La police comme sac de frappe ?

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À Maurice, on semble depuis peu davantage agresser les policiers que ces derniers n’utilisent les moyens forts.

Deux incidents, parmi d’autres, qui reflètent la perte de toute inhibition des citoyens du pays face aux forces de l’ordre : Le matin du jeudi 10 mai, des hommes encagoulés utilisent des armes à feu contre des policiers lancés à leur trousse. Les malfrats venaient de s’attaquer à des commerces dans l’Est du pays.

Le lundi 7 mai, suivant un accident de la route à Port Louis, un sergent de 50 ans est agressé par une conductrice de 27 ans et cela se passe en présence de pas moins de 10 officiers de police. Alors qu’elle a donné sa propre version des circonstances dans lesquelles sa voiture et celle du policier ont été impliquées dans l’accident, la femme a reconnu avoir agressé l’homme en question.

Une tendance qui prend de l’ampleur depuis quelques mois, c’est l’opposition systématique des citoyens à toute démarche de la police de les rappeler à l’ordre ou de procéder à des arrestations. Les Israéliens rencontrent moins de résistance lors des perquisitions dans des quartiers palestiniens que les policiers mauriciens dans certaines localités où règnent en maîtres des trafiquants de drogue. On aurait même l’impression que la police est paralysée devant certains no-go areas.

Les critères de recrutement et la formation professionnelle inadéquate n’expliquent qu’en partie l’aggravation du problème. La politisation outrancière des institutions et la mobilisation d’un grand nombre de policiers au service des ministres ont aussi contribué à impacter négativement la performance des forces de l’ordre et leur image.

Voit-on deux policiers se tenant aux côtés de Donald Trump à chaque fois qu’il s’adresse à la presse ? Voit-on un policeman ou même un gorille ouvrir la voie à la reine Elizabeth quand elle part assister à une réception ?

À Maurice, des gardes du corps accompagnent des personnalités même à l’intérieur des temples comme si leurs protégés risquaient d’y être attaqués par les divinités. À Londres, des ministres voyagent seuls, évidemment sans garde du corps, dans l’Underground. Il est vrai qu’à Maurice nous sommes héritiers d’une culture politique différente et suivant l’incident de Cité Barkly quand les ministres Collendavelloo et Sinatambou ont dû prendre la fuite à la vitesse d’Usain Bolt, ce serait vraiment dommage pour l’image du pays si un homme politique partait se réfugier sous une rame du fameux Metro Express.

La promiscuité politiciens-policiers scandalise la population tout en étant un facteur de démoralisation et démobilisation sur l’ensemble de la population. Pour certains, la proximité avec les ministres constitue un passeport pour le lancement d’une carrière. Dans l’express du 5 mai, Axcel Cheney révèle comment les policiers affectés à la sécurité des ministres bénéficient d’une promotion automatique

Ainsi une trentaine d’éléments de la Very Important Persons Security Unit (VIPSU) dont 11 au service du Premier ministre Pravind Jugnauth sont bien lancés pour une promotion. Le chef de la VIPSU, l’officier Lowe Padaruth qui a été garde du corps d’Anerood Jugnauth pendant des décennies va devenir Deputy Commissionner of Police. Dans la lettre de recommandation, on dit qu’on a déjà parlé au Premier ministre de la nomination de Padaruth comme DCP.

Les membres de la VIPSU sont dispensés de la nécessité de concourir à un examen pour avoir une promotion. Dans cet environnement de passe-droits et de favoritisme, l’ensemble de la force policière devrait faire preuve de beaucoup d’abnégation et de rigueur professionnelle pour ne pas se laisser gagner par des sentiments de frustration. Ils sont nombreux à avoir intériorisé l’idée que quelle que soit leur performance, ils sont condamnés à subir un traitement de second grade face à des privilégiés. Le public n’entend pas cette sourde colère. L’inefficacité de la police ainsi que les cas d’indiscipline ou de corruption dans cette institution ne sont que quelques manifestations visibles d’un corps gangrené.

Au lieu de remédier à la situation, les maîtres politiques ont décidé au contraire d’asseoir davantage leur mainmise sur cette institution et de créer un nouveau corps qui va agir comme un service de renseignements parallèle à celui qui existe déjà. La police doit avant tout se mettre au service de la cuisine. Et dire que la devise de la police mauricienne a été ainsi conçue : With you, making Mauritius safer. Il serait grand temps, dirait le méchant, de modifier cette devise en «with you, making the kitchen stronger».

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