Agro-industrie - la production de légumes: qu’en est-il des chiffres avancés ?

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Les dégâts causés à une plantation de légumes à Saint-Pierre, suivant les averses de la semaine dernière.

Les pluies de ces dernières semaines n’ont certes pas été bénéfiques à nos légumes. D’ailleurs, dans «l’express» du 22 janvier, il y est mentionné que les pertes encourues sont estimées à Rs 600 millions. Mais selon l’auteur, malgré ce scénario apocalyptique, nous n’en sommes pas encore arrivés là. Les pertes financières des planteurs, dit-il, ne devraient pas dépasser plus de Rs 200 millions.

Suivant les pluies torrentielles de ces dernières semaines, plusieurs articles de presse ont largement commenté sur les dégâts causés aux plantations de légumes. Ainsi que des pertes qu’auraient subies les planteurs, comme avancé par leur porte-parole. Dans le Mauricien du 20 janvier, il y est mentionné que 6 000 planteurs de légumes, cultivant entre 1 et 2 arpents de terre, ont été affectés par le mauvais temps et il est estimé que les pertes enregistrées s’élèveraient à Rs 1,2 milliard.

Dans l’express du 22 janvier, mention est faite que les planteurs consacrent annuellement entre 20 000 et 22 000 arpents de terre à la production de légumes. De cette surface, 7 000 arpents ne sont pas actuellement sous culture, alors que 12 000 des 15 000 arpents plantés ont été détruits. Les pertes encourues sont estimées à Rs 600 millions (contre Rs 1,2 milliard dans le Mauricien du 20 janvier). Mention est aussi faite qu’un petit planteur dépense, en moyenne, Rs 50 000 pour chaque arpent cultivé.

Les chiffres avancés par le porte-parole des planteurs reflètent-ils la réalité? Voyons les faits.

Superficie annuelle récoltée

Les données qui suivent ont été puisées de Statistics Mauritius et font voir la superficie annuelle récoltée des produits alimentaires (excluant les fruits et le riz) au cours de la période 2010 à 2016. Les chiffres pour 2017 n’y figurent pas car ils n’ont pas encore été publiés. Il est toutefois à noter que, selon les informations disponibles, l’année dernière aurait été moins bonne que 2016 en termes de superficie récoltée et de production respectivement.

Ainsi, nous pouvons constater (tableau 1) qu’entre 2010 et 2016, la superficie moyenne annuelle récoltée a été de 6 780 hectares (16 069 arpents), oscillant entre 6 490 hectares (15 380 arpents) et 7 133 hectares (16 905 arpents).

Tableau 1. Superficie récoltée
des produits alimentaires 2010-2016.

Superficie annuelle dédiée à la production alimentaire primaire (excluant fruits et riz)

Il existe une différence entre la superficie récoltée et celle effectivement dédiée à la production de légumes. Par ailleurs, deux groupes de producteurs sont engagés dans cette activité. Il s’agit des compagnies sucrières et des petits planteurs.

Les établissements sucriers produisent non seulement des légumes mais louent aussi une certaine superficie de leurs terres aux planteurs. Les plantations se font en plein champ, entre deux cycles de cannes. De ce fait, leur mode d’opération ne permet pas, dans la plupart des cas, de produire plus d’une culture de légumes par an sur ces terres. Il est estimé que les compagnies sucrières consacrent annuellement une surface de l’ordre de 1 500 hectares par an à la production alimentaire primaire.

S’agissant des petits planteurs, ces derniers cultivent normalement leurs terres toute l’année. Ainsi, dépendant de la culture entreprise et de son cycle de production, on estime qu’une moyenne de 2 cultures et demie serait entreprise annuellement sur la même parcelle. Toutefois, pour les besoins du présent calcul, nous nous appuierons sur 2 cultures par an.

Basé sur les explications ci-dessus, il est estimé que la superficie annuelle moyenne dédiée par les planteurs à la culture de légumes serait comme suit :

6 780 ha-1 500 ha = 2 640 ha (6 257 arpents). Il est donc clair que la superficie mentionnée par leur porte-parole (22 000 arpents) ne reflète nullement la réalité.

La superficie sous culture (janvier-avril 2018)

Selon le porte-parole des planteurs, 12 000 arpents sous culture de légumes, appartenant à 6 000 planteurs, auraient été affectés par les pluies torrentielles. Toutefois, aucune mention n’est faite quant au moment où cette superficie aurait normalement été récoltée.

Avant d’en arriver à la période qui nous intéresse (janvier à avril 2018), dont les plantations furent, en général, effectuées entre septembre et décembre de l’année précédente, le tableau qui suit fait voir l’évolution de la surface récoltée de janvier à avril sur un cycle de sept ans, notamment de 2010 à 2016. Ces informations ont été puisées des données officielles de Statistics Mauritius. Nous prendrons pour acquis, pour les besoins de cet exercice, que la surface récoltée durant cette période spécifique provient uniquement des terres des petits planteurs.

On peut voir (tableau 2), que la surface moyenne récoltée pour la période précitée s’élève à 1 823 hectares (4 320 arpents). En s’appuyant sur ce chiffre, nous pouvons avancer que la superficie totale sous légumes au début de janvier 2018 ne pouvait être supérieure à 2 000 hectares (4 740 arpents), contre 12 000 arpents, comme avancé par le porte-parole des planteurs. Rappelons que notre raisonnement est basé sur le fait que les terres des établissements sucriers n’étaient plus sous culture de légumes au début de l’année, alors que, dans la réalité, tel n’est pas le cas.

Tableau 2. Superficie récoltée janvier-avril 2010-2016.

Les pertes encourues par les planteurs

Selon leur porte-parole, les planteurs dépenseraient, en moyenne, la somme de Rs 50 000 pour cultiver un arpent de légumes. Il estime ainsi à Rs 600 millions (Rs 50 000 x 12 000 arpents) le montant des pertes encourues (l’express du 22 janvier) contre celui de Rs 1,2 milliard avancé dans le Mauricien du 20 janvier. En supposant que :

Un planteur occupe effectivement, en moyenne, une superficie de 2 arpents pour la culture de légumes ;

Toute la superficie prête pour la récolte de janvier ainsi que celles à venir de février à avril 2018 ont été décimées (2 000 hectares, soit 4 740 arpents selon notre analyse) ;

Les pertes encourues par planteur s’élèvent à Rs 50 000/arpent, alors que nous savons pertinemment bien que dans la réalité tel n’est pas le cas, notamment pour les plantations de février à avril.

Nous arrivons, basé sur les chiffres ci-dessus, aux résultats suivants :

Nombre de planteurs affectés : 2 370 (4 740 arpents/ 2 arpents par planteur) contre 6 000 selon le porte-parole des planteurs.

Estimation des pertes encourues : Rs 237 millions (Rs 50 000/arpent x 4 740 arpents) contre Rs 600 M comme indiqué par le porte-parole des planteurs.

Malgré ce scénario apocalyptique, nous n’en sommes heureusement pas encore là, nous sommes d’avis que les pertes financières encourues par les planteurs ne devraient pas s’élever à plus de Rs 200 M. Quoique ce montant soit trois fois inférieur à celui avancé par leur porte-parole, il demeure néanmoins astronomique pour tous ces planteurs qui ne s’épargnent aucun effort pour mener à bien leur activité et leur gagne-pain.

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