Au nom de l'indignation !

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Quelques manifestations ici et là ne font pas un printemps mauricien. Certes ! N'empêche ! Dans un pays où nous sommes souvent traités de moutons de Panurge, pour ne pas dire de lepep admirab ; dans un pays où il est plus facile de libérer la parole soit sur les réseaux sociaux, soit sur des radios libres ; dans un pays où il existe toujours une certaine frayeur à se montrer publiquement anti-gouvernement, il faut saluer ces mouvements et ces citoyens qui portent leur cause en bandoulière. De la légalisation du gandia à la promenade Roland Armand, en passant par Pomponette, Tamarin et ailleurs, il y a eu, ces derniers temps, quelques démonstrations qui témoignent d'une nouvelle manière de faire de la résistance. Et qui traduisent un état d'esprit de groupes de citoyens refusant d'être passifs et n'hésitant pas à s'impliquer fougueusement et sincèrement dans la participation à la vie publique.

S'il faut le souligner, c'est parce que nous sommes dans une nouvelle phase où il n'est plus possible de dire que les Mauriciens ne descendent pas dans la rue. Non seulement ils y vont, mais évoluant avec leur temps, ils exploitent à fond tous les moyens de communication des temps modernes. Ce qui leur vaut parfois des tracasseries injustes pour des combats justes. À l'exemple de Yash Ramchurn et Samad Gunny dont la faute est, pour le premier, d'avoir appelé à la désobéissance à travers un go-slow sur les routes (pour dire «non» à l'augmentation du prix de l'essence), alors que le second a été interpellé pour avoir partagé le post du premier sur Facebook.

On en est donc là : l'utilisation de la police pour faire pression sur ceux qui, en colère, montrent leur opposition aux décisions de l'État. Une façon de faire totalement disproportionnée, abusive et condamnable, laissant penser, une nouvelle fois, avec cette convocation aux Casernes centrales, à un État policier. Heureusement, personne n'est dupe : cette opération n'est, en fait, qu'une démonstration censée faire comprendre à des voix contestataires qu'elles s'exposent à de possibles arrestations (arbitraires). Et c'est là que les autorités montrent leur totale déconnexion de la psychologie du public.

Parce que les politiques n'ont toujours pas compris que ces confrontations ont lieu de par l'absence d'un dialogue citoyen, de par le fait que le public ne se sent pas représenté dignement par les élus – censés représenter le peuple. Et tout  simplement parce qu'il est légitime d'attendre des comptes des membres d'un gouvernement payés des fonds publics. C'est au nom d'une démocratie participative, c'est parce qu'il y a une évolution dans les réflexions, doublée d'une prise de conscience sur l'importance de réinventer un modèle de société, qu'on quitte le confort de sa maison pour crier son indignation dans les rues. Il faut, d'ailleurs, dire que les raisons pour exprimer sa révolte ne manquent pas.

Qui n'a pas été choqué, cette semaine, devant le pactole de Rs 15 millions qu'obtiendra un député de la majorité se faisant ainsi payer par l'État, à travers un gouvernement dans lequel il sert ! Comment ne pas penser à un arrangement privilégié entre amis pour redonner le sourire à cet élu, actuellement poursuivi et accusé d'avoir sollicité un pot-de-vin dans l'affaire bal kouler ?

Est-ce que les instances décisionnaires s'attendent que l'opinion ne s'exprime pas alors qu'il s'agit de l'argent public ? Pourtant, se révolter, s'indigner, s'exprimer sont des attitudes saines et traduisent une revendication du droit à la participation collective. C'est faire preuve de l'intérêt à la construction d'un meilleur pays qui nous appartient à tous. Et même si jusqu'à présent, les politiques se montrent indifférents à tous ces mouvements populaires, faisant croire que les cris indignés n'ont pas d'impact sur leurs décisions, ils doivent être aveugles pour ne pas voir une progression de la révolte populaire, cristallisée ces derniers jours par l'augmentation du prix de l'essence.

N'en déplaise à la majorité gouvernementale, ces voix salutaires ne sont pas près de s'éteindre. Et elles font mentir l'adage qui veut que les Mauriciens ne sont que des moutons de Panurge !

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