Les milliards des princes angolais

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L’Afrique australe entame-t-elle, enfin, la fin d’un cycle oligarchique ? On a assisté à la chute des Mugabe, au Zimbabwe, et aujourd’hui c’est celle du clan dos Santos en Angola, dont les milliards de dollars sont soigneusement dissimulés dans l’offshore et, très probablement, dans l’immobilier mauriciens.

Au début de septembre 2017, quand on nous annonce un nouveau régime en Angola, on s’attend, certes, à quelques changements, mais pas au démantèlement de tout l’empire politico-financier de l’ancien chef de l’État José Eduardo dos Santos (37 ans ininterrompus au pouvoir); empire qui avait étendu ses tentacules bien au-delà du territoire angolais.

Moins de deux mois après son arrivée au pouvoir, Joao Lourenço, le successeur de dos Santos, un général à la retraite qui avait juré d’éradiquer la corruption institutionnalisée, a viré celle qui est surnommée la plus riche femme d’Afrique: Isabel dos Santos, 44 ans. La fille de l’ancien président était aux commandes de la Sonangol, la société pétrolière nationale de l’Angola, mais aussi d’autres secteurs stratégiques : diamant, télécoms, ciment et grande distribution. La chute d’Isabel, en si peu de temps, était annonciatrice d’un renouveau de l’élite économique, restée entre les mains des dos Santos et de leurs proches cousins et amis. Ceux-ci auraient bénéficié de plusieurs versements suspects, qui font l’objet de plusieurs enquêtes. Mais comme dans le cas de Sobrinho, les opérations de transferts de fonds sont complexes et passent par plusieurs societés-écran, enregistrées dans plusieurs pays et juridictions offshore, de sorte à rendre toute traçabilité quasi impossible. Surtout aux yeux des journalistes profances ou de policiers limités.

Puis il y a eu d’autres révocations, dont le gendre et d’autres parents du clan, avant d’aboutir, cette semaine, au limogeage de José Filomeno dos Santos (le fils chéri de l’ancien président) du fonds d’investissement souverain d’Angola qui s’élèvait à, tenez-vous bien, cinq milliards de dollars lors de son lancement en 2011...Ce fonds avait pour objectif d’investir les revenus de l’or noir pour le bien commun du peuple angolais !

Montré du doigt par les Paradise Papers, Filomeno dos Santos, au lieu de penser à la collectivité, aurait facilité le versement des dizaines de millions de dollars à Jean-Claude Bastos de Morais (homme d’affaires qui n’avait pas du tout apprécié que l’express fourre son nez dans ses affaires - voir plus loin). La mission de Bastos : gérer ce fonds souverain, qui n’est qu’une partie connue de la manne financière aux mains des dos Santos – qui ont érigé un impressionnant empire politico-financier, qui ferait pâlir tous nos dirigeants locaux et leurs coffres réunis.

Adoubé à contrecoeur par José Eduardo dos Santos (qui voulait passer le témoin à l’un de ses fils), Joao Lourenço souhaite, selon des journalistes angolais, dont Rafael Marques de Morais, (qui nous a soutenus contre Sobrinho), démocratiser l’économie, assainir le secteur bancaire afin d’attirer des investisseurs étrangers.

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Comme évoqué plus haut, les dos Santos se sont entourés d’une clique chargée d’investir les milliards du clan. Par exemple, Jean-Claude Bastos de Morais, le fondateur de Quantum Global Group, qui a un CV et un parcours impressionnants sur le papier. “When I look back, I can see how my upbringing as a Swiss-Angolan, and the cultural differences I faced growing up in the West, have greatly influenced my principles. I’ve been privileged to inherit certain traits that have been passed on to me in equal measures by both sides of my family. A combination of African wisdom and Swiss ambition along with a deep reverence for values such as ethics, fairness, generosity and trust have guided me in becoming the man that I am today...”, écrit-il, non sans humilité, sur sa page Web.

Son discours nous rappelle celui d’Álvaro Sobrinho, autre proche du clan : “Those who know me well, know that I am more than just a business man, and that my true motivation has always been more philanthropically oriented. In fact, I count myself as being very fortunate because I’m able to use the success that I’ve worked hard to attain to play a part, however small, in Africa’s progress. Lately, I have received several media enquiries relating to my business and philanthropic ventures. Despite being completely transparent and going above and beyond to provide authoritative information to the media, certain media outlets have chosen to report falsehoods and malicious innuendo based on inaccurate material and partial information...”

Quand, en avril dernier, l’express s’intéresse à Jean-Claude Bastos, à travers l’article «Présence douteuse de la firme Quantum Global sur le sol mauricien», on savait d’ores et déjà qu’on marchait sur un terrain miné car le groupe de Bastos disposait de gros moyens de dissuasion. D’ailleurs, l’agence Schillings, grosse pointure mondiale qui soigne la réputation de ses richissimes clients, n’a pas tardé à se manifester dans nos locaux, en nous adressant la mise en garde suivante : “We write in relation to the publication of the article published on 28 April 2017, which you publish and are liable for pursuant to Article 1384 of the Mauritian Code Civil (the “Civil Code”). The Article is also accessible in a number of jurisdictions (including England). Now that the Article is available online and is accessible outside of Mauritius, your liability is similarly not limited to that jurisdiction.”

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Un autre Angolais qu’on tend à oublier, tellement il est devenu discret : Álvaro Sobrinho, l’homme aux multiples berlines et aux 12 résidences de luxe dans le complexe Royal Park de Balaclava. Ses contacts mauriciens seraient toujours forts et font tout pour qu’il demeure à Maurice avec tous les permis requis. Pour rappel, Sobrinho, par l’intermédiaire de ses avocats, nous a envoyé un papier timbré (à hauteur de Rs 150 millions svp!)

Pour beaucoup d’observateurs, il est évident que la fondation Planet Earth Institute, axée sur la promotion de la science, de la technologie et de l’innovation en Afrique, n’est qu’une couverture et que la bonne foi mauricienne aura été trompée. Mais gageons que Collendavelloo se réveillera pour nous dire que ce n’est pas vrai et que dans les beaux yeux de Sobrinho, il a vu de l’argent propre...

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