Point d’inflexion ? Est-ce possible ?

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Il ne faut évidemment pas tirer de conclusions trop hâtives. Ni gober l’illusion que le déroulé des trois dernières années peut être totalement oublié si les deux dernières années sont plus respectables, mais aucun chroniqueur de l’actualité ne peut honnêtement refuser de se poser la question : avons-nous atteint un point d’inflexion avec ce gouvernement ? Et quid de l’opposition ? Est-ce bien ce qu’ils se souhaitent à eux-mêmes et, partant, au pays ?

En haut à partir de la gauche : Pravind Jugnauth, Vishnu Luchmeenaraidoo, Megh Pillay, Mike Seetaramadoo.

Je suis persuadé que ce n’est pas une aberration improvisée d’entendre Pravind Jugnauth déclarer, à une inauguration officielle d’une salle par le Vaish Common Front que «tout le monde» doit pouvoir en profiter et de souligner, en passant, que les deux prochaines années seront différentes des trois premières et que beaucoup de projets vont s’y accomplir. D’autant que dans la même parenthèse de temps, Vishnu Lutchmeenaraidoo faisait une sortie en règle contre la pratique inconsidérée des nominations politiques depuis 1968 – allant même jusqu’à proposer que plus de 40 % du personnel des institutions parapubliques sont «des nominés politiques en surnombre» ! Et puisque le saint-esprit de la rationalité semblait être dans les parages, il ajoutait, pour bonne mesure, qu’un gouvernement ne devrait pas essayer de gagner le coeur (lisez le vote) des Mauriciens, mais, plutôt, leur respect ! En parallèle, on apprenait que Mike Seetaramadoo, le cuisinier-chef au coeur du licenciement de Megh Pillay, puis de la confrontation inutile avec les pilotes d’Air Mauritius, aurait perdu le soutien du PM et ne serait plus, bientôt le EVP HR d’Air Mauritius.

Coïncidences tout ça ?

Paul Berenger, leader du MMM.

On serait autorisé à ne pas le penser. Après tout, le réveille-matin du no18 a sonné entre-temps et le leader du MSM est peut-être moins naïf de croire, comme Paul Bérenger, que «ses» électeurs éventuels se retrouvaient en majorité dans les 45 % d’abstention !

Dans le sillage d’analyses dépassionnées déjà faites depuis longtemps , les états majors politiques savent que les électeurs qui votent pour un parti sont désormais très loin d’être des fanatiques inconditionnels ou d’inamovibles «dépôts fixes» que l’on peut négocier dans des trocs infâmes à la veille des élections. Rappelez-vous ! Les votes reçus par le PTr et le MMM en 2010 effectivement estimés à… 80 % du total paraissaient être insurmontables. Pourtant, un sondage l’express-Synthèses quelques semaines avant les élections de décembre 2014 montrait un «core vote» de 28 % aux travaillistes et de 12 % au MMM ; les indécis pointant à 47 % et plus. Certains suggéraient alors, qu’en fait, le PTr et le MMM n’avaient, ensemble, convaincu personne de plus dans les sept dernières semaines de la campagne, finissant avec 39 %, alors que la dynamique Lepep du «viré mam» convertissait la grande majorité des indécis pour accumuler 50 % des votes exprimés. L’alliance Lepep elle-même disait, au lendemain du 11 décembre 2014, que le résultat relevait du «miracle» électoral. Pourtant, ce «miracle» n’était pas difficile à expliquer : (1) C’est toujours le «split» des indécis qui est crucial et très peu de ceux-là avaient gobé les thèses de Navin-Paul (2) la mémoire électorale est courte et l’usure du pouvoir est toujours plus vive (3) le taux de mobilisation des votes du camp «challenger» est souvent plus fort que celui de l’«establishment» et (4) dans un système «first-pastthe- post», une fois la masse critique populaire dépassée, le nombre de sièges au Parlement est rapidement démultiplié. C’est ainsi que les 50 % de votes Lepep assuraient 78 % des sièges, soit la majorité inespérée de trois quarts !

Les membres du Parti travailliste réunis pour la victoire d’Arvin Boolell le lundi 18 décembre.

C’est peut-être, d’ailleurs, ce qui est monté à la tête de Lepep et qui les a dévoyés pendant ces trois dernières années. Ce sont les mêmes maladies qui affectèrent les travaillistes de Ramgoolam : l’arrogance, l’hubris et ce que l’Anglais appelle «a sense of entitlement». Le MSM a-t-il enfin pris conscience de ses erreurs et a-t-il l’humilité de reconnaître qu’il faut changer son fusil d’épaule s’il ne veut pas périr de la même manière que ses prédécesseurs ? Qu’il lui faut reconquérir le «respect» des Mauriciens dans les deux ans qui restent ? Ayant compris que si l’alarme du no18 illustre pour sûr, une victoire d’un «bon» candidat, consensuel au point d’être jugé «mou» par certains, qu’elle est loin d’être le triomphe de Ramgoolam, aussi tenté soit-il de l’affirmer ! 35 % des votants, cela équivaut à seulement… 19 % de la totalité des électeurs de Quatre-Bornes, après tout…Ce chiffre laisse plein d’espoir à Lepep, mais il est clair qu’il faudra alors que son bilan des 24 prochains mois s’éloigne considérablement de celui des 36 mois passés ! Et qu’il mobilise, bien au-delà de son «core vote» et de ses irréductibles, l’intérêt de ceux qui ne veulent pas des travaillistes et encore moins d’un retour a l’option Navin, comprenant surtout les électeurs «flottants».

Ivan Collendavelloo, sir Anerood Jugnauth, Xavier-Luc Duval, Pravind Jugnauth et Vishnu Lutchmeenaraidoo lors d’un meeting de l’alliance Lepep en 2014.

Lepep a commis beaucoup d’erreurs jusqu’ici. Certaines sont indigestes au point d’être totalement «inacceptables». Insister dans la même voie du «choléra» 2014-2017 est une recette garantie pour un retour de la «peste». Ce pays qui, au no18, a clairement exprimé sa frilosité par rapport aux options toutes «neuves» ne peut qu’espérer voir progresser deux scénarios, en parallèle : le «choléra», qui s’inocule de lui-même et gagne, enfin, notre respect et la «peste» qui s’étête de son leadership jusqu’ici inamovible et ose le renouvellement et le rajeunissement général de sa direction.

Autrement, le pays est bien mal parti pour les cinq prochaines années. Imaginez : deux années de plus sur la même partition adoptée par Lepep jusqu’ici ne peuvent que pestiférer nos institutions jusqu’à l’os, générer encore plus de scandales, tordre le cou à nos espoirs de lendemains meilleurs et… mener au retour de la «peste» qui, si non renouvelé à la tête, recommencera le cycle infernal qui débutera inévitablement par… Trois années de règlements de comptes, durant lesquelles on arrachera les «mauvaises herbes» des autres pour planter ses propres orties !

Vue aérienne de l’entrée de Port-Louis.

Notre pays mérite mieux que cela ! Espérons donc qu’un point d’inflexion est atteint , que Lepep s’est effectivement ressaisi et que l’opposition se renouvelle, ce que Lepep a au moins déjà réussi, lui, même si au prix du douloureux enfantement catalogué pour l’éternité comme : papa-piti. D’ailleurs, le papa a, cela surprend au vu de ce que l’on sait, déclaré cette semaine que le piti faisait mieux que lui – ce qui renforce et ne défonce aucunement notre thèse première ! Avec l'accent sur le mot «thèse»…

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