Des raisons d’espérer !

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Il n’y a pas que des raisons de désespérer ou d’être consterné. Il y a aussi des raisons d’espérer ! La vie est ainsi faite qu’il y a toujours eu ce cheminement parallèle du bien et du mal, de la destruction et du progrès, de l’espérance et de l’affligeant, de l’ombre et de la lumière. Ce bicéphalisme permanent a ponctué l’histoire de l’humanité ainsi que le parcours de nos modestes vies individuelles et reste, sans doute, un des moteurs psychologiques essentiels de nos itérations vers le progrès, vers des vies, nationales et individuelles, mieux jalonnées de sens et de réussites…

Il ne faut, évidemment, pour cela ni, d’un côté, s’engluer dans la sinistrose dont on ne se relève pas, ni, de l’autre, tomber dans la béatitude lénifiante qui fait décoller de la réalité. Il faut, pour prétendre à l’équilibre, être conscient de ce qui va mal pour le changer, vigoureusement, et célébrer ce qui va bien pour le propager avec conviction ! Ça paraît simple de le dire comme ça, mais l’homme est ainsi fait qu’il complique souvent la situation en se cherchant des démons à combattre, parfois intérieurs, jusqu’à en faire des fixations désolantes.

Aujourd’hui, nous ne parlerons que de quelques bonnes raisons d’espérer.

Luciano Azor, premier lauréat du Triolet SSS.

Commençons par Luciano Azor. Un jeune homme avec une tête bien faite, qui vient d’être lauréat. Un véritable exemple pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’il illustre formellement, comme d’autres avant lui, d’ailleurs, qu’avec de la volonté et du travail l’on peut se forger une destinée plutôt que de la subir. Résident de cité Mère Teresa, à Triolet, il ne s’est jamais senti prisonnier de ce que les préjugés auraient pu décider pour lui. Son père est maçon, sa mère cleaner, il est créole au SSS Triolet. Ça compose une image tout ça. Il n’en a eu cure. Sa volonté lui a permis de transgresser les murs de sa destinée, tout simplement parce qu’il a cru que c’était possible. Ensuite, Luciano Azor rappelle que le début de sa carrière à l’école était plutôt mou, plutôt décevant. Il ne se sentait pas du tout caïd des études. Il aurait pu se contenter de son trou, de sa zone de confort. Bien peu pour Luciano ! Il a décidé qu’il pouvait mieux faire, il s’est attelé à la tâche, il a bossé pendant que ses camarades se la coulaient plus douce et, à force de labeur et de persévérance, il s’est affranchi de ce que semblaient lui promettre ses premiers balbutiements scolaires. Chapeau ! Pourraiton, en récompense au moins, lui promettre, après ses études, de retourner dans une… méritocratie ?

Le SpaceX Falcon Heavy a été lancé depuis le Pad 39A au Kennedy Space Center en Floride, le 6 février 2018. Elon Musk, Heisenberg Media - Flickr: Elon Musk - The Summit 2013, wikicommons.

Ensuite, parlons du Falcon Heavy de Elon Musk. Voilà bien une aventure sensationnelle, s’il en est ! De quoi faire rêver. Longtemps la préserve de gouvernements ou d’agences gouvernementales, Space X, compagnie privée, se lance dans la conquête de l’espace avec des objectifs a priori époustouflants. Une analyse de la NASA, en 2010, estime ainsi que le coût de développement du Falcon va être de 4 milliards de dollars. Space X démontre, à travers un recrutement «lean and mean» et une méthode de production radicalement nouvelle, que sa première version du Falcon 9 coûte 300 millions de dollars. Ainsi, (c’est lumineux !) Musk insiste pour une fusée qui est au moins partiellement réutilisable, afin de réduire drastiquement le coût de chaque tir. Il s’en sort avec une fusée qui coûte 150 millions de dollars par envol dans la version pas réutilisable et 95 millions de dollars si elle l’est. Fait notoire, le seul concurrent au Falcon, le Delta IV, qui dépose les satellites militaires américains dans l’espace, coûte 350 millions de dollars par envol, tout en transportant la moitié du poids possible sur un Falcon ! Ariane 5 est dépassée par un facteur de 3 du point de vue poids. Voir au moins l’animation de Falcon Heavy qui illustre ce véritable triomphe de l’esprit d’invention et de l’aventure humaine*.

Parlons aussi du salaire minimum instauré au pays ce janvier. Rs 9 000, ce n’est pas le Pérou, bien sûr, mais allez dire ça aux 120 000 employés du pays qui tiraient le diable par la queue avec moins que ce revenu en poche à la fin de chaque mois ! Si c’est vrai qu’il y a des activités économiques qui ne tiendront pas le coup avec ce salaire minimum et qu’il y aura des licenciements, il faut se concentrer sur l’essentiel, constater qu’aucune omelette n'a jamais été cuite sans casser des oeufs et que cette mesure libère vraiment, y compris de la bureaucratie qui menaçait de tuer les bonnes intentions de la negative income tax. Pour voir ce salaire minimum progresser, il faudra, cependant, maintenant, s’assurer des gains concrets de productivité !

«They are my heroes», clame-t-elle. La Lituanienne Asta Murauskaite de 31 ans a été retrouvée sains et sauve ce dimanche 11 février, après s’être égarée vendredi 9 février lors d’une randonnée aux Gorges de la Rivière-Noire. Elle a remercié les officiers qui lui ont secouru.

Comment ne pas mentionner le GIPM et son succès éclatant, une fois encore, au sauvetage d’une personne en danger. Cette fois, c’était une étrangère, une jeune femme de 31 ans. Une Lituanienne. Qu’elle soit belle et plutôt télégénique en rajoutaient à la copie des médias, évidemment. Qu’elle ait décidé de partir, comme ça, pour une petite balade en forêt, tard dans l’après-midi, a eu de quoi faire jaser un peu, mais au bout du compte, il faut souligner cette passion de l’équipe du GIPM qui sauve des vies et qui est source d’espoir, 25 fois par an, pour des personnes en danger, souvent par leur propre faute. «My heroes !» déclarait Asta Murauskaite, encore sous le coup de l’émotion. On acquiesce.

On terminera en rappelant, pour se rassurer un peu quant à l’humanité, que 25 ans de globalisation et de libéralisme ont quand même réduit le pourcentage de la population mondiale vivant sous le seuil de pauvreté de 1,90 $ par jour, de 35 % en 1990 à 9 % en 2016 ; que le taux d’alphabétisation mondial des femmes – grâce, notamment, à des milliers de pionnières comme Malala Yousafzai, est passé de 68 % de la population mondiale à 83 % sur la même période ; que, selon l’UNICEF, sept maladies ont été largement maîtrisées jusqu’ici grâce aux vaccins, soit la variole, la diphtérie, le tétanos, la fièvre jaune, la coqueluche, la poliomyélite et la rougeole pour un total de 5 millions de vies sauvées par an – bien moins d’autistes pour sûr ; que les libertés civiles et un plus grand respect des femmes progressent partout, même si en dents de scie ; que la philanthropie privée, style Bill Gates, fait reculer la malaria, le SIDA ; que les beaux gestes de solidarité de notre nation pour les faibles ou les malchanceux sont légions et que le «overcrowded barracoon» de Naipaul et de Titmuss-Meade a fait de bien beaux progrès en 50 ans – du moins matériellement…

Quant à notre plan mental un peu dégénéré et à l’éthique du «bout», on en parlera encore, à n’en point douter ! Promis ! Après tout, si nous célébrons ce qui va bien pour le propager avec conviction, ne nous faut-il pas aussi être conscient de ce qui va mal pour le dénoncer, avec vigueur ?

* Merci à Sandeep pour son enthousiasme sur la question !

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