Vivement sir Harry !

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On ne sait si sir Harry Tirvengadum a encore de la lucidité ; si c’est le cas, il doit sûrement se cogner la tête contre le mur et regretter amèrement qu’Air Mauritius, qu’il a minutieusement bâtie en 1967 et qui a fini, en 50 ans d’existence, par émerger comme une institution–phare et fièrement respectée, soit devenue aujourd’hui un espace de convoitise par des parasites, voire des nominés sans scrupule. Et qui participent tristement matin, midi et soir à une entreprise de démolition par leur ingérence politique intolérable, faisant fi des principes de bonne gouvernance.

Loin de nous d’affirmer que sir Harry avait à son actif une gestion sans faille, voire sans reproche, mais à sa décharge, reconnaissons-lui au moins un mérite : il savait imposer son autorité et tenir tête aux puissants du jour pour permettre à la compagnie d’être gérée professionnellement et d’éviter que MK traverse fréquemment des zones de turbulences et des tempêtes qui ne peuvent que fragiliser l’entreprise aux yeux de ses principaux investisseurs et de ses concurrents dans la région. Comme c’est tristement le cas actuellement et ce qui est ni plus ni moins que le résultat d’une mauvaise gouvernance, où une poignée de nominés politiques, soutenus par le locataire du bâtiment du Trésor, se croient tout permis et ont depuis un certain temps infiltré le 19e étage du Paille-en-Court pour «piloter» la compagnie.

Or, on ne le dira jamais assez, Air Mauritius n’est certainement pas la boutique du coin et sa gestion ne doit pas être laissée à des nominés politiques et autres administrateurs aux intérêts obscurs, sortis de nulle part, qui ont été récompensés pour avoir bien servi leur maître. Malheureusement, au fil des années, à l’exception de certains directeurs de calibre, d’autres qui se sont succédé d’un régime à l’autre relèvent carrément de l’incompétence dont la motivation première est de pouvoir voyager gratuitement avec leurs proches et de bénéficier d’autres privilèges…

C’est là visiblement où le bât blesse. Un conseil d’administration, encore moins celui d’une compagnie aérienne, doit limiter sa réflexion aux grands enjeux auxquels une compagnie d’aviation est confrontée (sécurité aéroportuaire, concurrence du low cost et hedging, etc.) et laisser la gestion quotidienne aux professionnels qui sont nombreux, heureusement, à MK.

Personne ne contestera qu’à Air Mauritius – qui a des intérêts économiques divergents à réconcilier –, l’ingérence politique, plus pressante ces trois dernières années, aura été à la base d’une guerre larvée entre le Top Management et le Board. Le nombre de CEO ayant défilé ces dernières années témoigne à quel point il est devenu difficile pour un professionnel de l’aviation de survivre au Paille-en-Queue Court. Megh Pillay, grand commis de l’État qui a bâti sa carrière dans des entreprises publiques, en sait quelque chose. Fin gestionnaire et aimé du personnel, il a malheureusement dû céder devant un HR Manager protégé des dieux.

Le bras de fer qui oppose les pilotes à la direction actuellement est loin d’être une crise industrielle. C’est le résultat d’une accumulation d’une longue frustration des pilotes et de l’incapacité de l’actuelle direction à trouver des solutions durables à leurs revendications. Des Mauriciens stupéfaits ont découvert ces derniers jours les salaires et privilèges auxquels les pilotes ont droit. Certains parlent d’abus, d’autres comprennent que les pilotes ne courent pas les rues et que dans le monde c’est le métier le plus payé.

N’aurait-il pas été possible de faire l’économie de cette crise qui a coûté la compagnie, et accessoirement aux contribuables, la bagatelle de Rs 120 millions – et encore ce n’est pas fini ? Est-ce que le «business model» qu’a adopté actuellement MK – où le Board se substitue à l’équipe de direction pour piloter les grandes décisions – n’est pas porteur de crises ?

Ce sont autant de questions qui sont posées alors qu’on attend des réponses fermes des directeurs indépendants et des institutions privées sur cette gestion. Comme d’habitude, le silence est des plus assourdissants.

Entre-temps, on assiste impuissants à la démolition de ce qui reste de l’héritage de sir Harry.

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