Vivement l’expertise étrangère

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La vice-Première ministre et ministre des Collectivités locales, Fazila Daureeawoo, a fait de son mieux avec les explications sur l’affaire Shoprite lors de sa toute première prestation face à une PNQ comme membre du Front Bench. Il était clair qu’elle s’est fiée aux notes préparées par les fonctionnaires. En fait, l’affaire Shoprite demande des bold policy decisions au niveau du gouvernement central.

Les réponses données par la ministre sur le nombre de camions de pompiers en panne (14 sur 32) et le fort pourcentage de bâtiments ne respectant pas les normes de sécurité indiquent que Maurice dispose d’un service anti-incendie propre aux républiques bananières. Quatorze camions en panne ? Pourtant, aux Casernes centrales et au siège de la VIPSU à Vacoas, on ne peut dénombrer les berlines (BMW, Mercedes, Jaguar et Audi) qui sont en état de marche mais devenues trop vieilles pour les VIP de l’État. Pourquoi les camions et les équipements des pompiers ne jouissent-ils pas du même traitement de maintenance que les limousines officielles?

Maurice accuse un retard dramatique en termes d’innovation technologique dans plusieurs domaines tels le service anti-incendie, la sécurité intérieure, la gestion de la circulation routière, les tests ADN. Pour la circulation routière, nous avons certes recruté les services d’un… Réunionnais devenu l’homme providentiel. Or les accidents se multiplient et les décès ont brisé tous les records. Depuis fin juillet 2017, suivant la découverte de deux cadavres à Crève-Coeur, on attend toujours les résultats des tests ADN. Aux États-Unis, en Grande Bretagne, en Israël, suivant un attentat- suicide, les autorités parviennent à identifier les auteurs de l’acte dans les heures qui suivent en analysant les prélèvements d’ADN. Quand l’ancien directeur-général de l’Organisation mondiale du Commerce, Pascal Lamy, vient affirmer que Maurice a «régressé en termes de sécurité intérieure», c’est un constat dévastateur pour l’image du pays.

Si Maurice veut vraiment échapper à sa culture de république bananière dans la gestion de ses institutions publiques, on doit impérativement faire appel à de l’expertise étrangère et aller encore plus loin que l’île de la Réunion réputée pour ses plats massalé. En matière de gestion du service anti-incendie, l’expertise à solliciter se trouve à Dubaï et aux États-Unis. Dubaï abrite le plus haut gratte-ciel du monde, le Burj Khalifa, qui s’élève à 828 mètres. Cette ville compte 18 immeubles de 300 mètres ou davantage de hauteur et un grand nombre de bâtiments atteignant les 200 mètres. Soit davantage que New York ou Chicago. Qui croira que si jamais un gratte-ciel de Dubaï prend feu, ses princes vont se tenir dans le désert pour assister au spectacle du bâtiment se faire consumer par les flammes avant que les pompiers n’interviennent quelques jours plus tard ?

L’expertise américaine est, elle, aussi importante et cela pour quatre raisons. Tout d’abord, après l’attentat du World Trade Center le 11 septembre 2001, le pays a revu toutes ses normes de sécurité dont les risques d’incendie. Ensuite, l’Amérique, c’est le pays le plus riche du monde et la gestion des bâtiments mobilise ses meilleures ressources humaines. Troisième raison, les États-Unis, c’est le pays le plus avancé technologiquement. Enfin, l’existence d’une culture de litigation (litige) aux États-Unis. On y intente tellement de poursuites même sur des affaires frivoles que tout le monde, autorités comme secteur privé, fait tout pour se mettre à l’abri de tout procès pouvant leur coûter une fortune. Si l’incendie de Shoprite s’était produit dans une ville américaine, des centaines de procès auraient été déjà entamés le lendemain même de la part des habitants des régions avoisinantes pour inhalation de fumée toxique. Des spécialistes en médecine seraient venus en cour témoigner en faveur des habitants. On connaît le cas de cette femme de 79 ans, Stella Liebeck, dont les cuisses et l’entrejambe avaient subi des brûlures causées par du café chaud acheté chez McDonald’s. Elle avait fait une fausse manoeuvre en tenant d’enlever le couvercle du gobelet de café dans sa voiture. À Maurice, on aurait dit que la femme était à blâmer pour cet incident. Or elle réclama 20 000 dollars de dommages à McDonald’s comme compensation pour ses frais médicaux et McDonald’s lui offrit 800 dollars. Il y eut un procès et la femme avait obtenu des dommages de 2,9 millions de dollars, réduits à 640 000 dollars après appel. Un incendie comme celui de Shoprite aurait vu des procès de réclamations de centaines de millions de roupies, non seulement des habitants de la région. Mais aussi, tous les magasins et restaurants qui sont restés inactifs, auraient poursuivi, pour dégâts subis et pertes de revenus, le service anti-incendie, le supermarché lui-même, la municipalité de Quatre-Bornes et les inspecteurs de l’État chargés de l’enforcement des normes de sécurité.

Il est bien dans l’intérêt de Maurice de s’inspirer des meilleures pratiques internationales dans la gestion des services. Même nos avocats pourraient apprendre de cette culture de litige des Américains. Bien que notre système légal soit différent, nous partageons quand même quelques principes de base anglo-saxons. Certains de nos avocats pourraient, par contre, enseigner quelques trucs à leurs collègues yankees quant à la façon de se taper les ressources des trafiquants de drogue.

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