Quand le malheur des uns assure l’honneur du pays

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Demain, c’est le 12 mars, et le pays aura alors été indépendant pendant exactement 50 ans. Je ne fais pas, cependant, partie de ceux qui ont honte pour le pays à cause de ce qui s’est passé avec Madame la présidente ces jours derniers. La vie d’un pays, admettons-le, est constituée de triomphes et de déchéances, d’avancées positives et de défaites lamentables, et c’est plutôt dans la manière par laquelle ces événements se célèbrent ou se résolvent ou, tout simplement, se constatent, que l’on peut effectivement mesurer un pays et le jauger.

Dans ce dernier épisode en date, je retiens qu’un journal libre et indépendant, en l’occurrence l’express, a, une fois encore, assumé les responsabilités qui lui incombaient à partir du moment où il était en possession d’informations troublantes et que, sans faveur ni faiblesse, il a été jusqu’au bout. Une presse encore libre est, en elle-même, un triomphe démontré pour le pays. Mais il faut aussi retenir que nous vivons dans un pays où les journalistes concernés n’ont pas été, du moins cette fois, interpellés par la police du pays, à l’aube, dans leurs maisons, que l’opinion publique s’est bien fait entendre, qu’il y a eu un débat adulte au sein du gouvernement et que malgré les hésitations des uns et des autres, et en dépit du contexte délicat des célébrations de l’Indépendance, on est parvenu à une dissension d’opinion, entre les deux plus hautes fonctions du pays, et à un jugement de «faute» pour la présidente.

Un pays, un système qui est capable d’appréhender une circonstance pareille, avec mesure et maturité, est, à mon sens, un pays qui est plus sûrement autorisé à célébrer ses 50 ans que celui qui aurait pu avoir réagi de manière plus étriquée, plus autocratique ou plus tribale. On peut, certes, discutailler sur la méthode ou la manière, mais en fin de compte, cet épisode est au crédit du pays et en fait son honneur.

Ceci dit, nos 50 dernières années ensemble n’ont certainement pas été un long fleuve tranquille arrosé de sagesse triomphale et de principes défendus en toutes circonstances. Avant la présidente, nous avons tout de même aligné, entre autres, les frasques diverses de Soodhun, les poules de Daby et de Badry qui ne pondaient pas le week-end, les bal kouler ou les achats de bottes de Dayal, le Yerrigadoogate, les joies frivoles du Macarena ou de Tarolah, les estimations «à la carte» de MedPoint, les comportements intempestifs de Choomka, de Soornack ou de Sumputh, le festival de la terre de Duval ou celui, plus récent, de Navin en faveur du pandit Sungkur, des Woochit ou de Gooljaury… Parmi tant d’autres épisodes, ceux-ci nous rappellent que l’homme est souvent faillible, d’autant que ces hommes (et femmes) sont choisis par des leaders qui préfèrent gagner des élections entourés de yes-men (et de yes-women), même si médiocres, plutôt que de proposer au pays les meilleurs qui soient ; les intègres, les compétents, les sincères, qui sont invariablement, il est vrai, plus difficiles à tenir en laisse et à manoeuvrer.

Ceci est d’autant plus incompréhensible que dans le quotidien, nos concitoyens, quand malades, tenteront de choisir le meilleur des chirurgiens plutôt que le boucher du coin, ou quand menés à prendre l’avion ne se contenteront pas d'un chauffeur de camion plutôt que d'un pilote aguerri et qualifié ! Alors, par quelle logique peut-on encore, quand on choisit le leadership politique de son pays, ne pas choisir les meilleurs, son élite, et croire que les fonds de baril, loyaux, vont être capables de plus de bien pour (ou de moins embarrasser) le pays, éventuellement ?

Ce sont bien les chefs de parti qui choisissent nos représentants éventuels à la tête du pays, n’est-ce pas ? S’ils veulent gouverner avec plus de sérénité dans les 50 ans qui suivront, il faudra bien, c’est l’évidence même, qu’ils choisissent mieux, qu’ils soient plus responsables et plus circonspects. En parallèle, le citoyen-électeur doit aussi devenir plus exigeant, refuser le dynastique, mépriser les partis qui lui présentent systématiquement des ribouldingues avérées… Des Vaghjee ou des Neerunjhun ont existé et existent encore. Il s’agit de les identifier et de leur faire plus qu’une place congrue. Il faudrait même leur accorder une masse dite critique dans les partis pour que la tendance s’inverse et que l’on échappe enfin à la tendance qui note, d’une élection à une autre, que nous avons «le pire Cabinet depuis l’Indépendance».

Madame la présidente va payer ses erreurs de jugement au prix fort et c’est tout à l’honneur du pays. Accepter d’un étranger sulfureux, une carte de platine de Rs 1 million à son nom est une erreur. Utiliser cette carte pour de bien folles dépenses est encore une erreur, d’autant qu’elle affiche alors publiquement ses faiblesses à celui qu’elle veut (et doit alors ?) aider. Ne pas repayer ces folles dépenses immédiatement, entre septembre et décembre 2016, mais seulement en mars 2017, quand l’express étale, pour la première fois, la générosité démesurée de Sobrinho et se prend, ce faisant, un procès de diffamation de Rs 150 millions dans le nez, est une grave erreur aussi.

Mais l’autre question que l’on doit se poser est la suivante : est-ce que ces erreurs auraient été commises si d’aventure le gouvernement avait été constitué d’une masse critique de personnes avec un meilleur sens de l’éthique et de la moralité ?

On peut ne pas le penser !

Ce qui suggérerait, ainsi, qu’elle n’est pas la seule coupable d’avoir cédé aux promesses et aux prospects de l’archange du mal qu’était Alvaro Sobrinho et d’avoir rationalisé ce qui se faisait...

On peut donc s’attendre à une suite !

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