La peste et la colère

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«La presse, si bavarde dans l’affaire des rats, ne parlait plus de rien. C’est que les rats meurent dans la rue et les hommes dans leur chambre. Et les journaux ne s’occupent que de la rue.» Cette citation d’Albert Camus, puisée de sa chronique phare (et non roman !) «La Peste», résume bien son humour caustique. Mais elle va bien plus loin. Elle illustre le caractère universel et intemporel de son livre aux portées multiples. Dans ce chef-d’oeuvre, Camus, l’écrivain-journaliste, relate la chronique d’une épidémie terrible (similaire à celle qui se vit ces jours-ci dans la Grande île). Tout en nous expliquant, dans les moindres détails et recoins, l’apparition, la progression et la régression de la peste, Camus évoque parallèlement l’occupation de la France par l’armée allemande (ce qu’il appelle «la peste brune») et la condition humaine (face à la maladie, à la mort, etc.).

À l’heure où la «Yersinia pestis» (bactérie de la peste) se propage dangereusement à Tana, l’oeuvre de Camus nous semble riche d’enseignements quant aux réactions humaines et sociales. Selon le bilan dressé par l’OMS, du 1er août au 1er octobre 2017, il y a eu 24 décès (17 sont des cas de peste pulmonaire et sept sont des cas de peste bubonique). Bien sûr, il ne faudrait pas trop nous fier à ces statistiques malgaches. Si l’épidémie a provoqué la mort d’au moins neuf personnes dans la capitale, elle provoque aussi, dans son sillage, un mouvement de panique, y compris vers Maurice, avec tous les risques associés...

Mais, au-delà du visible, réalise-t-on vraiment le danger qui nous guette ? Au-delà des discours qui se veulent rassurants, avons-nous concrètement une stratégie régionale pour lutter contre la peste, le choléra, la tuberculose, ou la grippe A(H1N1) ? Camus nous rappelle, à juste titre, que les épidémies, davantage sans doute que les Jeux des îles et les rapports de forces géopolitiques de notre sous-région, réveillent les instincts les plus primitifs de l’être humain...

***

Quand un régime comme le gouvernement Lepep n’arrive plus à gérér ses crises et qu’il doit s’appuyer sur des policiers et des charognards pour neutraliser des journalistes d’une part et des pilotes de l’autre, tout en embobinant la population, c’est que l’on a déjà franchi la ligne rouge, que ce soit en termes légaux ou moraux. Les moyens déployés, souvent aux petites heures du matin, sont dignes d’un État policier. Et il est manifeste que l’hôtel du gouvernement et ses relais complices ne veulent pas que nous jouions notre rôle à l’égard des pouvoirs publics et les sociétés d’État. Ils veulent d’une presse tenue en laisse, qui s’assoit, docilement, au moindre sifflet... Ce n’est pas parce que certains ont développé le réflexe pavlovien qu’on entend leur emboîter le pas.

D’expérience de journaliste, c’est assez rare qu’on voit une colère aussi généralisée contre un gouvernement qui vient tout juste de dépasser le mi-mandat. Si le régime a voulu nous intimider en faisant pression de toutes parts, il a surtout produit l’effet contraire. Les marques de soutien de la part du public en général, et de nos lecteurs en particulier, nous encouragent à redoubler d’efforts. Face à la panoplie de manoeuvres liberticides, il devient évident que le régime en place a franchi une frontière que les Mauriciens ne peuvent pas tolérer. Il ne s’agit PAS d’un appel à la révolution, mais d’un renversement de tendance pour sauver notre indépendance et nos libertés.

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