Biscuits vs biryani

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Le gouvernement a pris la mesure de la colère déclenchée par son porte-parole Étienne Sinatambou – qui aura, peut-être, provoqué des dégâts bien plus importants que Berguitta. Même si on a noté que certains tendent à abuser du système, ce conseil aux réfugiés de se contenter que de l’eau et de quelques biscuits secs ne cesse de provoquer une tempête parmi la population. C’est, pour reprendre le terme du père Maurice Labour, comme si l’ouragan Étienne est venu infliger un deuxième coup aux personnes vulnérables, déjà sinistrés… Mais, contre toute attente, Pravind Jugnauth a choisi de prendre la défense de Sinatambou hier.

L’arrogance du pouvoir et la suffisance du ministre Sinatambou ont amplifié la colère des citoyens, alors qu’une bonne partie du pays était sous l’eau. Et c’est pourquoi ils ont été nombreux, après la déclaration ministérielle, à s’être rendus dans les centres de refuge et dans les zones sinistrées pour témoigner de leur solidarité aux personnes vulnérables, comme un pied de nez aux autorités. Les mots de Sinatambou ont non seulement provoqué une onde de solidarité à travers le pays mais aussi une montée de colère face aux collègues de Sinatambou qui faisaient une visite post-Berguitta dans leur circonscription. Les propos du ministre Sinatambou ont éclaboussé tout le cabinet, mais celui-ci a choisi de rester solidaire face aux pluies de critiques.

Si l’on a compris que Pravind Jugnauth souhaite, en ce début 2018, une embellie par rapport aux scandales déclenchés par ses ministres et certains de ses collaborateurs, il existe toujours, autour de lui, des personnages comme Sinatambou qui vont l’empêcher de se focaliser, comme il le veut, sur l’économie – qui devrait demeurer sa priorité nº1 si tant qu’il veuille conserver le pouvoir après 2019. Et l’on a vu hier : Pravind Jugnauth a dû encore jouer aux pompiers sur le terrain, pour éviter l’embrasement social.

On ne peut pas, en effet, faire grimper la croissance et changer de modèle économique quand on retourne l’opinion publique et une bonne partie des travailleurs contre soi.

En procédant à un nettoyage de son entourage, Pravind Jugnauth sait qu’il doit faire régner un climat d’apaisement afin que les intérêts de tout un chacun convergent vers plus d’innovation et de productivité (dans l’esprit de l’Economic Development Board). Contrairement à Yerrigadoo et à Soodhun, il n’y a, sans doute, pas lieu de virer Étienne Sinatambou. Mais il y a plusieurs raisons de le retirer comme porte-parole du gouvernement, et de lui mettre un sparadrap sur la bouche, tant il est déconnecté de la réalité, tant ses propos, un peu comme Donald Trump (toutes proportions gardées), sont blessants et déconnectés de la réalité de la rue. Au lieu de tendre vers une réduction de l’inégalité, il tend à l’exacerber, bien souvent malgré lui (c’est cela son drame)…

***

Sinatambou n’est, hélas, pas à sa première gaffe. Pour la partielle du nº18, alors que Pravind Jugnauth, en gentleman, avait salué la victoire d’Arvin Boolell, Étienne Sinatambou, lui, en pensant bien faire, a expliqué, de manière savante, que le candidat travailliste, qui pourtant a eu une victoire facile et détaché du lot (composé de 39 autres candidats), était «prémié dan laké». En d’autres mots, bon dernier !

Son calcul sur le pourcentage d’électeurs (et non de votants) – de l’ordre de «65 %» – qui serait contre Boolell est des plus démagogiques. Son analyse biaisée est un déni du système grâce auquel il a eu son maroquin ministériel. Si on faisait le même calcul sur le pourcentage d’électeurs qui ont voté pour les élus de Lepep aux législatives en 2014, l’on s’apercevra que 45 des 47 élus de la majorité gouvernementale n’ont pas dépassé le seuil de 50 % des électeurs, comme le fait ressortir l’expert en systèmes électoraux Rama Sithanen en page 8.

Selon cette même logique démagogique, 64 % des électeurs n’auraient alors pas voté pour Sinatambou en 2014, pourtant aujourd’hui ministre (ministre arrogant de surcroît). Pire, en 2005, il était devenu ministre avec seulement… 37 % de l’électorat, grâce au Best Loser System

Et puis l’on s’étonne qu’il soit, comme beaucoup d’autres qui bénéficient du système, contre la réforme du système électoral actuel. Et dans ce système, ce n’est hélas pas le règlement international qui prévaut, mais bel et bien les takeaway de biryani et de macaronis.

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