Immunité n’est pas impunité

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En diplomatie, l’ultimatum est souvent la dernière exigence avant la capitulation. On a attendu en vain, hier, que la présidente se manifeste – surtout après son ton menaçant vis-à-vis de nous, vendredi matin, sur les ondes de RadioPlus. À hier, 17 h 37, alors que s’écrivait cet éditorial, elle n’avait toujours pas donné signe de vie. Pourtant, c’est bien elle qui a parlé d’un ultimatum de 24 heures. Elle a dû agir sur les conseils de son avocat criminel qui, souvent, conseille à ses clients de garder le silence – quitte à embarrasser le pays tout entier.

Comme Mme la présidente ne donnait pas signe de vie (malgré nos maints appels, tweets, sms, méls), nous avons envoyé, hier soir, l’un de nos journalistes à la State House afin de lui faire parvenir une copie de l’article de Mediapart, journal dirigé par Edwy Plenel, qui s’intitule Angola : un banquier proche du pouvoir a pillé 600 millions de dollars. Cet article, publié hier en ligne, se termine ainsi : «Au printemps 2017, il (Sobrinho) a été soupçonné d’avoir bénéficié de passe-droits à l’île Maurice. Comme l’a raconté le journal local l’express, les autorités de l’île l’ont autorisé, malgré le scandale de la Banco Espirito Santo Angola (BESA), à acheter 131 villas dans un complexe immobilier. Interpellé par l’opposition, le vice-Premier ministre mauricien, Ivan Collendavelloo, a répondu qu’il avait suffi qu’il ‘regarde Sobrinho dans les yeux pour savoir que son argent (était) propre’.» Voir la teneur de l’article en question en page 7.

Il faut qu’on arrête de tourner autour du pot concernant l’authenticité des documents bancaires que nous avons publiés. À aujourd’hui, tout le monde aura compris que si ces documents étaient falsifiés ou faux, je serais, depuis mercredi (jour de la publication des relevés bancaires de la Platinum Card), en train d’être cuisiné au Central CID. La présidente et son avocat Collendavelloo auraient réclamé ma tête et la mise sous scellés de l’express sur des ondes privées et publiques. Et plusieurs lobbies qui n’aiment pas le journalisme pratiqué par l’express auraient profité de ce moment pour nous achever. Or, il n’en est rien – du moins jusqu’à hier soir. Pour la bonne et simple raison que le PMO, la Banque centrale et la Barclays ont déjà contrevérifié les documents publiés. Aucun démenti jusqu’ici – juste de viles attaques qui ne nous impressionnent aucunement.

La vérité c’est qu’Alvaro Sobrinho a bien arrosé son monde à Maurice. Nous le disons depuis longtemps en dépit du fait qu’il a essayé de nous réduire au silence avec des réclamations de Rs 150 millions. Pour frayer son chemin à Maurice, Sobrinho a distribué des Jaguars, des Range Rovers, des millions à la ronde, y compris à de hauts fonctionnaires et politiciens. Il a aussi acheté, à Balaclava, des villas de luxe à des hommes d’affaires proches du pouvoir. Ce que l’on ne sait pas encore c’est qu’il a également permis à un ou deux richissimes Mauriciens d’acheter des biens fonciers au Portugal afin de devenir des résidents permanents européens. Avec les développements à prévoir, les langues vont se délier et la vérité finira par éclater. Le comble, c’est que la réputation de Maurice, en raison du traitement de faveur dont ont bénéficié Alvaro Sobrinho et sa clique au Réduit, au bureau du VPM, au salon VIP de l’aéroport, a pris un sale coup. Un ami qui travaille à la Banque mondiale me confiait hier, ironiquement : «You guys have now definitely earned your place in Africa!» Mo Ibrahim saura apprécier ce commentaire.

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Connaissez-vous Pépé Mujica ? Si non, faites une petite recherche sur Google et vous serez frappés par le contraste entre l’ex-président de l’Uruguay et notre présidente. Au lendemain de son élection, en 2010, Mujica a fait comprendre qu’il était hors de question pour lui d’habiter au palais présidentiel. Il est resté dans sa baraque et a utilisé la demeure présidentielle comme refuge pour les sans-abri ! Il a aussi refusé les voitures de luxe, mais a conduit lui-même sa Coccinelle bleue achetée en 1987. Enfin, il a fait redistribuer les 90 % de son salaire mensuel de président à des associations caritatives, conservant les 10 % restants, soit l’équivalent de 900 pesos, montant du salaire moyen en Uruguay.

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Immunité ne doit pas être confondue avec impunité. Même si sur le plan juridique, Ameenah Gurib-Fakim ne risque aucune poursuite, en revanche, l’opinion l’a déjà condamnée, dans la rue et dans les salons, bien avant Pravind Jugnauth (malgré toutes les informations incriminantes sur elle dont il dispose). Reste la question : si elle n’est plus présidente, aura-t-elle droit à une pension à vie avec chauffeur et garde du corps ?!

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