Ramaphosa l’espoir

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En attendant d’être légitimé au poste de président de l’Afrique du Sud lors des élections de 2019, Cyril Ramaphosa a une année pour prouver qu’il est l’homme de la situation. Certes, il a des défis de taille à surmonter. D’abord redonner confiance à un pays marqué par des affaires de corruption lors des deux mandats de Jacob Zuma, dont la proximité avec les frères Gupta a entaché sa gouvernance, et freiner le déclin d’un géant économique – rongé par la récession depuis début 2017 et affichant un taux de chômage de 27,7 % depuis neuf années – qui peine à dépasser un taux de croissance de 1 %.

Le successeur de Zuma bénéficie pour le moment d’un soutien populaire pour une profonde remise en ordre du pays après la gabegie de celui qui était enposte depuis 2009. Son discours au Parlement sur l’état de la Nation le 16 février faisant un appel du pied aux investisseurs – un peu à la manière d’Emmanuel Macron à Versailles – témoigne de sa volonté de placer l’économie en haut de son agenda et de replacer l’Afrique du Sud au rang de première puissance économique du continent, position perdue en 2016 au profit du Nigeria.

Cette ambition économique fort légitime sera sans doute possible si, aux yeux des investisseurs locaux et étrangers, Ramaphosa montre son engagement d’en finir avec la corruption qui gangrène depuis des années le sommet de l’État. Et sa détermination d’ouvrir les travaux de la commission d’enquête sur la «capture de l’État», désignant le pillage systématique des ressources publiques que son prédécesseur est accusé d’avoir couvert, voire encouragé.

Ramaphosa aura-t-il les coudées franches pour donner un nouveau départ à l’Afrique du Sud alors que les réalités économiques et sociales sur le terrain poussent à faire croire que le succès n’est pas garanti ?

En réalité, certains chiffres parlent d’eux-mêmes : un taux de chômage élevé parmi les jeunes, plus de 60 % notamment chez la population noire ; la montée de la pauvreté, avec un chiffre record de 30,4 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, soit 55 % de la population. Avec pour résultat que désormais 17 millions de personnes dépendent d’une allocation modique versée par l’État. Et que dans la seule région du Cap oriental, considérée comme le berceau de l’ANC au pouvoir depuis plus d’une vingtaine d’années, encore 36 % n’ont d’autre ressource que cette mensualité.

À Maurice, opérateurs, décideurs et spécialistes de la finance tablent sur une transformation de cet État pour tirer économiquement vers le haut un certain nombre de pays d’Afrique australe. Dont Maurice qui se classe comme le premier partenaire commercial du pays de Nelson Mandela dans cette partie du monde et troisième à l’échelle mondiale derrière la Grande-Bretagne et la France, avec en plus un statut de premier pourvoyeur de touristes du continent, avec plus de 100 000 arrivées en 2017.

Pro-business comme Modi en Inde, issu du monde des affaires, Cyril Ramaphosa a bénéficié de la mouvance du «Black Empowerment» pour constituer une fortune personnelle d’USD 450 millions. Il incarne la nouvelle élite noire coupée de la pauvreté. Dès lors la question se pose sur le choix de ce candidat aux prochaines élections. D’autant plus qu’une des mesures annoncées cette semaine visant à rendre légale la confiscation de terres sans compensation en vue d’une meilleure redistribution peut interpeller plus d’un tout en restant éminemment politique. Quand on sait que l’accès à la terre reste une problématique en Afrique et que des inégalités économiques en découlent, cette annonce a certainement valeur de symbole qui exige un certain courage politique. Même si une telle réforme foncière reste une démarche risquée comme celle enclenchée au Zimbabwe, au moment de son accession à l’indépendance, qui demeure encore une source de conflits et de contestations et a provoqué, selon les spécialistes, la chute de Robert Mugabe.

En 1994, lors des premières élections postapartheid, Cyril Ramaphosa était le candidat préféré pour être le dauphin de Nelson Mandela, mais c’était sans compter le barrage de deux apparatchiks du parti, Thabo Mbeki et Jacob Zuma. Vingt ans après, il se retrouve président intérimaire mais aura à batailler dur pour contrôler les leviers du parti et de l’État pour pérenniser le pouvoir à la tête du pays l’année prochaine.

Tâche difficile, sans doute, mais pas impossible pour le dernier de la garde rapprochée de Mandela de tenir haut le flambeau de l’ANC et propulser l’Afrique du Sud dans une nouvelle ère de prospérité.

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