Face à notre destin

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Les événements qui ont mené à l’éviction de Showkutally Soodhun de son poste de vice-Premier ministre et ministre du Logement et des terres nous rappellent que le vivre-ensemble que nous avons pris des décennies à construire ne tient souvent qu’à un fil.

Maurice aura beau montrer ses muscles en brandissant son classement dans les divers indices mondiaux – la facilitation des affaires de la Banque mondiale est le dernier en date –, en face, il y a toujours une dure réalité dont nous ne pouvons faire abstraction.

Cette réalité affligeante qui nous ramène sur terre dès qu’on commence à rêvasser est notre incapacité à nous extirper du piège du revenu intermédiaire. Pourtant, ce n’est pas l’ambition qui manque. Il ne se passe pas un seul Budget sans qu’un ministre des Finances ne nous entretienne de son objectif de porter le pays vers de nouveaux sommets.

Toutefois, ils oublient volontairement de nous dire que depuis 1960, moins de 20 % des pays à revenu intermédiaire ont réussi à faire la transition. Ce n’est pas pour autant qu’il faut y renoncer. Si jusqu’ici Maurice a pu surmonter les pires obstacles, c’est grâce à la résilience de sa population et à sa capacité à se surpasser dans les moments difficiles. Des qualités qui avaient échappé à James Meade, d’où ses sombres prédictions.

Devenir un pays à revenu élevé est donc dans nos cordes. En revanche, un déficit de leadership freine notre marche en avant vers cet objectif. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a certes mis au pas le numéro quatre de son gouvernement mais il n’en demeure pas moins que le système favorisant l’accession de personnages dignes de bandes dessinées à des postes de responsabilité n’a pas été réformé ou du moins pas encore. On garde toujours espoir.

Tous autant que nous sommes, nous avons certainement en mémoire des anecdotes qui démontrent l’ingéniosité des Mauriciens. Après tout, notre principale ressource n’est-elle pas humaine ? Pour avancer, il est donc nécessaire de tirer le meilleur de ce capital. Or, cet impératif n’a toujours pas été compris par nos politiques ou feignent-ils de l’ignorer car il ne sert pas leur agenda.

Ce faisant, ils perpétuent un système pourri qui est très loin de favoriser la méritocratie dont ils se gargarisent dans leur discours lorsque cela les arrange. Les propos de Showkutally Soodhun sont très éloquents à ce sujet. Ils nous permettent de mieux comprendre notre état de piétinement. Alors qu’ailleurs on est en train d’ouvrir les portes et les fenêtres aux compétences, ici, elles sont sacrifiées sur l’autel de la politique. Ce modèle de société que nous imposent tous ceux qui se succèdent à l’Hôtel du gouvernement favorise une culture de lèche-bottes. D’où, très souvent, les manifestations de soutien public à l’égard des politiciens pris dans la mélasse. 

Une telle structure sociétale encourage également des personnes occupant des postes constitutionnels à se mettre au service des puissants alors qu’elles devraient servir avant tout le pays.

Il est impensable qu’on puisse continuer de croire que nous réussirons à rééditer les performances économiques passées en maintenant des pratiques qui nous tirent vers le bas. Le monde a changé. Les filets de protection ont disparu. Il n’y a qu’à voir dans quelles conditions opère notre secteur manufacturier aujourd’hui pour se rendre compte des défis qui nous attendent.

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