À la défense de la speaker…

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La séance parlementaire du 24 octobre. Xavier-Luc Duval a été expulsé après ses propos envers Maya Hanoomanjee.

Non, Mme Hanoomanjee n’est pas responsable de la situation qui prévaut au Parlement mauricien. Et sa manière de faire n’est pas une innovation de sa part, elle n’inaugure rien dans la position adoptée des speakers de notre Assemblée nationale vis-à-vis de l’opposition.

Non plus est-elle le pire titulaire à ce poste que notre Parlement a connu. Une relecture du Hansard, des années pas trop lointaines ou encore des comptes rendus dans la presse écrite des noires pages de l’histoire de notre Parlement peuvent nous rafraîchir la mémoire.

Produit du système

Mais revenons au temps présent et essayons de voir au-delà des incidents au centre desquels s’est souvent trouvée la speaker. L’on verra que Mme Hanoomanjee, comme tous les autres speakers qui l’ont précédée, n’est rien d’autre qu’une conséquence : le fruit d’un système qui, avec la culture politique ambiante, ne peut produire de speaker neutre et objectif.

On ne devrait pas se voiler la face. Nous sommes dans un système politique avec des aspects dictatoriaux sous un vernis et un verbiage démocratiques. Tous les pouvoirs sont concentrés dans une seule main, sauf des décisions relevant du judiciaire.

Le pouvoir législatif est contrôlé par le pouvoir exécutif. Et le parti qui gagne aux élections contrôle tout dans le Parlement. Le Premier ministre est chef de l’exécutif, mais il est aussi Leader of the House : une aberration délaissée depuis des années par les Anglais, dont nous avons copié le modèle westminsterien, que nous choisissons de citer sélectivement et même faussement des fois, selon notre convenance.

Il choisit le speaker, décide s’il veut répondre aux questions parlementaires ou pas, ses ministres peuvent répondre de la manière qu’ils veulent. Le parti au pouvoir est souverain et règne en maître et décide seul des lois à passer. L’opposition peut toujours causer.

Le choix du speaker est laissé au parti qui gagne les élections. Le leader de ce parti peut choisir qui il veut. Évidemment, il va propulser quelqu’un qui l’aura aidé à gagner les élections. C’est un système accepté par tous les partis politiques.

Le peuple cautionne ce système. Les politiciens aussi : quand ils sont au pouvoir. Si le système n’a jamais été remis en cause pendant plus d’un demi-siècle, c’est qu’il comporte, aux yeux de notre classe politique, des vertus insoupçonnées.

Notre système conçoit la nomination au poste de speaker comme une récompense pour loyauté au parti. Dans une telle situation, l’on se demande comment se peut-il qu’overnight, un principe de loyauté se mue en principes de neutralité et d’objectivité. On ne sait pas par quelle magie cela peut être possible.

Caution politique et populaire

Tous nos politiciens ont cautionné le fait qu’un politicien puisse la veille, au soir, dans une réunion privée, être d’une violence inouïe contre ses ennemis politiques et se retrouver, quelques heures après, soit le lendemain matin, à prêter serment comme arbitre neutre. C’est du surhumain que de demander à la personne ainsi choisie d’être impartiale. Une prouesse que Nietzsche dirait digne d’un surhomme.

Se servir du système

M. Duval s’est bien servi du système, bénéficiant de la partialité de tous les speakers depuis le temps qu’il a été ministre. Et même jusqu’à récemment, il a profité des décisions prises par la même Mme Hanoomanjee, pour laquelle il n’avait rien trouvé à redire lorsque c’est l’opposition MMM ou le Parti travailliste qui était éjecté du Parlement. Il a toujours eu du respect pour l’usage de la selective deafness.

Dans l’incident récent, il y a une incompatibilité. Comment peut-on dire à la présidente de séance que vous n’avez pas de respect pour elle et, en même temps, vous voulez rester sous sa conduite des travaux parlementaires ? Comme parlementaire ayant des années été au Parlement, il sait mieux que beaucoup la façon de s’y prendre lorsqu’il veut contester le ruling d’un speaker.

Hystéries contre hystérie

Pour contrer les «I order you out», expression qui va sûrement entrer dans notre parler courant, voire dans un prochain sega, il y a les commentaires acerbes des internautes qui critiquent la speaker. Je ne dis pas que Mme Hanoomanjee est une sainte. Mais osons voir grand. Ne nous trompons pas de colère.

Aussi, faut-il penser qu’on aurait pu très bien avoir Rutnah, Sinatambou, Tarolah ou Soodhun à ce poste. Cela aurait été la même chose, ou même pire : le speaker n’étant que le produit d’un système. Et comme le chantait Serge Lebrasse il y a très longtemps : «Paski dan dizef poul pa kapav gagn ti kanar.»

N’en déplaise au parti coq !

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