Pravind Jugnauth va-t-il lâcher la présidente ?

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L’affaire Platinum Card est révélatrice de notre société à plus d’un titre. A l’aube des 50 ans de notre indépendance, force est de constater que, dans une perspective purement politicienne, le combat pour une moralisation de la vie publique n’arrive toujours pas à s’émanciper du communautarisme. Pour preuve : sur le plan politique, tous ceux qui ont entrepris au nom des principaux partis, des actions, ou formulé des déclarations, nommément Shakeel Mohamed, Reza Uteem et Showkutally Soodhun, contre Madame la présidente, s’avèrent être du même groupe ethnique qu’elle ! Pourtant, ce que l’on reproche à Ameenah Gurib-Fakim n’a strictement rien à voir avec ses origines, encore moins, selon nous, avec son ‘gender’ - même si Loga Virahsawmy, plus loin, affirme que «my only hope is that not all women are put in the same rotten basket…»

Dans le sillage de la motion de blâme du Parti travailliste, vite soutenue par les autres partis de l’opposition, nous avons interrogé différents parlementaires sur leur position. Ici encore, les réponses des uns et des autres illustrent les différents métaux, pas forcément précieux, dont sont faits les élus du peuple. Il y a d’abord ceux qui deviennent aveugles comme Prem Koonjoo, ou ceux qui jouent aux trop occupés comme Raj Dayal : «Je n’ai pas eu l’occasion de lire l’article». Pourtant depuis mercredi, il n’y a pas eu un mais plusieurs articles de publiés.

Si la plupart des parlementaires restent injoignables ou ne veulent pas, comme Kalyan Tarolah, commenter cette affaire «on record», d’autres nous sortent des réponses fort intéressantes. Par exemple, Vikash Oree du MSM souligne qu’il veut rester “neutre”. Malini Sewocksingh et Guito Lepoigneur du PMSD ne disent rien pour l’instant car ils préfèrent attendre le retour de leur leader, Xavier Duval. Ritish Ramful du PTr fait, lui, un parallèle entre le Collendavelloo d’hier et celui d’aujourd’hui : «Il avait soutenu que Kailash Purryag (NdlR : son beau-père) devait démissionner de son poste de président par principe (…) Où est passé ce principe maintenant Et dire qu’il ne parle même pas du Collendavelloo de l’épisode Sol Kerzner (1989)…

Le Muvman Liberater et Gurib-Fakim ont réussi le tour de force de rassembler les forces de l’opposition, qui réclament, en unisson avec le public, la tête de la présidente. Mais le ML, qui nous paraît bien moins uni que l’opposition, a aussi placé Pravind Jugnauth, qui tente de se positionner comme le Premier ministre de la rupture, devant un choix difficile pour son image.

Autant sa fermeté dans les cas des ministres Yerrigadoo et Soodhun lui avait donné quelques bons points au sein d’une opinion qui en avait marre de la série ininterrompue de scandales, autant son indécision dans le cas de la présidente lui fait perdre ces mêmes points accumulés.

S’il se laisse convaincre par l’avocat Collendavelloo – celui-là même qui avait lu dans les yeux de Sobrinho – et ne rappelle pas, en urgence, le Parlement pour que la motion de blâme soit débattue, il risque fort d’être entraîné vers le bas par le ML et la présidente.

En revanche, s’il lâche la présidente, comme cela est souhaité au Sun Trust, il enverrait alors un signal fort à la population, selon lequel il ne compte nullement renier sa promesse de nettoyer le pays.

Certes, ce faisant, il risque de perdre Collendavelloo, qui s’est bien trop avancé sur le dossier Sobrinho pour reculer (quoiqu’on aura tout entendu de lui, surtout dans le sillage de l’affaire Sumputh), mais l’on peut parier que le reste du ML ne quittera pas le gouvernement pour suivre Collendavelloo et Gurib-Fakim. Il ne reste que deux ans au compteur de Pravind Jugnauth et beaucoup viennent s’agripper à lui…Sans Duval et Collendavelloo, le leader du MSM pourrait alors négocier sans pression avec le MMM ou un autre partenaire…afin d’essayer de contrer Navin Ramgoolam. Mais chaque chose en son temps. Pour l’heure, il a l’épine Gurib-Fakim plantée au pied...

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Un nouveau scandale défraie la chronique depuis le mercredi 28 février à Maurice. Cette fois-ci cela concerne ni plus ni moins la garante de notre Constitution, son excellence Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République. Elle a dépensé plusieurs centaines de milliers de roupies pour des achats personnels, entre autres, sur une carte de crédit Platinum offerte par la Planet Earth Institute, la fondation d’Álvaro Sobrinho, homme d’affaires angolais hautement controversé. Retrouvez tous les articles concernant cette affaire dans notre dossier spécial : Platinum Card. Une enquête exclusive de l’express.

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