Une gifle pour Modi... et pour Maurice

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Il n’y a pas que Pravind Jugnauth qui se fait des cheveux blancs ces jours-ci. Le Premier ministre indien, chef de file du Bharatiya Janata Party (BJP), parti nationaliste hindou qui a arraché le pouvoir en 2014 au Congress Party, vient de subir un sérieux revers. Non, pour Narendra Modi, cela n’a strictement rien à voir avec des relations pourries avec son président de la République (dont on a vu le franc sourire, le 12 mars dernier, au milieu des mines crispées de nos politiciens). Si la fin du mandat de Modi s’annonce orageuse, c’est parce que les oppositions s’unissent pour le mater. Et cela semble marcher. Le climat politique en Inde, est de plus en plus tendu. Comme chez nous.

Cette semaine, alors que les regards internationaux étaient braqués sur la rencontre entre Emmanuel Macron et Narendra Modi, le BJP a perdu trois sièges, au Lok Sabha, dans deux partielles suivies de près en raison de l’importance des États : Uttar Pradesh (UP) et Bihar. Les principaux médias indiens titrent : «UP bypolls slap in the face for BJP». Le journaliste Santwana Bhattacharya de The New Indian Express souligne : «The shock value is high because Gorakhpur (UP) is Yogi Adityanath’s home turf - he was a five-time MP from the constituency that houses his Gorakhnath ashram. The by-election was necessitated by his shifting to Lucknow as chief minister.»

Dans la rue ici, les avis divergent. C’est normal. Nous sommes dans la plus grande démocratie au monde. Où la mort d’une actrice du sud de l’Inde fait pleurer tout un pays. Où la seule mention du nom de Shah Rukh Khan fait remplir les salles de cinéma, indépendamment des régions, foi, castes, dialectes et autres divisions sociétales si fortes ici. Où les nationalistes hindous de Modi et du Yogi, malgré leur sérieux revers électoral cette semaine, restent populaires, même si, en dépit d’une forte croissance économique (7,5 % en 2018), l’écart entre les États riches et les États pauvres se creuse (contrairement à ce qui se passe en Chine).

«The results from the by-polls make it clear that voters feel quite angry at the BJP and that they will vote for non-BJP candidates who have the best chance of winning.» C’est ce qui ressort de nos discussions avec quelques observateurs politiques en Inde. D’autres préfèrent relativiser : «Il y a eu une dizaine de partielles depuis l’an dernier. Le BJP les a toutes perdues. C’est normal car ils sont au pouvoir et ne peuvent plus faire des promesses populistes comme avant 2014.»

Pour nous, c’est surtout preuve que le vaste électorat de l’Inde reste extrêmement dynamique et compliqué à saisir, tant pour les politiciens que pour les analystes.  

***

Retour à Maurice. Notre présidente et ses mystérieux conseillers semblent avoir pris de court le Premier ministre et son équipe qui pensaient, à tort, que la partie était facile. En baissant la garde durant les fêtes, ils ont permis à la présidente de rebondir. Dans une riposte qui ressemble autant à un geste de désespoir qu’à une attaque minutieusement calculée, Ameenah Gurib-Fakim vient d’instituer une commission d’enquête en jouant sur les limites de son pouvoir – à tel point que même Yousuf Mohamed semble douter de la légalité de cette action in extremis. Serait-ce alors un coup d’État légal ?

Nous rendons-nous compte qu’on assiste à une crise sans précédent au sommet de l’État ; à un bras de fer entre un Premier ministre qui n’a d’autre choix que de s’imposer (s’il veut être réélu en 2019) et une présidente mal avisée (?), qui communique encore maladroitement, et qui veut être entraînée sur un terrain politique où elle risque de perdre tous ses bijoux et le peu d’apparats qu’il lui reste ? Fait-elle l’objet d’un jeu politique qui la dépasse ? 

Certes, au nom de la salubrité publique, et de la séparation des pouvoirs, ce serait bien que ce tribunal spécial ou cette commission d’enquête puisse aller jusqu’au fond des choses. Afin que l’on sache, à la suite des révélations de l’express, qui d’autres, outre Ameenah Gurib-Fakim, auraient bénéficié des cartes de crédit Platinum, des Jaguar, des contrats immobiliers, des millions du ténébreux Sobrinho ? Ce serait bien de crever l’abcès. Que le pus de la corruption et de l’affairisme d’État sorte enfin. Mais en attendant, couvrez-vous : cela va être sale. Et notre pays va être davantage sali, souillé.

Certains vont essayer de communaliser le débat. D’autres esprits mesquins vont tenter de connaître nos sources – sources que nous allons protéger coûte que coûte. En professionnels de l’information – qui demeure un bien public ! – nous savons fort bien que sans protection des sources, le journalisme d’investigation, le vrai journalisme quoi, ne peut s’exercer. Vous vous rendez compte que si l’express n’avait pas publié les relevés bancaires d’Ameenah Gurib-Fakim, on aurait, encore une fois, tout balayé sous le quadricolore mauricien ! Et Ivan serait toujours captivé par le regard d’Alvaro...

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