Álvaro Sobrinho: quand l’exécutif se réfugie derrière l’ICAC…

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En termes de communication, le Premier ministre a voulu frapper un grand coup hier. Faisant écho à la rue, Pravind Jugnauth a annoncé au peuple mauricien une commission d’enquête – trois heures seulement après le départ d’Ameenah Gurib-Fakim du Réduit. Sauf que la commission d’enquête – version PMO – ne concerne nullement l’affaire Álvaro Sobrinho, au grand dam de la société civile, qui commençait à croire que des signatures sur une pétition peuvent faire changer la donne sous nos cocotiers.

Les contours de la commission d’enquête, imaginés par le Conseil des ministres, s’avèrent bien plus restrictifs que les terms of reference de la commission d’enquête (qualifiée d’illégale) de l’ex-présidente, annoncée le vendredi 16 mars. Si Ameenah Gurib-Fakim avait déjà en tête la personne – en l’occurrence sir Hamid Moollan – pour présider la commission, en revanche, le pouvoir exécutif doit maintenant aller à la recherche de l’oiseau rare. Et on ne sait toujours pas quand la commission va commencer à siéger et encore moins combien de temps elle prendra avant de pondre son rapport.

Avant 2019 ?

Mais plus grave encore, on a l’impression que la commission d’enquête, que le Premier ministre a voulu vendre hier, équivaut davantage à un (semblant de) règlement de comptes avec Ameenah Gurib-Fakim et la clique qui l’entourait. C’est comme une commission d’enquête sur les dessous de la commission d’enquête mise sur pied par la présidence. Comme si le pouvoir exécutif voulait montrer ses muscles en affirmant qu’il demeure l’unique instance à disposer du pouvoir de nommer une commission d’enquête.

Or, pour le grand public, au-delà d’Ameenah Gurib-Fakim, qui a payé le prix fort (même si elle conserve pas mal de privilèges, dont une grosse pension à vie), il y a urgence pour savoir qui sont les autres bénéficiaires des largesses d’Álvaro Sobrinho. Cela, afin de sauvegarder l’honneur et la réputation de Maurice, comme centre financier en particulier et comme modèle de gouvernance en général.

Dans le camp de la présidente, on avance que c’est un politicien qui a rencontré Álvaro Sobrinho en premier en 2014 ? Qui est-ce qui lui a par la suite ouvert toutes les portes, dont celles du château ? Pourquoi l’interrogatoire y relatif n’est-il pas communiqué en public lors d’une commission d’enquête du même type que celle menée par Paul Lam Shang Leen ? Pourquoi invite-t-on ceux qui peuvent en témoigner d’aller le faire à l’ICAC – devenue un véritable triangle de Bermudes, à Réduit, en ce qui concerne les dossiers qui disparaissent des radars.

Dans l’affaire Yerrigadoogate, on est allé, le 18 septembre 2017, déposer des documents manuscrits (dans leur version originale) qui incrimineraient l’ancien Attorney General, mais six mois plus tard, aucune indication que le dossier a le moindrement progressé. Ravi Yerrigadoo n’a toujours pas été interrogé. Et les enquêteurs ne sont jamais revenus vers nous pour des compléments d’information, à la lumière de leurs enquêtes, comme promis… En page 11, nous évoquons d’autres raisons qui expliquent pourquoi l’idée d’impliquer l’ICAC irrite plus d’un, au lieu de rassurer, malgré les deux milliards de roupies que la commission aura englouties depuis 2002 !

***

Pour revenir à Ameenah Gurib-Fakim, l’immunité présidentielle va-t-elle la protéger devant une commission d’enquête revancharde ? Les avis divergent. Et ici aussi l’interprétation de la Cour suprême pourrait être requise pour trancher. Cette commission d’enquête est un problème politique qui va vite prendre une tournure légale – où le gros des citoyens va se perdre. Si Ameenah Gurib-Fakim est sommée de comparaître, ce sera la première fois qu’un ancien président est entendu à des fins d’enquête. Voilà où nous mènent nos fréquentations avec des individus comme Sobrinho – sans faire de due diligence et en se contentant d’un regard de l’Angolais controversé.

Le message lancé hier au PMO : si vous êtes vulnérables comme la présidente, vous prenez la porte, et on essaie de vous clouer le bec avec une grasse pension, financée par les contribuables, et la menace d’une commission d’enquête qui ne prouvera rien de plus que ce que l’on sait déjà. Et si vous êtes dans le bon camp – comme Ivan et Anil l’ont vite compris – il suffit de vous coucher et de ramper…

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