Silence ! On empoisonne toujours !

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L’utilisation des pesticides dans l’agriculture locale ne fait toujours
pas l’objet de paramètres juridiques.

Plus de deux ans après l’enquête de «l’express», on attend toujours une loi pour réglementer l’utilisation des pesticides.

Une enquête diligentée sur plusieurs semaines a été publiée par l’express en janvier et février 2016. Elle indiquait, d’après un échantillon de plus de 50 produits et contre toute discussion possible que, selon le laboratoire Quantilab, jusqu’à 20 % des fruits et légumes consommés alors à Maurice affichaient des taux de pesticides au-delà des Limites maximales de résidus (LMR) – (tableau I).

Le ministère de l’Agro-industrie, dont les tests sont moins compréhensifs, car ses labos ne peuvent chercher que le dixième environ des 450 molécules actives testées par Quantilab, trouvait quand même que 6,6 % des légumes étaient au-delà des normes – les chiffres cités par le ministre Seeruttun, bizarrement, relevant de… 2014 !

Cette enquête indiquait aussi, sur un petit échantillon moins représentatif (tableau II), qu’il y avait de sérieux problèmes aussi avec la nourriture importée de pays dont les normes n’étaient pas aux standards européens. Ainsi, le masala, le riz, les haricots de Madagascar montraient des molécules actives de pesticides divers, au-delà des normes européennes.

Nous voulions alerter, pas confronter ! Il y a eu, depuis, prise de conscience, c’est sûr. Des légumes dits bio sont apparus, le gouvernement subventionne plus fortement la culture sous serre, où il est plus facile de contrôler les maladies. Il y a eu les initiatives Smart agriculture de la Chambre d’agriculture, les produits Maurigap s’installent peu à peu, la ferme bio de Britannia est aménagée, le Food and Agricultural and Research Institute et le ministère font plus de formation et les consommateurs euxmêmes demandent désormais plus de vigilance et de résultats.

Cependant, si la certification verte et unifiée se fait toujours attendre, c’est surtout au niveau de la réglementation que cela laisse à désirer. Le ministre Seeruttun, après avoir donné une interview, au début de 2016, au cours de laquelle il promettait de l’action, n’a pas été très présent sur le sujet depuis.

Sauf en avril 2017, au Parlement, où il ratait cependant une occasion en or en déclarant, sans doute conseillé par ses bureaucrates de la Santé et de l’Agro-industrie, qu’il n’y avait aucune preuve scientifique que les intrants chimiques (pesticides compris) utilisés dans la production agricole pouvaient mener à des complications de santé ! Ce qui incitait un de nos collaborateurs, KC RANZÉ (14 mai 2017), à lui conseiller une «topette de pesticides à jeun, tous les matins» pour démontrer le contraire.

Le pays attend donc toujours une loi ! Cela fait désormais deux ans et trois mois de plus, soit 820 jours, que le public attend une loi qui permette de réglementer l’usage des pesticides dans l’agriculture locale et de mieux contrôler la nourriture importée, où les LMR sont dépassés ! Ce n’est pas peu et chacun de ces 820 jours a comporté son lot de risque de trop de pesticides dans ce que nous donnons à manger à nos enfants. Ça se compte !

Qu’est ce qui explique cette lenteur à agir ? Pour la production locale, on semble avoir longtemps hésité à voter une loi qui puisse effectivement punir les agriculteurs irresponsables qui dérapent et plutôt privilégier la formation de ceux-ci. Le problème avec cette approche, toutefois, c’est que le changement des habitudes établies depuis longtemps peut parfois prendre une génération entière !

Que fait-on en attendant ? On empoisonne tendrement ? De toute manière, ce prétexte ne s’applique pas pour la nourriture importée ! Donc, vivement une loi qui nous protège adéquatement et qui s’applique dans toute sa rigueur ! Le consommateur, c’est-à-dire 100 % de l’électorat, en saura gré !

Pour rappel, ce qui nous paraissait être au minimum nécessaire dans cette loi qui prend des allures de «Godot», était l’homologation de tous les producteurs qui cultivent pour vendre, la multiplication des tests, eux-mêmes plus compréhensifs, sur ces récoltes vendues et la publication régulière de ceux-ci, ce qui installerait un système durable de traçabilité solide. Mais il est aussi impératif, en parallèle aux formations accélérées, de sanctionner tout producteur dont les échantillons dépassent les LMR, norme européenne – pas une norme diluée pour pays «pauvre».

Nous proposions ainsi un système gradué de notifications, suivi d’amendes en cas de récidive et de retrait de licence dans les cas les plus graves. À l’importation, il était suggéré de renforcer les exigences en termes de certification et d’y ajouter des tests ponctuels avec pénalisation aussi, cette fois au niveau des importateurs irresponsables (voir : «Que donnons- nous à manger à nos enfants ?» 22 février 2016).

Chaque jour qui passe sans une loi solide, claire, et dûment appliquée, est un jour de plus qui nous fait courir le risque d’acheter un produit infecté de trop de pesticide. Selon la calculette de notre bon ministre de l’Agro-industrie, ça compte ou ça ne compte pas ? Croit-il toujours, comme en avril 2017, que les pesticides sont un faux problème ? Quand va-t-il nous partager le produit de ses réflexions sur le sujet ? Ou, mieux, légiférer !

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