Études supérieures: attention à ces offres alléchantes !

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Orienter l’étudiant ou l’appâter ? Telle est la question que l’on pourrait se poser dans le sillage de la tenue des diverses foires (certains les appellent salons) qu’organisent des institutions et universités étrangères pour attirer les étudiants mauriciens. La bataille publicitaire qui se déroule afin d’influencer l’étudiant dans son choix est très visible ces jours-ci. Et derrière tout ça, il y a un enjeu financier non négligeable.

L’on se demande si ces opérations de séduction de la part des institutions qui recrutent se font dans un cadre régulateur, avec des normes sur le contenu des messages, avalisé par les autorités compétentes. Deux aspects de ces offres d’études supérieures sont traités dans cet article. Le premier porte sur cette invitation déguisée à l’exode, faite aux jeunes cerveaux, et le second s’intéresse à la reconnaissance des diplômes livrés localement par des universités étrangères.

L’invitation à l’exode

L’exode programmé de nos jeunes cerveaux s’affirme. Chaque année pourtant, les opérateurs économiques et même l’État se plaignent du manque de compétences pour faire avancer le pays. Les lauréats disparaissent : chaque année, et ce malgré les grands frais encourus par le pays, les meilleurs, la cuvée, comme on le dit flatteusement, s’envolent vers d’autres cieux pour ne jamais revenir.

La tendance n’atteint pas seulement la crème de la jeune intelligentsia. Elle s’étend à tous ceux qui ont les conditions requises pour être admis dans une université étrangère. Et plusieurs de ces institutions viennent recruter ici, ou ont des représentants locaux actifs à la recherche de potentiels étudiants. Pour attirer les étudiants, leur sont offertes des possibilités de travailler dans ces pays étrangers pendant les études. Evidemment, cela permet à l’étudiant d’aller plus loin dans son rêve, en pensant déjà à s’ installer dans le pays hôte, après avoir décroché son diplôme, obtenir un permis de résidence , et éventuellement se voir octroyé la nationalité.  

On ne peut freiner cette tendance. Ceux qui sont attirés par la formule études – permis résidence – nationalité sont motivés par des considérations légitimes. Ils sont peut-être pessimistes dans leur perception de ce qui les attend à Maurice, mais il s’agit avant tout de leur carrière, leur vie, pour lesquelles ils sont seuls juges. 

La question est de savoir s’il y a une réflexion au niveau de l’État sur ce qui se passe, et si au moins, il y a une collecte de données pouvant servir à un futur exercice de planification stratégique en vue d’une situation qui va sûrement devenir alarmante, avec le vieillissement de la population. Voilà, un pays qui finance la formation des cadres pour aller servir dans d’autres pays plus nantis. Quel paradoxe : exode de capitaux suivi de l’exode de compétences.

Universités basées à Maurice: quelle reconnaissance ?  

La question est aussi de savoir si les informations fournies aux étudiants et à leurs parents sont complètes. La même exigence en matière de publicité commerciale devrait s’appliquer. Sous le couvert de l’offre d’études universitaires et de l’épanouissement de l’individu, il y a avant tout l’achat d’un service, donc une opération marchande aussi, avec des offres faites pour attirer les étudiants et surtout leurs parents à investir financièrement dans un projet.

On remarquera que certaines universités affichent les contraintes attachées aux diplômes qu’elles octroient. Il y a cette université française qui délivre un diplôme de droit, le LLB. L’enseignement est en anglais. Après 3 ans d’études, le détenteur de ce LLB ne peut pas prendre part à l’examen du barreau mauricien, qui exige la Maîtrise de droit, lorsqu’il s’agit d’un diplôme français. Dans ce cas, l’annonce publicitaire mentionne ce point. Si l’étudiant lit soigneusement l’annonce, il sait ce qui l’attend.

Mais, il serait utile à l’étudiant d’être informé sur la reconnaissance de son diplôme obtenu à Maurice. Il doit savoir si après avoir complété son LLB dans une université française située à Maurice, son diplôme sera reconnu par l’État français, lui donnant automatiquement accès à la 4e année pour une Maîtrise dans une université en France. Il est nécessaire d’informer l’étudiant si son diplôme de LLB, obtenu à Maurice, est un diplôme d’État (La France), et si ce diplôme bénéficie de la même reconnaissance qu’une licence en droit délivrée par une université française située en France. L’étudiant doit aussi savoir si le diplôme délivré à Maurice est différent de celui qui est délivré en France par la même université.

L’étudiant est averti par cette autre université française qui délivre une Licence (Bachelor of Science in Engineering) tout en précisant dans son annonce que l’étudiant doit avoir une Maîtrise pour pouvoir s’enregistrer auprès du Council of Professional Engineers à Maurice. L’étudiant est donc au courant. Ici, aussi, comme dans le cas cité plus haut, il serait utile de préciser la reconnaissance de ce diplôme sur le territoire français. 

No University fees 

Peu d’informations de mise en garde circulent alors que parents et étudiants sont tirés de toutes parts par des avis publicitaires. L’on  doit se demander s’il y a des fine lines, comme dans des contrats d’assurance. Ces phrases que personne ne lit. Ou encore, il faut se demander s’il existe des clauses non écrites, celles que découvre l’étudiant, une fois inscrit. 

Récemment on a vu une annonce publicitaire sur des études en Allemagne, une invitation à un seminar gratuit, où était inscrite, dans un petit cercle, la mention «no university fees». Est-ce que cela veut dire que l’étudiant est exempté de la totalité des frais d’études pour les 3 ou 5 ans ? Une loterie, quoi !

Conclusion

Etudiants et parents sont dans des positions fragiles, comparés à des institutions bien rodées dans le domaine du marketing. Il y a donc nécessité de protection. Et aussi, il nous faut faire en sorte que l’éducation puisse conserver son fondement d’épanouissement de l’être humain, et qu’elle soit protégée des considérations marchandes !

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