Lord Bates versus Honorable Tarolah

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Oublions pour un moment nos différences et nos différends avec la perfide Albion. Relativisons. Et reconnaissons que le sens de l’honneur, soit on l’a, soit on ne l’a pas. Il en est de même pour la courtoisie et le respect des institutions. Depuis que lexpress.mu a posté la vidéo* de la démission en direct de Lord Michael Bates, ministre britannique du Développement international, survenu la semaine dernière à la Chambre des Lords (la Chambre haute du parlement britannique), les internautes mauriciens n’en reviennent pas du sacré décalage de niveau entre Londres et Port-Louis. On ne parle pas du fond, mais de la forme, de l’étiquette...

Incroyable, mais vrai. Pour une minute de retard, Lord Bates a surpris ses pairs parlementaires en présentant en direct sa démission, non sans avoir expliqué son geste : “I’ve always believed we should offer, rise, to the highest possible standards of courtesy and respect in responding on behalf of the government to the legitimate questions of the legislature. I’m thoroughly ashamed of not being in my place and therefore I shall be offering my resignation to the Prime minister with immediate effect. I do apologise.” Sur ce, il a quitté son siège sous des regards ébahis. La scène ne dure que quelques secondes, mais elle a marqué durablement les esprits de tous ceux qui ont visionné le clip.

En fait, Lord Bates était gêné de n’avoir pas pu répondre à une question de la baronne Lister (qui lui était adressée sur les inégalités de revenus). C’est donc un autre Lord qui a dû intervenir à sa place. Mais, par la suite, la Première ministre a refusé cette démission, car selon la communication du 10 Downing Street, Lord Bates s’était déjà suffisamment excusé : «faute avouée, à moitié pardonnée».

Le geste de Lord Bates offre un contraste saisissant avec les photos obscènes de Kalyan Tarolah, faites entre les murs de notre (jadis auguste) Assemblée nationale et partagées sur les réseaux sociaux et dans la presse. Suite à ce déballage choquant, Tarolah a non seulement refusé de démissionner dans le sillage de ce que la rue a vite appelé “Lalanguegate” , mais il a organisé une manifestation avec quelques-uns de ses amis pour faire crier “Pas touss nou Tarolah”.

Cependant, sous la pression populaire, Tarolah a dû tardivement démissionner de son poste de PPS, mais il a bien fait comprendre à son parti qu’il ne compte nullement abandonner son siège de député et le terrain au numéro 10. D’ailleurs on l’a récemment vu refaire son apparition après le passage du cyclone Berguitta. «Ki ou ti krwar, monn disparet ? Mo lamem mwa. Je suis toujours actif sur le terrain», a-t-il dit fièrement à l’un de nos journalistes.

C’est un secret de Polichinelle : le numéro 10 est la circonscription où Navin Ramgoolam tente une percée. Le MSM sait fort bien qu’une démission forcée de Tarolah pourrait être un visa d’entrée au Parlement pour le leader travailliste, un peu comme Boolell au numéro 18.

Donc du coup, on tolère non seulement Tarolah mais on banalise ses obscénités qui ne font pas honneur au Parlement. Vous vous rendez compte si, d’aventure, dans l’une de ces conférences inter-parlementaires Lord Bates était assis à la même table que Kalyan Tarolah... Je préfère ne pas y penser ! Mais, à bien y voir, Tarolah n’est qu’une caricature d’un système vicié. Il y a tous ces ministres qui voyagent pour un oui ou pour un non, à grands coups de per diem, et qui laissent leurs collègues répondre n’importe quoi à leur place. Et il y a aussi toutes ces questions parlementaires qui restent toujours sans réponse...

* Pour ceux qui n’ont pas encore vu la vidéo

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