Le vote macaroni-macarena

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Votez macaroni, c’est voter macarena : les slogans dévastateurs n’ont pas manqué lors de la campagne électorale pour descendre le candidat travailliste Arvin Boolell lors de la récente partielle.

Au fait, si Arvin Boolell ne traînait pas de casserole, on a tout fait pour transformer la partielle en un vote contre Navin Ramgoolam. Qui, lui, reste enchaîné à deux grosses casseroles, l’affaire de Roches-Noires et ses coffres-forts débordant de billets de banque, dont des dollars américains.

Macaroni-macarena, le slogan était tout trouvé et l’effigie virtuelle de Navin Ramgoolam avec ses coffres-forts a plus ou moins dominé la campagne. Des wellwishers recommandèrent même un retrait du leader travailliste, devenu le maillon faible de la campagne du no18 afin de diminuer les dégâts que subissait Arvin Boolell.

Or, Navin Ramgoolam, sans se livrer à un porte-à-porte du matin au soir, choisit de garder le profil haut, participant aux rassemblements et aux congrès organisés dans la circonscription. Son rôle était bien sûr amplifié par les dirigeants et activistes des autres partis, cherchant à éliminer l’adversaire Boolell. Navin Ramgoolam maintint non seulement sa présence incontournable lors de la partielle, mais il fit même quelques déclarations qui furent interprétées – non sans raison – comme voulant dire qu’Arvin Boolell, candidat ou pas, éventuel élu ou pas, ce qui comptait dans la finalité, c’est le leader suprême du parti. Et que les prises de position de ce chef étaient incontestables. Pour les observateurs, le leader travailliste ne faisait qu’apporter des munitions à ceux, surtout au MMM, qui axaient leur campagne sur l’enjeu principal qu’était l’équation Navin Ramgoolam.

En tapant fort sur les casseroles de Navin Ramgoolam et le personnage jugé amorphe d’Arvin Boolell face à son leader, les antitravaillistes, surtout le MMM et Roshi Bhadain, avaient trouvé la stratégie payante, l’élément déterminant de la campagne électorale. Alors que le MSM riait sous cape.

Prudent et calculateur, le MSM avait misé sur une abstention de plus de 50 %, tout en laissant le MMM et Bhadain porter le coup de grâce à Ramgoolam. L’élection de la candidate MMM ou de Bhadain aurait, à terme, facilité de nouveaux positionnements politiques. Suivant une abstention de plus de 50 %, le MSM aurait affirmé que la majorité des électeurs avaient boudé l’élection, insinuant que c’étaient surtout les jugnautistes qui s’étaient abstenus et que l’élu était loin d’être représentatif de la majorité. Tout en faisant l’impasse sur le fait que l’alliance Lepep avait recueilli seulement 49 % des votes en décembre 2014 mais qu’elle avait enlevé un grand nombre de sièges en raison des distorsions du système first past the post.

Navin Ramgoolam traîne toujours deux casseroles, mais il a réussi le test du no18. Clairement ceux qui ont élu Arvin Boolell n’ont pas été convaincus par les attaques du MMM et de Bhadain. Présenté comme le paravent de Ramgoolam, Arvin Boolell, une fois élu, est devenu source d’espoir pour le MSM et le MMM. On espère qu’il casse la baraque pour répudier le leadership de Navin Ramgoolam. Contrairement à son leader, Arvin Boolell jouit dorénavant de la légitimité d’un parlementaire, d’un élu du peuple. De cette position de force, le nouvel élu pourrait bien se croire assez puissant pour contester le leadership du parti.

Contestable ou pas, Navin Ramgoolam vit la même situation que connut Paul Bérenger de 1987 à 1991 quand ce dernier se retrouva hors du Parlement. Personne parmi les élus du MMM, dont le Premierministrable Prem Nababsing, n’avait alors osé contester le chef du parti. Par contre, le leader du MMM fit face à une contestation politique et légale en 1993, mais il ne perdit jamais le contrôle de son parti.

Et rien n’indique que Paul Bérenger sera éjecté après sa septième défaite électorale depuis 2005. Il reste au contraire un leader débordant d’enthousiasme, plus alive and kicking que jamais. Ainsi, après avoir affirmé qu’un vote pour Arvin était un vote pour Ramgoolam, voilà que le leader du MMM corrige son texte pour dire maintenant que les habitants du no18 ont voté pour Arvin et non pas pour Navin candidat travailliste et que les votants lui ont exprimé leur soutien suivant les méchancetés que Navin Ramgoolam lui aurait fait subir.

D’après ce raisonnement, si Navin Ramgoolam s’était comporté de façon méchante envers Nita Jaddoo, le MMM aurait sans doute enlevé le siège laissé vacant par Bhadain.

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