Et si on parlait de…blanchiment d’argent

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Le scandale Platinum Card n’est sans doute que le sommet de l’iceberg. Alors que pratiquement tout le monde focalise sur les dépenses personnelles de Mme la présidente avec la carte de crédit de PEI (apparemment similaire à la sienne), l’on tend à oublier que les documents, publiés depuis le 28 février par l’express, relèvent aussi le fait qu’Ameenah Gurib-Fakim, alors qu’elle était présidente de la République de Maurice, agissait comme «the signatory of the PEI Foundation AA Account !» En d’autres mots, elle gérait ellemême un des comptes du PEI du 11 mai 2016 au 20 mars 2017 quand elle démissionne. Ce même compte dont elle détenait la carte de crédit Platinum. Intéressant alors de noter, comme le souligne la BBC, que «PEI London said that Ms Gurib-Fakim had refunded the money to its Mauritian sister organisation (…) the organisation said it had given her a credit card to cover travel expenses while promoting African science, technology and innovation.»

Or, il n’y a pas à sortir de là, «she must therefore comply with all the banking legislation of this country, including the banking guidelines! This is much bigger than the use of a credit card», insiste un homme de loi très au courant du dossier PEI.

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Quiconque ayant déjà suivi un atelier de travail du GAFI (Groupe d’action financière, une ONG intergouvernementale fondée en 1989 par le G7 afin de combattre le blanchiment d’argent international) saura que pour blanchir de l’argent sale, deux secteurs sont favorisés de par le monde : le secteur de l’immobilier et les organisations à but non lucratif, bien vues par le pouvoir en place, puisque cela s’apparente à la philanthropie (amour de l’humanité).

C’est ainsi que dans l’immobilier, le réseau criminel étranger, bien souvent, verse de l’argent à un acheteur local afin d’acquérir un bien immobilier. Mais on note, en parallèle, d’autres plans plus sophistiqués «qui combinent des prêts et des hypothèques aux comptes en fiducie d’avocats pour blanchir discrètement des fonds». Dans la plupart des cas, la majorité de l’argent blanchi passe par des entreprises incorporées légitimes, «dont les activités sont minimales ou inexistantes », souligne un récent rapport du GAFI. Ce rapport cite aussi les secteurs des oeuvres de charité et des assurances comme étant particulièrement à risque.

«Les organisations à but non lucratif constituent ainsi des cibles de choix pour les ‘blanchisseurs d’argent’ en mal de structure car elles jouissent de la confiance du public, et de l’État, d’une implantation internationale et de la circulation des personnes et de liquidités.» Les blanchisseurs utilisent donc la corruption pour accéder à leurs fins.

Alors que nous négocions avec l’OCDE sur les moyens de prévenir les abus liés à notre centre financier, et que la presse internationale parle de ce scandale qui éclabousse notre réputation, l’express insiste sur le besoin d’instituer une commission d’enquête afin de laver l’honneur de Maurice comme destination financière «clean, transparent and robust» pour la Global Business community. Déjà, depuis l’éclatement de l’affaire Platinum Card, on sent une crispation dans le milieu en proie à d’autres secousses. Une vraie enquête, diligentée par le gouvernement, montrera, du moins dans la forme, que «we still mean business» en termes de «good practices» contre le «money laundering » et toutes ces «corrupt practices », «fraudulent activities» et les «racketeering» de certains criminels financiers qui sévissent ailleurs. Bien évidemment, il y a le risque que les failles du système et ceux qui en ont profité soient mis à nu. C’est le prix à payer.

Ne nous voilons pas la face et faisons un constat : les dégâts sont entamés en termes de «reputational damage» et il nous faut désormais être proactif pour rétablir l’honneur du pays. Après l’Inde, et ses articles virulents dans le cadre enflammé du DTAA, il importe encore plus de laver notre honneur, d’autant que les enquêtes sur Sobrinho et le clan Dos Santos progressent et sont suivies par nombre d’organes de presse. Nos régulateurs, tant à la Banque centrale qu’à la Financial Services Commission, feraient bien de faire le point et de scruter rapidement les comptes opérés par Sobrinho ou les compagnies qu’il contrôle, afin de s’assurer, de manière proactive, s’il y a des transactions douteuses. S’il y en avait, il faudrait sévir le plus rapidement possible et sûrement avant que les enquêtes à l’étranger ne frottent notre nez dedans ! Dans ce genre de situation, il y a de gros bénéfices à être proactif et à prendre l’initiative !

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Oui, la présidente s’en va, c’est grave. Notre réputation comme centre financier, si elle s’en va, c’est bien plus grave ! Le GAFI souligne que si le blanchiment d’argent «n’est pas maîtrisé ou traité efficacement, le blanchiment de capitaux peut avoir de graves coûts sociaux et politiques. La criminalité organisée peut en effet infiltrer les institutions financières, acquérir ou contrôler des pans entiers de l’économie par ses investissements ou encore proposer des pots-de-vin à des agents publics, voire corrompre des gouvernements entiers.»

Alors, au lieu de trouver la bonne ethnie pour remplacer Mme la présidente, soucions-nous de ce qui est plus important. Notre réputation.

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