Bienvenue en dictature

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Licenciement du jour au lendemain, résiliation immédiate de permis de résidence, menace de déportation, État policier : voilà le scénario lamentable joué par les responsables d'Air Mauritius et le gouvernement, estimant que c'est ainsi qu'on règle un litige entre des employés et leurs employeurs. Voilà donc où nous en sommes à Maurice : des pilotes, à travers leur association, tentent depuis des mois de rencontrer leur direction, sans succès ; des correspondances officielles sont envoyées mais ne reçoivent même pas d'accusés de réception ; des droits acquis sont supprimés sans explication ; des engagements reniés sans concertation ; des newsletters faisant état des conditions inacceptables dans lesquelles travaillent les pilotes ignorés. Des responsables de la compagnie nationale sont appelés à réagir mais font la sourde oreille, des syndicats mettent en gardent la direction de la compagnie nationale contre la frustration et l'exaspération des pilotes. Mais le top management demeure impassible.

Résultat : une douzaine de pilotes sont indisponibles jeudi dernier – provoquant une anarchie à l'aéroport, la colère d'un millier de passagers et entraînant des coûts financiers importants, avec l'annulation de quatre vols du jour. On peut être ou ne pas être d'accord avec cette «action concertée» – ou pas – des pilotes, on peut avoir nos opinions sur leur salaire et conditions de travail. Mais pour autant, des pilotes n'ont-ils pas le droit d'exprimer leurs griefs, de revendiquer leurs droits, d'exprimer leur désaccord et ressenti ? Fallait-il basculer notre pays dans une dictature parce que des employeurs refusent d'assumer leurs responsabilités face à des travailleurs en colère ? N'est-il pas trop facile aujourd'hui de jouer lâchement sur le rapport de forces, en abusant du pouvoir et en forçant un pilote, président d'un syndicat de surcroît, à quitter Maurice hâtivement alors que, jusqu'à hier, il avait toute sa vie ici ? Si ce n'était la fermeté de l'avocat Gavin Glover qui a pu obtenir un ordre intérimaire pour non déportation, le pilote Hofman serait déjà expulsé de notre territoire à l'heure qu'il est. 

L'attitude du Premier ministre, qui a donné tout son soutien au board d'Air Mauritius et qui choisit des mesures punitives contre le dialogue, est déplorable. Cela traduit une arrogance, une gestion autoritaire, dictatoriale et intransigeante. Alors qu'il ne s'agit pas là de quelques mouvements d'humeur venant d'employés de n'importe quel corps de métier. Il est question de pilotes d'avion, en qui nous plaçons notre confiance à chaque fois que nous voyageons. Il est question de personnes, dont des Mauriciens, qui ont quitté leur poste à l'étranger pour répondre à l'appel d'Air Mauritius et qui voient aujourd'hui un changement dans leurs conditions de travail. Il est question de travailleurs qui craignent que leur sérénité ne soit entamée avec une réduction des jours de congé et une approche de leur limite maximale d'heures de vol. Ne sont-ce pas là suffisamment de raisons qui justifient amplement une écoute de la direction de la compagnie nationale ?

Dans une admirable lettre ouverte (voir lexpress.mu), adressée au CEO d'Air Mauritius, le commandant de bord, Michel Bourgeois, qui s'interroge sur les changements des conditions de travail, fait état du «mépris affiché par la direction pour le personnel navigant». Mais s'il y a un point qu'il faut retenir de sa lettre, c'est bien quand il dit à Somas Appavou que «vous êtes secondé par un homme qui nous hait pour avoir pris la défense de Megh Pillay. Oui, c'est vrai, les pilotes avaient envoyé une lettre au board pour montrer leur inquiétude de voir le CEO menacé de devoir quitter son poste (...) Ce CEO a dû quitter son poste et la personne qui avait été écartée est revenue. Nous payons quelque part pour notre prise de position en faveur de notre ancien CEO, homme compétent, humain, et si nous n'avons pas toujours été d'accord avec lui, jamais il ne nous a méprisés et le canal de communication n'a jamais été rompu (...)»

Comment ne pas prêter attention à ce sentiment, en nous basant sur une politique revancharde à laquelle nous a habitués ce gouvernement ? Comment oublier qu'il a préféré licencier un Megh Pillay, professionnel reconnu, qui redressait bravement la barre de la compagnie nationale pour protéger le copain et nominé politique Mike Seetaramadoo, aux compétences douteuses, montré du doigt depuis longtemps par tous, mais intouchable de par sa proximité avec le pouvoir ? C'est ainsi qu'on dirige en dictature !

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