CWA: dix raisons pour ne pas toucher à la distribution d’eau

Avec le soutien de

1. L’eau est un cadeau de la nature, un don du ciel et de ce fait un bien public. Elle doit être considérée comme un besoin essentiel pour l’homme et ce, au même titre que l’air, la nourriture et le logement. Elle est vitale pour toute forme de vie de même que pour notre développement économique, social et environnemental. On ne peut pas supprimer le droit à l’eau pour en faire un bien économique privatisable et source de profits. L’accès à l’eau de qualité est reconnu comme un droit fondamental par l’Organisation des Nations unies. Privatiser l’eau c’est privatiser la vie avec tout ce que cela comporte comme implications économiques, écologiques, sociales et culturelles.

2. Plus de 50 % de notre ressource en eau est déjà privatisée étant sous le contrôle de grands propriétaires terriens, des industriels ou encore des usines d’embouteillage sous les Water Rights (cours d’eau traversant des propriétés privées octroyées à partir de 1766 par le Tribunal concessionnair et inscrit dans la législation comme la Rivers and Canals Act de 1863). Le chiffre d’affaires de l’industrie d’embouteillage à Maurice tourne autour de Rs 3,5 à 4 milliards annuellement alors que la Central Water Authority (CWA), qui gère autour de 22 % de notre ressource en eau potentiellement utilisable, génère quelque Rs 1,2 milliard annuellement. C’est de ce côtélà qu’il faut aller chercher des revenus.

3. Le gouvernement a déjà investi des dizaines de milliards de roupies (notre argent !) dans les infrastructures pour le captage, le filtrage, le traitement et la distribution de l’eau. Cela inclut la construction du Bagatelle Dam et le remplacement de centaines de kilomètres de vieux tuyaux. Après de tels investissements pourquoi chercher un partenaire stratégique pour capitaliser sur nos investissements ?

4. Le prix que nous payons directement pour l’eau que nous consommons de la CWA n’est qu’une infime partie de ces dizaines de milliards de roupies que nous contribuons indirectement à travers le Build Mauritius Fund (Rs 3 M à 4 M) et d’autres formes de taxations. La CWA reçoit des subsides de Rs 200 millions annuellement du gouvernement. C’est encore l’argent des contribuables. Alors, pourquoi augmenter le tarif sous prétexte qu’il est trop bas ?

5. En termes d’intervention politique, on a vu ici et ailleurs, dans des projets semblables, l’opacité dans le processus de sélection des concessionnaires, des grosses commissions circuler sous la table et des proches du pouvoir caser dans des postes clés. Ceci laisse la voie libre à la compagnie bénéficiaire pour faire la pluie et le beau temps avec pour résultat la mauvaise gouvernance, l’opacité, la mauvaise qualité des services, le gaspillage, la dégradation des infrastructures, l’augmentation du prix, la mauvaise qualité de l’eau, les mauvaises conditions d’emplois ou carrément les pertes d’emplois.

6. On parle d’affermage plutôt que de privatisation. Mais une fois les 1,5 km de tuyaux abîmés et les 100 000 compteurs défectueux remplacés, la proposition d’affermage devient illogique. Nous avons les compétences voulues pour commercialiser notre eau. Il suffit d’une volonté politique à toute épreuve, d’un leadership fort, de la bonne gouvernance, de la transparence et surtout d’absence d’interférence politique dans les institutions.

7. L’eau est en passe de devenir une ressource critique pour le développement socioéconomique futur du pays d’où l’appellation «l’or bleu». Avec la privatisation de cette ressource, on court le risque de se voir priver d’un atout majeur pour notre stratégie de développement.

8. Selon le président de la Fédération des syndicats du secteur public, Rashid Imrith, la CWA a réalisé des profits comme suit : Rs 264 M en 2012, Rs 178 M en 2013, Rs 240 M en 2014, et Rs 275 M en 2015. Qu’est-ce qui justifie alors le besoin d’affermage ?

9. Le 16 juin 2000, le Conseil des ministres avait approuvé un partenariat stratégique entre la CWA et le consortium de la Lyonnaise des eaux/Vivendi; cet accord fut résilié par sir Anerood Jugnauth, en tant que Premier ministre à l’arrivée du gouvernement MSM-MMM au  pouvoir en septembre 2000. Par la suite, le gouvernement avait eu à payer des     dommages de Rs 30 M avec l’argent des contribuables. Se dirige-t-on vers un scénario semblable en cas d’un nouveau partenariat ?

10. De par le monde, il y a des dizaines de cas de privatisations catastrophiques d’eau douce par les multinationales (comme Nestlé, la Lyonnaise Des Eaux, Vivendi Environnement, Veolia, Suez etc.) avec la complicité des gouvernements nationaux et des institutions financières telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Doit-on se soumettre aux dictats de ces institutions financières ?

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires