Pourquoi cette partielle importe… malgré tout

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Fallait-il que Roshi Bhadain démissionne comme député le 23 juin dernier, provoquant cette élection partielle qui se tient dans deux semaines, jour pour jour ? Beaucoup, y compris l’auteur de ces lignes, estimaient que le bouillant leader du Reform Party aurait mieux fait de rester au Parlement et que cette partielle ne changera pas grand-chose, ni au sort du projet Metro Express – un train Made in India, déjà lancé, qu’on ne peut plus arrêter –, ni au paysage politique mauricien. Surtout en l’absence d’un gouvernement Lepep, dont l’image est sérieusement ternie en trois ans de (mauvaise) gouvernance et de scandales ininterrompus. On ne voyait pas bien l’enjeu, qu’il soit national ou régional. En revanche, on voyait bien ces dépenses, par millions, ces affiches, oriflammes et banderoles qui polluent Belle-Rose–Quatre-Bornes et qui provoquent aujourd’hui ces tensions inutiles entre agents (pourtant payés à grands frais pour faire bonne impression). Et on entend toujours ces discours de politiciens d’un autre âge comme celui d’un Mahmad Kodabaccus qui a «défoncé» le PMSD, et des slogans creux au lieu d’un véritable débat d’idées nouvelles et concrètes. Désolé, ce cinéma n’intéresse plus la masse – d’où du reste les faibles mobilisations notées jusqu’ici… Le Quatrebornais semblant davantage préoccupé par les fêtes de fin d’année qui approchent tellement vite et par son pouvoir d’achat qui s’amenuise d’année en année malgré les hausses de revenus.

On annonce Arvin Boolell comme le favori de la course. Pourtant, le poulidor du Parti travailliste (PTr) vit lui-même un dilemme existentiel. S’il gagne, il risque d’être, encore plus, un sérieux rival de Navin Ramgoolam à la tête du PTr. Ramgoolam, le revenant, le fin stratège, est celui-là même qui lui a donné son ticket pour cette partielle - il a voulu en fait mettre toutes les chances de son côté alors qu’il force son come-back et son destin. Si Boolell est élu, cela enverra un signal fort au MSM et à ses suiveurs – le PTr aura repris des forces dans l’opposition – malgré les épreuves judiciaires de son leader – alors que le MSM version Pravind Jugnauth a perdu plusieurs plumes – dont celles des coquelets du PMSD – dans l’exercice du pouvoir. Une victoire d’Arvin Boolell va précipiter la logique des alliances qui font et défont les gouvernements mauriciens. C’est sans doute pour cela que Navin Ramgoolam insiste autant sur une hypothétique alliance MSM-MMM – vivement démentie par les mauves…

…qui ont choisi, contre toute attente, de miser sur une nouvelle venue, Nita Juddoo. Fille de Ramduth Jaddoo, cette illustre inconnue a connu un démarrage laborieux en raison, partiellement, du passé de son père – qui avait quitté le MMM pour rejoindre le MSM (ce que beaucoup de militants d’antan n’ont pas digéré) et aussi en raison de deux MMM qui avaient fait entendre dans leur cercle respectif qu’ils auraient pu/dû être candidats, notamment Vijay Makhan et Satish Boolell. Il aura fallu que Paul Bérenger vienne claironner que le MMM souhaite gouverner différemment en faisant notamment confiance aux jeunes et aux femmes pour que les mauves se galvanisent derrière elle. Bizarrement Bérenger reste serein malgré les analyses qui contredisent son flair. Il mise sur son honnêteté qui contraste avec les affairistes.

Puis est survenue Tania Diolle. L’ex-chargée de cours en sciences politiques de l’université de Maurice n’aime pas que l’on s’attarde sur son visage ou son physique, mais elle est consciente qu’elle apporte un tant soit peu de fraîcheur à cette terne partielle. Elle préfère mettre l’accent sur le fait qu’elle ait été conseillère municipale du MMM à Quatre-Bornes et que c’est la politique, dans le sens de gérer la cité, en tant que Quatrebornaise, qui a guidé son choix patriotique. Les mauvaises langues disent qu’elle fait le jeu de son guide, Alan Ganoo, qui, lui, ferait le jeu d’Arvin Boolell. Tania est censée prendre des votes du bassin du MMM. Le fait qu’elle soit femme est aussi stratégique : elle est venue, à bien des égards, rompre le monopole de Nita Jaddoo.

Si l’on ne croit PAS que Jack Bizlall, Nitish Joganah, Dhanesh Maraye, Dr Raja Madhewoo, Yuvan Beejadhur, et d’autres encore, même s’ils sont des citoyens qui tranchent avec l’ordinaire et qui ont des choses à contribuer au pays, peuvent prétendre barrer la route à Arvin Boolell ou Nita Juddoo voire Tania Diolle, en revanche, il ne faut pas sous-estimer Kugan Parapen de Rezistanz ek Aternativ (oui, je suis fondamentalement d’accord avec vous qu’il nous faut évoluer vers un autre système économique, mais comment ? et surtout lequel ?). Parapen, dont le père est un MMM pur et dur, et qui connaît le n⁰18 et qui a déjà une base électorale intéressante, malgré son discours alternatif, son manque de moyens et son style aussi sexy que Karl Marx. Macro-économiste de formation, il tient un discours qui dénonce les mauvais plis néocoloniaux que nos gouvernements successifs ont pris. Par exemple, il est le parmi les seuls à démontrer sérieusement que le financement occulte des partis politiques est suspect et propose déjà un système transparent qu’il jette au visage des électeurs. Il se demande aussi, en écho aux jeunes, pourquoi Maurice, 50 ans après son Indépendance, doit encore courir en Inde pour sauver la ville de Quatre-Bornes du métro sans pilotis, alors que l’élite économique de Maurice n’injecte pas ses milliards. Et puis, il y a celui qui a tout déclenché, Roshi Bhadain. Il joue son avenir politique et s’est jeté corps et âme dans cette partielle. Certes, il a des moyens, et ses partisans, contrairement aux autres partis, sont issus majoritairement de Quatre-Bornes. Sa jeune énergie est sa force.

Au final, le mérite de cette partielle, outre d’avoir fait découvrir quelques nouveaux visages, c’est peut-être que pour une fois on parle un peu de la ville davantage que des scandales de gouvernance ou des faits divers qui nous glacent. En termes de participation, nul ne peut vraiment dire si le taux sera élevé ou pas, encore moins devrait-on s’aventurer à prédire une victoire, quoiqu’en disent ces bookies qui opèrent dans l’ombre, mais il est salutaire de noter que la démocratie reste vibrante à Maurice (malgré le fait que beaucoup sont blasés). En attendant le prochain scandale qui sans doute éclatera, le gouvernement Lepep joue sa carte unique de diviser l’opposition et de jauger la force des uns et des autres, avant le prochain round de négociations d’alliances...

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