Mise à pied de Soodhun: interrogations, cinéma et hypocrisies !

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Selon l’auteur, l’ancien vice-Premier ministre Showkutally Soodhun est, en surface, acculé pour avoir tenu des propos «incitant à la haine raciale».

C’est inquiétant. Les réflexions émises jusqu’ici sur le cas Soodhun pointent dans une direction seulement et passent sous silence certaines étapes pourtant déterminantes dans la séquence des événements ayant mené vers la chute du personnage. Des zones d’ombre ont l’air d’être savamment entretenues, pour ne pas avoir à dire quel est le vrai problème.

Politiciens, gouvernants, presse et églises nous demandent de voir que Soodhun a été puni pour ses propos «incitant à la haine raciale». Et rien n’est dit au public, de manière claire et franche, quant aux circonstances qui ont amené le vice- Premier ministre (VPM) à tenir de tels propos. Non plus, nous disent-ils, si le problème «racial» se voit régler avec le départ de Soodhun.

Le vrai problème

La source du mal, donc du réel problème, est escamotée sous moult détails, aidée en cela par l’amalgame quefait l’opinion qui applaudit le fait que Soodhun soit puni pour ses défauts, son appartenance politique et autres dérapages antérieurs. Les opposants en profitent pour régler leurs comptes au régime. Et dans ce désordre, on aura oublié le fond du problème.

En surface, Soodhun est acculé pour avoir tenu des propos «incitant à la haine raciale». Or, à moins que l’on veuille absolument se voiler la face, Soodhun n’est pas la première personne à les avoir tenus. Et pas la dernière non plus. Soodhun n’a rien inventé. Depuis toujours, des politiciens, des groupes organisés ou informels et des individus ont non seulement tenu des propos de division, mais certains ont adopté comme mission ou perpétué, dans des faits, la fracture de notre société.

Hypocrisies

Ce qu’on peut reprocher à Soodhun, c’est son manque de subtilité dans le langage. Aussi, il ne parle pas pour dire ce qu’il croit être juste, mais pour plaire aux oreilles de ses maîtres et de son auditoire. Et, dans le cas qui lui a valu sa mise à pied comme VPM, on ne s’attarde pas sur ce que son auditoire voulait entendre. Ni commente-ton sur la position prise par le groupe des protestataires et leur propos. L’hypocrisie et la peur cachent cette partie du problème, qui est pourtant la source, le symbole de la vraie tragédie de ce pays.

Mais peu importe le motif de Soodhun. Ses propos lui ont projeté sous le coup du code pénal. Il faut être hypocrite pour ne pas reconnaître que d’autres disent la même chose dans les réunions privées, lors des campagnes électorales. Ou même en dehors du cadre des élections dans un langage calculé, tous s’en sortent sans être le moindrement inquiétés. Personne dans l’auditoire monochrome ne pensera à enregistrer.

L’opinion a pilé sur le weakest link, quelqu’un avec des antécédents, quelqu’un qui ne pèse pas lourd politiquement. Il y a de l’hypocrisie dans l’air. Pour s’en rendre compte, posons-nous la question : et si c’était un autre de ces puissants qui nous gouvernent qui avait formulé les mêmes propos, les choses auraient-elles été différentes ? Laissons au lecteur le soin de mettre un nom à ce puissant. Et si la réponse est non la sanction à l’encontre de Soodhun serait injuste, puisque discriminatoire !

Communalisme institutionnel

Aujourd’hui, on est en train de condamner le seul Soodhun et feindre de ne pas voir que tout le système politique mauricien repose sur le sectarisme, la division de la population en communautés, en castes, en groupes religieux. Un compartimentage que consacre notre Constitution, le communalisme est le fondement même, la sève de notre système politique : celui qui sait le gérer gagne les élections et donc, le pouvoir.

Ne soyons pas hypocrites à reconnaître que pour les élections, on incite les électeurs à faire de la discrimination basée sur la communauté, la caste, la religion, la couleur de peau. On appellecela la stratégie ! L’incitation à la division mène à la déconstruction de la nation. Et passer à l’étape suivante de haine raciale n’est qu’une suite logique.

Ne tombons pas dans la dénégation aveugle. Soodhun n’a pas le monopole de la logique sectaire et de la division. Tous les partis politiques ont la variable communauté dans leur logiciel. Le communalisme, l’appartenance religieuse et ethnique, la couleur de peau, on peut les appeler comme on veut, sont à la base de la réflexion politique à Maurice. Les programmes politiques des partis ne sont que façades. Tous les gouvernements font appel aux sentiments sectaires dans leurs calculs pour exister, pour être réélus, même si le communalisme est une injustice. L’idéologie est morte depuis très longtemps à Maurice. C’est le communalisme qui domine notre univers politique.

Se tromper de colères

Un VPM forcé à prendre la porte de sortie, ce n’est pas un fait divers. C’est grave pour le pays d’en être arrivé là. Et il est plus que nécessaire de faire une deuxième lecture de ce qui s’est passé afin de ne pas se contenter d’un satisfecit d’avoir réglé un problème en surface, alors que le fond persiste dans toute sa ténacité. Même si l’hypocrisie ambiante ne permet pas de trop en parler, tout comme on a peur de parler de la manifestation contre le projet de la NHDC.

Et il n’y a pas que des politiciens qui pratiquent la division. Le peuple aussi demande du communalisme et prend les politiques en otage. Si le peuple refusait dans son ensemble le communalisme, les politiciens diviseurs n’auraient pas fleuri. Et si le peuple applaudit aujourd’hui la démission de Soodhun, on doit se demander quelle est sa part de responsabilité dans toute cette affaire. Peut-être bien qu’il n’est pas contre le communalisme mais contre le gouvernement. Ce sont deux choses différentes. L’amalgame est facile. Et certains se trompent de colères !

La défaite de Soodhun, ou la défaite d’un pays, d’un peuple ? Je vous laisse répondre, selon votre conscience !

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On le croyait invincible et intouchable après que ses nombreuses frasques qui ont défrayé la chronique depuis le début de son mandat et qui sont passées sans qu’on le sanctionne. Mais Showkutally Soodhun s’est résigné à donner sa démission d’un «commun accord» avec le Premier ministre Pravind Jugnauth, après qu’une vidéo dans laquelle il tient des propos à relent communal a été publiée. Retour sur le scandale qui a fait tomber le n°4 du gouvernement.

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