Rapport Aujayeb: le nouveau test du PM

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Avec un foutantisme malvenu, Ivan Collendavelloo a lâché, au sujet du rapport Aujayeb, la phrase suivante à la presse : «Il me semble que vous êtes mieux informés que le Premier ministre adjoint. Je ne suis pas au courant du dossier.» Soit le leader du ML, qui assure la suppléance à la tête du gouvernement, dit vrai, c’est-àdire qu’il n’a pas encore pris connaissance du rapport du Fact-Finding Committee mis sur pied pour enquêter sur les conditions et autres privilèges de Vijaya Sumputh en tant que directrice executive du Trust Fund for Specialised Medical Care, et que ledit rapport (remis apparemment au Secretary to the Cabinet) attend d’être remis au Premier ministre et leader du MSM. Ou soit l’Acting Prime Minister fait tout ce qui est en son pouvoir pour protéger l’ancien ministre de la Santé, Anil Gayan, et l’amie de celui-ci Vijaya Sumputh, et, partant, son parti embryonnaire : le ML.

Si Collendavelloo comme PM suppléant n’a pas encore eu accès au rapport Aujayeb, serait-ce parce que la garde rapprochée de Pravind Jugnauth ne lui ferait pas confiance et préférerait attendre le retour au pays du PM, de la Côte d’Ivoire, pour discuter du rapport afin que celui-ci ne soit pas enterré ? La question mérite d’être posée car les relations entre les deux partenaires de l’alliance Lepep ne sont plus comme elles étaient au départ ; Collendavelloo étant perçu comme étant davantage un proche du mentor que du fils. Du coup, la confiance entre MSM et ML ne serait plus de mise, affirme-t-on, de plus en plus, dans les coulisses de l’Hôtel du gouvernement...

Pour rappel, depuis le debut de 2017, le ministre Anwar Husnoo, un autre ML (mais qui est connu comme étant un «loner»), qui avait pris le relais de Gayan à la Santé, a refusé, contre toute attente, d’accorder une hausse de quelque Rs 100 000 à Vijaya Sumputh.

Dans une interview à l’express, celle-ci avait justifié l’augmentation de son salaire, qui était passé de Rs 200 000 à Rs 323 000 en évoquant des «responsabilités supplémentaires». Elle avait, du reste, fait ressortir que l’allocation de Rs 100 000 qu’elle avait obtenue était «une décision du board du Trust Fund for Specialised Medical Care». Ce qu’avait démenti Husnoo, qui avait fait preuve d’une indépendance d’esprit remarquable – ce qui a d’ailleurs mené à l’éjection de Sumputh de son fauteuil. Pour justifier son refus de céder aux caprices de Sumputh, Husnoo avait, tour à tour, briefé le Premier ministre, Collendavelloo et Gayan. Et personne n’a pu lui faire changer d’avis. Ce qui du reste lui a conféré ses galons comme un ministre de la Santé sans concession, prêt à sacrifier son propre parti pour l’intérêt général.

Alors que Sumputh lorgnerait désormais du côté d’un organisme parapublic, tombant cette fois-ci non pas sous Gayan mais sous Collendavelloo, il serait intéressant de voir le sort qui lui sera réservé une fois que les conclusions – qu’on annonce «damning» pour le couple Gayan-Sumputh – seront du domaine public. Il ne faut pas se faire d’illusion : le rapport Aujayeb ne sortira pas de son tiroir sans la pression de l’opinion publique, surtout avec la fin annoncée des travaux parlementaires, et en l’absence de cette Freedom of Information Act tant promise.

Après Dayal, Yerrigadoo et Soodhun, l’alliance Lepep peut-elle se permettre de perdre un autre ministre – même si celui-ci provient des rangs de son partenaire minoritaire ? Ou est-elle justement condamnée à sanctionner Gayan s’il est établi que celui-ci, comme ministre de la Santé, aurait favorisé Sumputh ? Car le trio Dayal- Yerrigadoo-Soodhun, qui attend de retrouver leur maroquin, risque d’être froissé si cette fois-ci l’immunité est brandie au nom de la stabilité gouvernementale.

Le cas Sumputh risque d’être la prochaine épine de Lepep, si ce n’est le prochain test de leadership de Pravind Jugnauth. En cas de litige entre partenaires, l’on peut aisément deviner qu’Anwar Husnoo laissera tomber son parti pour rejoindre le MSM… Et le ML, déjà minuscule, risque de disparaître à tout jamais. Et, après Yerrigadoo et Soodhun, c’est le leader du MSM qui risque, encore une fois, de nous surprendre agréablement… en mettant de l’ordre au sein de l’écurie Lepep.

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