Attention à l’Afrique du sud !

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L a nouvelle, elle-même, date de février, mais elle aura de telles conséquences, si elle se concrétise effectivement plus tard dans l’année, qu’il faudrait sûrement que Maurice en envisage les répercussions !

 Nous parlons du vote du mardi 27 février au Parlement sud-africain qui, à une large majorité, sanctionnait la mise sur pied d’une commission pour étudier comment modifier la clause 25 de la Constitution afin d’autoriser la nationalisation, notamment des terres, sans compensation. Le rapport de cette commission doit être soumis avant le 30 août. Cette motion, mise devant le Parlement par le trublion Julius Malema, de la gauche radicale, a finalement été votée par la plupart des membres de l’African National Congress (ANC), récoltant 241 votes sur les 324 parlementaires présents.«Le temps de la réconciliation est terminé. L’heure de la justice a sonné !» a avancé Malema au Parlement, ajoutant, sur un tout autre ton : «Nous ne cherchons pas la vengeance, nous voulons retrouver notre dignité.» Cela, alors que depuis des années, il invitait ses partisans à «s’emparer des terres» et qu’il a plusieurs fois été poursuivi devant les tribunaux pour avoir incité ses partisans à des infractions illégales. Il n’a, cependant, jamais été condamné jusqu’ici pour ses propos.

Ce vote faisait, lui-même, suite au discours sur l’état de l’union du nouveau président, Cyril Ramaphosa, le 20 février, où il présentait la nationalisation des terres comme une «opportunité et non une menace» et assurait qu’il n’y aurait aucune violence, ni aucune incidence sur l’économie. À la bonne heure !

Cette question de la réforme agraire n’est pas nouvelle. Zuma y faisait référence dans un congrès de l’ANC, en 2012. La première phase de réforme agraire, entre 1994 et 2017, a pour résultat que la minorité blanche (environ 10 % de la population), qui contrôlait 87 % des terres à la fin du régime raciste, n’en possède plus que 73 % (Le Monde du 28/02/2018). Ce chiffre de 87 % trouve son origine dans la Lands Act de 1913, document sur lequel le régime de l’apartheid s’était appuyé pour partager le pays, dans le ratio 87 :13, entre le régime raciste blanc et les homelands, ce qui était clairement du vol à l’époque. Mais qui n’est pas sans rappeler ce qu’ont fait, à partir du XVIIe siècle, les émigrants européens aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou tous les autres peuples et tribus de l’histoire qui arrivaient dans une vallée où ils trouvaient plus faibles qu’eux…

Le nouvel objectif fixé n’est pas connu, mais il est clair que les voleurs (et les spoliés) de l’époque sont morts et que la majorité des terres en question sont des game farms ou des terres de pâturage extensif (par exemple, pour les moutons) qui peuvent difficilement être plus productifs qu’actuellement et que ce sont les terres agricoles les plus valables, donc plus profitables, qui feront l’objet de convoitise. Cependant, la situation des terres n’est même pas claire. Contradictoirement, une étude gouvernementale récente serait arrivée à la conclusion que seulement un tiers des terres sud-africaines sont possédées par le privé (VOA 28/08/2018). L’institut réputé PLAAS, de son côté, situe le niveau de propriété terrienne agricole des blancs à 67 % alors qu’un audit privé par l’économiste Bornman choisit plutôt de souligner que la situation actuelle, après des achats privés de plus de 5 millions d’hectares de terres agricoles, ajoutés aux 2,1 millions rachetés par le gouvernement, est que les «non blancs» possèdent 26,7 % des terres agricoles dont le potentiel agricole représente 46 % de celui de la nation. Difficile d’y voir vraiment clair…

Ce qui est plus clair, c’est le souci que Maurice doit se faire si l’amendement constitutionnel est voté, car il est probable que cela ait un effet considérable sur l’investissement, voire l’activité, tant de la minorité blanche que des investisseurs étrangers, déjà presents ou prospectifs. Avec l’exemple du Zimbabwe en toile de fond, la nationalisation en faveur de «mignons» protégés du pouvoir plutôt qu’à ceux qui sauront maintenir, voire développer, l’activité pourrait même mener à une situation de paupérisation générale qui affectera inévitablement les 8,3 % de nos exportations (Rs 6,2 milliards) et les 7,6 % de nos importations (Rs 11,9 milliards – principalement la nourriture) avec l'Afrique du Sud. Même si le népotisme n’était pas de mise, le démembrement des grandes fermes qui ont des économies d’échelle qui leur assure une rentabilité, pour une distribution à de multiples petits fermiers, pourrait avoir de graves conséquences sur la viabilité des productions, ce qui pourrait, comme au Zimbabwe, les faire retourner à la brousse.

Outre le commerce avec l'Afrique du Sud, il nous faut aussi réfléchir au fait que nous recevons, bon an mal an, 110 000 touristes, soit 8,5 % du total et que de nombreux Sud-Africains, comme de nombreux Européens ou Indiens d’ailleurs, ont choisi d’émigrer vers Maurice, soit pour y résider, soit pour y travailler. Or, à en croire certains commentaires sur les réseaux sociaux, les Mauriciens y seraient souvent réfractaires. On évoque les plages que l’on partage, les ghettos de l’IRS, les emplois qu’«ils nous volent», leur effet sur les prix de l’immobilier et l’on demande invariablement : «Pourquoi et jusqu’à quand ?»

Soyons donc clairs ! Même s’il faut se répéter ! L’île Maurice ne peut vivre en autarcie si elle désire continuer à profiter de ce qu’il y a de mieux au monde et de progresser. N’oublions pas que nous avons, pour commencer, un déficit de talent local, ainsi qu’un exode de cerveaux que nous ne pouvons pas espérer gérer sans un apport compensatoire des étrangers. Nous ne parlerons même pas du déficit démographique qui arrive et de ses conséquences sur les pensions et sur l’État-providence…

Mieux, nous ne pouvons importer tous les biens de consommation actuels, de l’essence au riz, de la farine au ciment, sans un apport de devises adéquat. Or, nos importations sont déjà plus importantes que nos exportations par environ Rs 100 milliards ! Cela représente 21 % de la richesse nationale produite par an ! Grâce aux «invisibles», le tourisme, entre autres, notre déficit de devises est réduit à 6,6 % du PIB (soit Rs 30,4 milliards de déficit aux comptes courants). Nous ne générerons, en fait, suffisamment de devises pour assurer notre train de vie qu’au prix des transferts que nous recevons via l’offshore, les IRS, les emprunts et cet argent, bien sûr, s’il entre au pays pour le moment, dépend des étrangers et peut faire le mouvement inverse, ce qui nous embêterait passablement, avouons-le !

Il n’y a pas lieu de croire que ces transferts qui assurent, en finalité, une balance de paiements positive (3,1 % du PIB en 2017) et qui gonflent alors nos réserves de devises, nous sont garantis ! Chaque bêtise que nous commettons risque d’effrayer l’étranger duquel on dépend pour le moment pour ses devises. Une position intenable serait de dire que nous ne voulons plus d’étrangers dans le pays ou que nous sommes prêts à recevoir les étrangers, y compris les Sud-Africains, comme touristes (à tondre ?) seulement, mais pas comme résidents ou encore que nous aspirons à ce que les nôtres puissent continuer à émigrer ailleurs, sans réciprocité.

Le monde est globalisé, quoiqu’en disent les chantres du passé, de Trump à Farange, de Le Pen à Orban. Et contrairement à ceux-là, nous, Mauriciens, avons bien moins de moyens pour amortir la casse du repli sur soi ! Si l’Afrique du sud est piégée par ses radicaux, nous devrions commencer à nous préparer. Positivement et négativement.

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