeurs réclament toujours le prix d’un «pain maison» pour chaque diffusion de chanson. Les plasticiens réclament toujours une politique cohérente d’acquisition des oeuvres d’art.

Serge Lebrasse mérite 1000 fois d’être reconnu de son vivant. Tous les autres aussi. Mais une question se pose. La présente édition du National Award est inscrite dans le cadre des 50 ans de l’indépendance. Ce qui rend cohérent de distinguer Abhimanyu Unnuth et Vaco Baissac, par exemple. Les autorités ont déjà annoncé leur intention de rendre cette cérémonie annuelle. Mais quel sera alors le (s) critère (s) ? Va-t-on distinguer la meilleure production de l’année en se basant l’originalité, le rayonnement etc… Le jury (composé de nominés du gouvernement : Karl Mootoosamy, Gaëtan Abel, Angèle Angoh, entre autres) est-il appelé à se renouveler ?

Le National Award a fait appel au vote du public. Quelle a été la participation populaire ? Pour combien ce vote a-t-il compté dans le verdict final ? Autant de «détails» qui n’ont pas été abordés lors de la soirée.

Avant le National Award, la seule récompense nationale à laquelle pouvait prétendre un artiste était une médaille républicaine. Il n’aura échappé à personne que parmi les récompensés du National Award, on retrouve l’auteur, metteur en scène et comédien Gaston Valayden. Celui qui est allé rendre sa décoration aux portes du château du Réduit. Parce qu’il n’avait pas été soutenu par l’État, pour aller jouer Madogs of Diego, à San Francisco. Se pourrait-il qu’un jour de colère, un protestataire aille rendre son National Award ? À l’État de l’en empêcher.