De Basant Roi à Tirole

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Lors de son discours au dîner annuel de la Banque de Maurice que d’aucuns présentent comme son dernier à ce poste, le gouverneur s’en est violemment pris aux «faux économistes».

Sans pour autant les démasquer, Ramesh Basant Roi a également appelé de toutes ses forces à ce que l’on préserve l’émetteur de billets de «self-seeking advisers» ainsi que des imposteurs en quête d’intérêts personnels.

Soit ! Mais, ces propos ne sont pas nouveaux. À plusieurs reprises, le prédécesseur de Basant Roi est également monté au créneau durant son mandat pour dénoncer les «tentatives» de certains politiques de mettre la Banque centrale sous tutelle. L’on se souvient du bras de fer opposant publiquement le ministre des Finances d’alors, Xavier-Luc Duval à Rundheersing Bheenick, patron de la Banque de Maurice, sur l’orientation de la politique monétaire. L’un voulait soutenir la croissance tandis que le second nommé cherchait à maîtriser l’inflation.

En revanche, dans le cas de Basant Roi, nous n’en saurons pas plus sur ses griefs. Nous relèverons, cependant, que les décisions trimestrielles du comité de politique monétaire sont prises de manière consensuelle depuis son installation à la tête de la Banque centrale. À moins qu’il y ait autre chose ? Dans ce cas, qu’on nous le dise ! Car, il ne suffit plus de revendiquer son indépendance. Il est nécessaire de la pratiquer au quotidien. C’est d’ailleurs ce qui est attendu de tous ceux qui sont aux commandes des institutions chargées d’oeuvrer pour le bien commun.

Le bien commun, c’est de cela qu’il s’agit après tout. Jean Tirole, le prix Nobel français, en parle dans Économie du bien commun. L’auteur, qui est aussi président de la Toulouse School of Economics, proposedans son ouvrage des politiques visant à aider les institutions à mettreau diapason les intérêts sociaux et les intérêts privés. C’est vers cela qu’il faut tendre. Très souvent, note le prolifique économiste, nous blâmons les politiciens pour leurs mauvaises décisions. Or, ces derniers ne font que réagir à leur instinct, celui de se faire réélire. À nous de dicter nos priorités. Ce que nous refusons de faire le moment venu, prétextant que le système est ainsi fait !

L’économie, comme l’explique Tirole, n’est pas au service du domaine privé ou des intérêts individuels. Elle ne doit pas non plus être au service de ceux qui veulent utiliser l’État pour prescrire leurs propres valeurs ou encore assurer la préséance de leurs propres intérêts. L’économie doit travailler pour le bien commun. Son objectif devrait être de faire du monde un meilleur endroit. À ce titre, ceux qui se sont penchés sur la question jugent important d’identifier les institutions et les politiques qui vont promouvoir le bien commun.

Tirole suggère dans son livre une réflexion sur les rôles des différents agents économiques afin de trouver une convergencedes intérêts vers le bien commun. Nous devons en faire autant. Tout comme il est impératif de rendre l’information plus accessible. Car, selon Tirole, en la limitant, on prive les citoyens de la possibilité d’évaluer et de comprendre les politiques gouvernementales. Très souvent sur des questions qui les touchent directement.
 

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