Faut bien que jeunesse se passe…

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En janvier de cette année, imaginez ma stupéfaction à la lecture d’un article dans The Economist (voir Teenagers are better behaved and less hedonistic nowadays) qui disait, entre autres, que, du moins, dans le monde «industrialisé», diverses études démontraient que la présente génération de jeunes prenait des plis surprenants, notamment dans son comportement, qui devient de plus en plus… responsable !

Ainsi, un des faits notés était que les jeunes commencent à boire de l’alcool plus tard et, de toute façon, boivent moins ! Une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur cinq pays développés (Canada, Hollande, Royaume-Uni, Allemagne, France), indique que le pourcentage de jeunes des deux sexes qui ont été saouls au moins deux fois dans leur vie a baissé, entre 1997-98 et 2013-14 ; au Royaume-Uni, de 55 % à 28 %, en France de 24 % à 18 % et au Canada de 42 % à 22 %. En parallèle, 20 % plus de jeunes de tous ces pays trouvent plus facile de parler à leur père maintenant qu’il y a 12 ans ! Mais ce n’est pas tout, car d’autres drogues se consomment moins aussi. Pour exemple, le pourcentage de jeunes qui n’ont touché ni à l’alcool, ni à la cigarette, au haschich, ou toute autre drogue dure, a progressé de 11 % à 31 % en Suède entre 2003 et 2015. Les chiffres correspondants en Islande montrent un progrès de 23 à 61 %. Malgré ce que dit Trump, la baisse de consommation des opiacées par les jeunes américains est particulièrement importante. D’autres études montrent une génération qui se bagarre moins et qui se conduit de manière moins irresponsable et qui est même moins sexuellement active, en conséquence de quoi les grossesses de teenagers américains, par exemple, ont été réduites de 2/3 entre 1991 et 2015 !

Aucune étude de comportement de nos jeunes ne semble être disponible chez nous à ce stade, mais l’anecdotique suggère que nous avons quelques années de retard sur ces courbes, elles-mêmes apparemment engendrées par plus d’étudiants au tertiaire, la technologie et… l’immigration. En effet, les immigrants, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, arrivent souvent avec la volonté solide de réussir et une toile de fond culturelle plus disciplinée. Sur un quart de siècle, plus d’immigrants améliorent inévitablement les moyennes. Quant à la technologie, une des conséquences du fait qu’un jeune de 15 ans passe, en moyenne 146 minutes par jour sur son téléphone (ou iPad), est qu’il a moins envie de sortir avec les copains. En conséquence, comme joliment écrit dans l’Economist, les jeunes peuvent, aujourd’hui, échanger palabres, insultes ou photos nues sur le 4G et éviter ainsi d’échanger les coups de poing, la vodka ou les fluides corporels. La technologie permet aussi plus de contrôle.

Maurice Piat espère que les jeunes, qui représentent l'avenir du pays, pourront, d'une manière ou d'une autre, réaliser leurs rêves, photo de Beekash Roopun.

Quand j’étais à l’université, il y a 50 ans, j’écrivais des lettres à mes parents qui prenaient une semaine par avion, et je téléphonais une fois l’an pour aviser du résultat des examens. Aujourd’hui, le jeune est pisté par Facebook, WhatsApp ou Skype, d’autant que ça ne coûte rien. Une des conséquences négatives, cependant, est que les jeunes se lient moins facilement socialement et s’isolent alors de plus en plus dans leur monde virtuel. Monseigneur Piat, de son côté, s’intéresse avec tendresse à nos jeunes dans sa lettre Pastorale 2018, Ombres et Lumières, et confirme un certain degré d’anxiété en constatant que «malgré de meilleures conditions de vie, des facilités sportives plus nombreuses et de meilleure qualité, une plus grande diversité de loisirs disponible , la consommation d’alcool et de drogues de toute sorte chez les jeunes… atteint des proportions inquiétantes et jamais atteintes auparavant» et de s’interroger sur les causes. Déception dans les relations avec les parents ? Peu compris dans leurs difficultés ? Peu encouragés dans leurs efforts ? Insatisfaction face à de la surconsommation ? Il ne répond pas à ces interrogations, mais, en chapitre 2, tout en proposant une analyse fort juste des défis confrontant le pays, il partage son rêve d’un changement de cap vers ce qu’il appelle une écologie intégrale ; sociale, environnementale et humaine. C’est un message fort, rempli d’espoir, capable de galvaniser, cependant qu’il puisse effectivement atteindre son auditoire jeune local, alors que celui-ci semble encore être sur la partie bêtement «expérimentale» de sa courbe de maturation ! (voir The Economist) Son affirmation que c’est la société civile qui change le monde et non plus les gouvernements est largement comprise et soutenue par l’express depuis quelque temps déjà. Encore faut-il que cette société civile se muscle, se prenne mieux en main et remette aussi les politiques à leur place, qui est celle de nous servir.

Angle différent sur la jeunesse : celui de Steve Hilton dans son livre passionnant intitulé More Human (WH Allen, 2016), où il fait deux points majeurs, encore une fois dans les sociétés développées. D’abord, il parle du problème de la surprotection des enfants qui les empêche de jouer et de prendre les risques que ma génération prenait tout naturellement ! Aujourd’hui, on réglemente les jardins d’enfants jusqu’à les rendre inintéressants, on poursuit une mère qui laisserait son gosse au jardin public sans surveillance et, évidemment, plus de rotin ! Son point : trop de réglementation pétrie pour rassurer les parents, alors que cela se fait aux dépens du jeu sans surveillance, imaginatif et aventurier de mon enfance qui enseignait (oui !) à l’enfant un meilleur sens d’initiative, de créativité, de coopération et de connectivité sociale. Et formait un enfant bien plus débrouillard, quoi !

Par ailleurs, il exprime sa grande inquiétude par rapport à ce qu’il appelle la sexualisation trop précoce des nouvelles générations, notamment à travers la pornographie trop facilement accessible sur téléphone cellulaire. Citant le cas britannique où le premier «mobile» est reçu, en moyenne, à 12 ans, et une majorité des 8 à 15 ans ont trois appareils numériques ou plus ( !) ; plus de 50 % des 12-15 ans disent déjà visiter des sites sexuellement explicites. La vigilance des parents sur ce qui se consulte semble plus déclarée que réelle. Par exemple, un sondage de McAfee révèle que 61 % des adolescents sont confiants qu’ils peuvent cacher ce qu’ils font sur Internet à leur parents et 49 % disent même que leurs parents ne font rien pour les contrôler ! Or, un des combats les plus nécessaires de ces dernières années, celui de la valorisation des femmes est, selon Hilton, menacé par la dynamique porno, fabriquée par des hommes, car les jeunes cervelles perméables sont abreuvées d’images situant le rôle principal des femmes comme étant de satisfaire l’homme. Dès lors que 45 % des garçons présentent le porno comme «éducationnel» et que trois quarts des jeunes filles disent être sous pression pour se comporter ou agir «d’une certaine manière», Hilton prédit des dégâts et propose de ne pas attendre de les voir avant d’agir.

Au-delà de Net Nanny et alors que les jeunes paraissent souvent avoir deux pas d’avance pour leurs incursions sur le Net, Hilton est tellement concerné par l’Internet sans supervision qu’il préconise tout bonnement d’interdire les smartphones et autres MIED* aux moins de 18 ans, tout comme on leur interdit l’accès à l’alcool ou la cigarette.

La jeunesse, qui se fait d’ailleurs plus rare, c’est bien notre avenir, non ? Qui l’étudie ? Qui s’en soucie ici ?

KC RANZÉ
*Mobile Internet Enabled Device

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