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L’ouverture en cette fin d’octobre d’une nouvelle aérogare – le Terminal 4 – à l’aéroport de Changi nous rappelle la fascination qu’exerce Singapour sur nombre de dirigeants politiques mauriciens.

Entièrement automatisé, ce bijou sorti du sol après trois ans de travaux porte désormais la capacité d’accueil annuelle de Changi à 82 millions de passagers. Ce qui frappe les esprits au Terminal 4, c’est l’interaction réduite voire inexistante entre les voyageurs et le personnel, que ce soit de l’aéroport ou des compagnies aériennes.

Face à un tel niveau d’innovation, on serait tenté de penser, de prime abord, que les autorités n’ont pas fait que des heureux, au vu du nombre d’emplois auquel elles ont dû renoncer. Mauvaise perception ! À Singapour, les politiques sont déchargées de l’obligation de créer des «jobs for the boys».

Certes, le modèle politique singapourien est sujet à débat mais au-delà, il y a la volonté d’une NATION d’avancer ensemble. Une nation que nous ne sommes pas encore ! D’ailleurs, les jeunes Singapouriens que nous avons eu l’occasion d’interroger sont loin d’être perturbés par des possibilités d’emploi limitées au Terminal 4. Au contraire, ils considèrent que l’automatisation redessine complètement le paysage en permettant la création d’autres types d’emplois, notamment dans le domaine de la technologie. Des postes qu’ils sont prêts à prendre ayant déjà été formés en amont.

Pour plusieurs raisons, il serait difficile d’émuler l’île-État. Déjà, nous sommes à des années-lumière de son niveau de développement. Même le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a concédé récemment que la route vers le statut de pays à revenu élevé serait laborieuse.

Cela dit, il y a certainement des leçons à tirer du parcours de Singapour. Car comme Maurice, elle était également au pied du mur après s’être retrouvée hors de la Fédération de Malaisie. Des choix ont été faits. Ici également, mais à la différence que la cité-État a surtout misé sur la rigueur, la discipline et l’ouverture. Des ingrédients qui malheureusement nous font largement défaut. Rien qu’à voir le comportement des automobilistes sur les routes, cela nous permet de prendre la mesure de notre manque de discipline.

Le chantier qui nous attend est titanesque et dépasse de très loin nos ambitions. Pourtant, il va falloir commencer quelque part. Qui va s’en charger ? Nous sommes à la veille du cinquantenaire de notre indépendance. Les défis sont multiples et ils ne vont pas attendre qu’on se décide à réagir. Or, les dirigeants politiques passent leur temps à les repousser, tantôt sur la base de calculs électoralistes, tantôt par manque de courage. Un comportement déplorable à plus d’un titre, d’autant plus qu’il ne fait qu’hypothéquer l’avenir des générations futures.

Certainement, ce n’est pas de cette manière qu’on réussira à alimenter un nouveau cycle économique. Faire de Maurice le Singapour de l’Afrique restera donc un vœu pieux aussi longtemps qu’il n’y aura pas une impulsion politique pour vaincre les résistances, changer les mentalités et forcer le changement. Seul un leadership fort parviendra à faire sauter les verrous et engager le pays dans cette stratégie de transformation.

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