Croissance et aléas politiques

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Indicateur phare de l’économie, Croissance et aléas politiques phare de l’économie, la croissance est devenue au fil des années une problématique qui alimente polémique et suspicion parmi les économistes avisés et indépendants et la classe politique. À tel point que ses projections par nos décideurs riment souvent avec le ridicule alors que celles faites par des institutions pourtant crédibles comme la Banque de Maurice et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) suscitent souvent des interrogations sur la rationalité des chiffres.

Loin s’en faut de contester les analyses de la Banque de Maurice et de la CCI et les méthodologies employées pour arriver respectivement à une estimation de croissance de 4,2 % et 4,4 % en 2018. Ou encore MCB Focus qui s’est voulue plus prudente en avançant 4 % pour la même année calendaire.

Des explications sans doute s’imposent : qu’est-ce qui explique l’optimisme soudain des uns et des autres sur les nouveaux chiffres de croissance alors que depuis 2011, le pays peine à franchir la barre psychologique de 4 % tandis que ses voisins africains parviennent à croître leurs économies de plus de 6 % et certains États comme l’Éthiopie, qui jadis était considéré comme le plus pauvre du continent, se développe étrangement avec une croissance de 7 % à 8 % .

Il y a certes des facteurs conjoncturels et les dirigeants qui se sont succédé à la tête de ce pays depuis la crise financière de 2007 ont eu tendance à tout mettre sur le dos de ce désastre mondial pour justifier souvent leur incapacité à trouver des mesures imaginatives pour faire rebondir l’économie, voire carrément leur manque de vision.

Du coup, les secteurs économiques traditionnels tels l’agroindustrie en totale régression, la manufacture, le tourisme, les services financiers et, dans une certaine mesure, la construction et les TIC sont devenus les principaux vecteurs de croissance du pays. Des efforts pour élargir la base économique avec de nouveaux piliers n’ont jusqu’ici donné que des résultats mitigés (et quid de l’économie océanique ?). Résultat des courses : plus de deux tiers de la croissance du pays est tirée par les services. Est-ce économiquement soutenable dans le temps ?

La question est posée quand le secteur manufacturier, surtout sa composante textile, qui, dans les années 90, était de loin le plus gros générateur d’emplois et contribuait significativement à la richesse nationale (environ 23 % et 24 %), n’arrive plus à attirer des investissements étrangers. Les statistiques de l’IDE (investissement direct étranger) de la Banque de Maurice sont éloquentes et attestent ce fait implacable. De 2011 à 2016, il n’a attiré que Rs 4,8 milliards sur un total de Rs 90 milliards, soit un peu plus de 5 %. Sans doute il faut que le Board of Investment vienne expliquer pourquoi, malgré tous les road shows, il n’arrive plus à attirer de nouveaux investissements durables dans ce secteur confronté à de nouveaux défis dans le sillage de l’avènement du Brexit. Doiton comprendre que c’est une «sunset industry» ?

En revanche, on peut raisonnablement s’interroger sur le flux d’investissements étrangers canalisés dans l’immobilier où les promoteurs sont plus intéressés à se livrer à la spéculation foncière pour engranger des «quick gains» que de privilégier le développement à long terme de ce secteur. Et ce avec des investissements pour créer des emplois productifs et générer quelques points de croissance qui ne seront pas éphémères dans le temps.

Les faits parlent d’eux-mêmes car la surexposition de l’IDE sur l’immobilier demeure une source d’inquiétude. Le Prermier ministre précédent, sir Anerood Jugnauth avait raison de tirer la sonnette d’alarme quand il avait présenté sa Vision 2030 de Maurice en août 2015. Malheureusement sans aucune amélioration. Durant les six dernières années, l’immobilier a attiré une moyenne de 43 % d’investissements directs étrangers.

La posture de la CCI privilégiant une croissance de 4,4 % en 2018 s’appuie sur «une reprise de l’investissement, global et privé, en 2016», qui devrait se poursuivre en 2017 et 2018, selon son modèle économétrique, en prenant soin toutefois de rappeler que «toutes choses étant égales par ailleurs». Tant mieux

Mais au-delà des estimations de la CCI et, accessoirement, de la BOM, deux questions se posent… Faut-il pour autant lier la future croissance à des investissements étrangers et locaux orientés majoritairement vers l’immobilier avec des risques de surconcentration ? Estce que ces institutions ont «factor in»dans leurs hypothèses de croissance que 2018 sera une année préélectorale avec les grandes manoeuvres politiques à l’horizon, alors que les tentatives de l’Alliance gouvernementale de céder à des mesures électoralistes devraient être visiblement fortes ?

Dès lors, on peut raisonnablement se demander si la croissance économique du pays sera une priorité ou cesera carrément la politique qui prendra le «front seat».

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