Empoignade au sommet de l’Etat

Avec le soutien de

NOTE :

Ce texte a été rédigé samedi matin, à l’aube, à la Nouvelle-Orléans. Il s’agissait d’un cri du coeur à propos de ce que notre pays aurait eu à confronter avec la commission d’enquête de Madame Gurib-Fakim. Si elle a finalement soupesé les mêmes considérations avant de soumettre sa démission, qu’elle en soit remerciée. Il n’est jamais, en effet, trop tard pour mieux faire !


Et moi qui pensais que l’on allait pouvoir, post-célébrations obligent, enfin se concentrer sur ce qui est d’importance pour le pays. 

C’est raté !

Les grands défis du pays (et ils sont nombreux !) vont, maintenant, perdre leurs rangs dans la file d’attente requérant notre attention et nous allons assister, à la place, à un pugilat au sommet de l’État ! Ce ne sera sûrement pas aussi bien réglé qu’un match de WWE*, mais les coups permis seront, sans doute, plus variés, voire politisés, moins compréhensibles pour le commun des mortels et sûrement moins prévisibles, maintenant que Madame la présidente s’est crue autorisée de nommer une commission d’enquête, au moins en partie… sur elle-même ! D’autant que le rapport éventuel devra, on le suppose, être soumis à… elle-même !

Si seulement Mesdames Sumputh et Choomka avaient eu le même privilège, on serait tous, à ce stade, en train de lire les rapports les concernant, peut-être ? On discute déjà de la constitutionnalité de cette décision et ce que cela suggère, si sir Hamid Moollan a, effectivement, accepté de présider cette commission pour le moins un peu biscornue, c'est que nous aurons de bien chauds débats sur les subtilités de notre loi suprême pendant au moins plusieurs mois ! Pendant ce temps-là , les actions fortes et nécessaires sur la réforme du plan de pension national, la réanimation de notre productivité nationale, l’investissement, la balance des paiements, l’avenir du port ou l’élimination de la pauvreté, par exemple, vont indéniablement souffrir, avec un gouvernement sous une pression de plus ! Celle-ci étant, sûrement, plus déstabilisante que tout ce qui a précédé jusqu’ici…

Madame la présidente joue, ici, avec le feu. Si elle a, effectivement, le droit de demander une commission d’enquête, pourquoi ne l’avoir pas fait à l’époque, comme évoqué par elle-même à la MBC, quand les affaires de Sobrinho sont d’abord remontées à la surface et avoir attendu d’être personnellement au bord du précipice pour le faire ?

On peut supposer qu’elle avait, effectivement, donné son accord au PM de se retirer de la présidence après le 12 mars, sinon elle aurait dû avoir contredit celuici immédiatement après sa conférence de presse l’annonçant le 9 mars dernier, n’est-ce pas ? Ceci étant, si elle a changé d’avis en cours de route, il faut au moins qu’elle ait découvert de nouvelles pièces au dossier ou peut-être même de nouveaux arguments qui, du fait, balaient celles et ceux qui l’avaient fait admettre, avant le 12 mars, qu’elle devait partir pour sauver ce qui pouvait encore l’être de la dignité de sa fonction ? Y a-t-il de nouveaux faits ? Y a-t-il de nouveaux arguments ?

Le dernier communiqué de la présidence ne dévoile, apparemment, rien de neuf à ce sujet.

En effet, aucune des 15 clauses définissant le mandatélaboré pour la commission d’enquête souhaitée par la présidence ne semble indiquer qu’il y a ces faits nouveaux qui pourraient justifier un changement d’avis. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ?

Voudrait-elle gagner du temps ? A-t-elle un soudaindésir de transparence au bénéfice des citoyens qu’elle sert ? Reproduit-elle, ici, l’argument qu’elle avait utilisé àl’université de Maurice quand on lui avait refusé le poste de chancelière ? Croit-elle son comportement suffisamment virginal, du moins par contraste, qu’elle croit nécessaire de soumettre notre pays à ce conflit débilitant au sommet de l’État ?

Car, ne nous y trompons pas ! Le gouvernement, à travers son propre communiqué de réponse, a déclaré cette commission illégale et va donc la confronter jusqu’au bout ! Comment vont réagir la FSC, la Banque de Maurice, la Barclays ou toute autre partie qui pourrait être convoquée ou interrogée par sir Hamid ? Vont-elles se ranger et collaborer ou louvoyer et demander que la Cour suprême (le Conseil privé ensuite ?) tranche d’abord ? On peut supposer que les conditions ne sont plus réunies pour des rencontres les jeudis autour d’une tasse de thé ?

Une tasse de ciguë, peut-être ? Postulons aussi qu’il n’y aura plus d’approbation de voyages à l’étranger – du moins pas de ceux qui seraient aux frais de l’État ? Et qu’il n’y aura plus de soutien à la présidence, en général ! Vous voyez un clone de PEI (ou de L’Oréal ) misant sur la présidence pour faire avancer ses affaires (ou son image)? Que doivent donc faire les chancelleries et les autres désormais ? Inviter toujours les deux parties en espérant que les deux ne se boycottent pas en même temps, ce qui leur éviterait de se retrouver en présence l’un de l’autre ? Ou faire des choix entre le chef de l’État et le chef de gouvernement ? Vous voyez cela d’ici ?

On a le droit de craindre le pire pour le pays !

Une nation-mère déjà affaiblie par ses parasites divers, passablement saoulée par la médiocrité de quelques-unes de ses décisions, qui tentait de remettre de l’ordre dans ses cheveux et de se concentrer sur son progrès, perchée sur ses talons aiguilles, va maintenant déchirer sa robe par le haut, des deux mains et parader son corsage… Ça promet !

* World Wrestling Entertainment

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