Tant que…

Avec le soutien de
Du haut à gauche: Sir Seewoosagur Ramgoolam, sir Anerood Jugnauth, Navinchandra Ramgoolam, Pravind Kumar Jugnauth.

Tant que nous serons un électorat obnubilé par deux familles et prédisposé, à intervalles réguliers, à tout oublier de leurs passés miteux et capable alors d’accepter leurs demandes de pardon en croyant qu’ils ont vraiment changé…

Tant que nous serons prêts à accepter (mieux… à souhaiter) des partis dirigés depuis des décades par les mêmes personnes, sans être d’aucune manière contestés par qui que ce soit… sauf par ceux qui partent !

Tant que dans les partis, il n’y aura personne avec une colonne vertébrale suffisamment raide qui sera porteur de convictions ou d’idées assez fortes pour oser remettre en question le leader «historique»…

Tant que nous aurons un peuple chercheur de «bout» plutôt que de solutions pour le bien commun, de faveurs personnelles plutôt que de propositions nationalement bénéfiques…

Logos des partis politiques divers de l’île Maurice.

Tant que les couleurs de l’arc-en-ciel (rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet) appartiendront automatiquement aux partis politiques d’abord et aux artistes parmi nous, ensuite…

Tant que nous serons un peuple qui peut polluer plages, forêts, drains, rivières ou tout autre espace public sans questionnement, sans sourciller et sans remontrances de nos dirigeants…

Tant que nous serons dirigés par des partis politiques sans comptes audités rendus publics et sans transparence, qui n’auront donc de comptes à rendre à personne, contrairement à la moindre compagnie ou travailleur indépendant…

Tant que la qualification principale recherchée par un leader politique chez ses collaborateurs ne sera pas le sens commun mais la loyauté, ne sera pas l’intégrité mais la capacité à flatter, ne sera pas l’avis sincère mais la veulerie…

Photo du haut: Manifestation des employés de la compagnie Texto Ltd, le vendredi 15 décembre. Les employés de la compagnie Bedino Co. Ltd manifestent le mercredi 20 décembre pour salaires impayés depuis novembre 2017.

Tant que notre pays aura des patrons capables de fuir leurs responsabilités et parfois de fuir tout court, surtout en fin d’année pour éviter arrérages, boni ou 13e mois…

Tant que les candidats aux élections seront motivés par leur bagnole duty free plutôt que par le toit à mettre sur la tête d’un concitoyen, par les occasions de stipends dus aux grands voyageurs plutôt que par les grands débats sur notre futur collectif et par leur notoriété personnelle plutôt que par le plaisir à faire progresser tous les autres…

Tant que le leader sera craint plutôt que respecté, redouté plutôt qu’admiré et prendra toute critique à son endroit non pas comme une occasion de s’améliorer, mais comme une attaque personnelle, qu’il punira, bien entendu…

Tant que nos gouvernants, une fois élus, passeront au moins la première moitié de leur mandat à régler leurs petits comptes, à déraciner ceux qui ne sont pas les leurs et à caser leurs protégés, y compris dans les institutions supposées «indépendantes» (la deuxième moitié se passant à trouver une formule, une alliance, une démagogie quelconque pour tenter de rester au pouvoir !)…

Photo du haut: Navin Ramgoolam, sa femme Veena Ramgoolam et le leader du MMM, Paul Bérenger, lors des élections générales de 2014. L’alliance Lepep, composée du MSM, du ML et du PMSD, Ivan Collendavelloo, sir Anerood Jugnauth, Xavier-Luc Duval, Pravind Jugnath et Vishnu Lutchmeenaraidoo, en 2014.

Tant que notre pays sera, à l’occasion de chaque joute électorale, divisé en deux entre «nou bann» et «zot bann», entre «nou dimounn» et «zot dimounn»… Tant que le leadership politique de ce pays se fera «protecteur de montagne» plutôt que tuteur de l’égalité des chances et de la méritocratie…

Tant que les directions politiques du pays favoriseront les parenthèses qui nous séparent les uns des autres, plutôt que les traits d’union qui nous rassemblent et toléreront (ou pire, attiseront !) la segmentation de ce pays selon des critères de race, de religion ou de communauté plutôt que d’être des chantres sincères du mauricianisme triomphant…

Les femmes «cleaners» poursuivre leur grève de la faim au jardin de la Compagnie, le 18 octobre 2017, pour protester contre leur salaire mensuel de Rs 1 500.

Tant que l’on nous encouragera, comme peuple, dans le rêve du pouvoir sans le savoir, de la vertu sans l’ascèse, du fric facile, puisque sans le travail, ou que l’on nous promettra du progrès personnel sans l’éthique de l’effort…

Tant que les partis, une fois au pouvoir, trouvent invariablement justification de leurs actes foireux dans les actes foireux de leurs prédécesseurs…

Tant que l’on nous vendra l’utopie de salaires éternellement améliorés sans gains de productivité adéquats ou celle d’une balance de paiement déficitaire continuellement financée par les étrangers, même si on ne les aime pas trop…

Capture d’écran de la section politique de lexpress.mu prise le 23 décembre 2017.

Tant que les nantis, même relativement parlant, ne se sentiront pas responsables des moins forts, des plus à plaindre, de ceux qui ont besoin d’une épaule sur laquelle s’appuyer pour s’en sortir…

Tant que l’on pourra nous faire des promesses électorales qu’on ne concrétisera pas selon que cela LEUR convient ou non une fois au pouvoir (Freedom of Information Act, licences de télévision et de radios libres, réforme électorale, méritocratie, limitation des mandats, financement transparent des partis, indépendance des institutions, etc.)…

Tant que le politicien pourra prendre des décisions de vengeance ou de folie sans jamais avoir à en répondre devant un tribunal et qu’il peut même, ce faisant, créer des dettes ou des obligations de paiement pour «les autres», c.-à-d. ses concitoyens, les contribuables, mais pas pour lui-même, personnellement…

Les partisans de divers partis de l’île Maurice.

… nous resterons fermement tiers-mondistes, mon mec ! Avec nos T-shirts rouges, bleus, jaunes, verts, orange ou mauves, nos affiches insipides, nos laids fanions sur les ronds-points, en ânonnant, comme des écervelés, le nom de notre leader bien-aimé, en attendant notre petit os, à nous !

Dans ces conditions, il arrive invariablement aux hommes non pas ce qu’ils méritent, mais ce qui leur ressemble ! Nous aurons donc des leaders faux, se croyant omnipotents et éternels parce que c’est ce qui nous ressemble et nous caractérise le plus.

Désespérant ?

Pas si sûr, puisque s’il ne faut pas trop compter sur le Bon Dieu, peut être que le Bon Dieu, lui, compte sur nous ?!

(Inspiré par «Le Matin des Magiciens» de mon adolescence)

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