Il y a 500 ans… L’histoire de la Réforme

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«Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut pas savoir où il va.»

En cette année 2017, nous célébrons le 500e anniversaire de la Réforme. À cette occasion, nous vous présentons quelques lignes de cette histoire inouïe qui a bouleversé toute l’Europe du XVIe siècle.

Les causes de la Réforme

En 1517, la foi chrétienne était en pleine décadence dans l’Église officielle. On considère souvent que le mécontentement provoqué par la corruption du clergé est la cause principale de la Réforme. Assurément, le bas clergé était en général grossier, ignorant, immoral, et le haut clergé se discréditait par son ambition, sa mondanité et son avarice. Une série sinistre de mauvais papes avait scandalisé la chrétienté.

Cependant, tout cela n’aurait pas été suffisant pour provoquer la Réforme. C’est l’étude de la Bible qui apparaît comme la cause profonde de la Réforme, avant d’en être le résultat. En face des exigences du Dieu saint de l’Écriture, beaucoup sentent qu’ils ne peuvent être sauvés par les maigres mérites que l’Église leur propose d’acquérir. La comparaison entre la vérité scripturaire et l’enseignement officiel précipite le mouvement.

D’autre part, la renaissance littéraire avait remis en honneur l’étude du grec et de l’hébreu. L’invention de l’imprimerie en 1450 a permis la diffusion sur une grande échelle de la Parole de Dieu. Enfin, il ne faut pas oublier que le sol était déjà labouré par les précurseurs, Valdo, Wycliffe, Hus. Le terrain était ainsi préparé pour l’apparition de Luther et pour le mouvement dont il sera l’initiateur.

La Réforme luthérienne

Ce mouvement d’envergure mondiale fut déclenché lorsqu’au soir du 31 octobre 1517, Martin Luther (1483-1546) afficha 95 thèses à la porte de l’Église du Château de Wittenberg. Dans ces thèses, Luther dénonçait vigoureusement les abus des indulgences et il insistait sur les conditions spirituelles du pardon et sur la grâce de Dieu.

En effet, comme moine augustin, Luther avait un vif sentiment de son péché et n’arrivait pas à calmer sa conscience, même au prix de terribles austérités. Ce n’est qu’en étudiant l’épître aux Romains qu’il comprit que l’homme ne pouvait se justifier par ses mérites, que Dieu justifiait gratuitement ceux qui croyaient en Jésus Christ.

Martin Luther (1483-1546)

Les thèses de Luther se répandirent rapidement en Allemagne. Bien entendu, ses idées furent attaquées de divers côtés, mais la faiblesse des arguments qu’avançaient ses adversaires ouvrait les yeux de Luther sur les erreurs du catholicisme. Il publiait des ouvrages toujours plus hardis : À la noblesse allemande, où il s’élève contre la cupidité du clergé romain ; De la captivité de Babylone, où il combat la notion catholique des sacrements ; De la liberté chrétienne, où il exalte le salut par grâce.

L’empereur d’Allemagne, Charles-Quint (1519-1556) dû amener cette affaire devant la diète de l’empire, convoquée à Worms. Luther, pourvu d’un sauf-conduit, y fut mandé. Sommé de se rétracter, il déclara qu’il ne pouvait le faire, à moins d’être convaincu par le témoignage des Écritures ou par des raisons évidentes :

«Je suis dominé par les Saintes Écritures que j’ai citées, et ma conscience est liée par la Parole de Dieu. Je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il est dangereux d’agir contre sa propre conscience. Me voici, je ne puis autrement. Que Dieu me soit en aide !»

Luther fut mis au ban de l’Empire. Par la suite, il se consacra à donner aux Églises détachées de Rome une organisation viable. Puisqu’il s’était appuyé sur la Bible pour défendre ses idées et rejeter l’autorité du pape et celle des conciles, il importait donc de mettre la Bible entre toutes les mains, et pour cela, de la traduire. Achevée en 1534, elle se répandit rapidement et affermit les adeptes des idées nouvelles.

Luther a soutenu la doctrine de la prédestination, au cours d’une controverse avec Érasme. Ce dernier avait écrit un traité Du libre arbitre, où il attaquait Luther. Celui-ci répondit par le traité Du serf Arbitre où il nie toute participation humaine à l’acquisition du salut.

Luther était attaché aux formes anciennes du culte et supprima seulement ce qui était manifestement contraire à l’Évangile. Il rejetait l’idée du sacrifice dans l’eucharistie, mais il crut jusqu’au bout à la présence réelle et matérielle du Christ dans, avec et sous les espèces (consubstantiation). La prédication prit une grande importance, de même que le chant. Les mélodies vigoureuses des chorals luthériens ont beaucoup contribué au succès de la Réforme.

Ainsi, presque toute l’Allemagne était gagnée aux idées nouvelles. La Réforme faisait des progrès en Europe centrale (Hongrie, Bohême) et en Scandinavie (Suède, Danemark, Norvège, Islande). L’activité de Luther était prodigieuse. Il écrivait, prêchait, enseignait, voyageait. Il déployait une grande hardiesse en puisant les forces dont il avait besoin dans la prière.

La Réforme calviniste


 

Jean Calvin (1509-1564)

En Suisse, un mouvement parallèle et indépendant de Luther prenait naissance. Un prêtre humaniste, Ulrich Zwingli (1484-1531), se mit à combattre les erreurs romaines en se basant sur l’autorité de l’Écriture. Ses adhérents devinrent nombreux. Le conseil de la ville de Zurich ordonna qu’une discussion publique sur la base des Écritures eût lieu entre les prédicateurs évangéliques et les catholiques, à la suite de quoi la Réforme fut officiellement reconnue.

Des discussions analogues eurent lieu à Berne et à Bâle, avec le même résultat. Mais les cantons agricoles du centre restaient attachés au catholicisme. Une guerre civile s’ensuivit, dans laquelle Zwingli fut tué à Kappel. 

Zwingli, un logicien vigoureux, alla beaucoup plus loin que Luther. Tout ce qui n’était pas positivement enseigné dans l’Écriture sainte devait être aboli à ses yeux. La Cène n’était qu’un mémorial et le Christ n’y était pas présent. Les images traitées d’idoles furent enlevées des Églises. Rien ne resta plus de l’ancienne liturgie. On se réunissait pour prier, lire la Bible, et entendre la prédication.

Le Réformateur de l’Alsace, Martin Bucer (1491-1551), avait été amené à la foi par Luther, mais par la suite, il accepta sur plusieurs points les idées de Zwingli. L’Église de Strasbourg reçut en conséquence une organisation originale, intermédiaire entre le luthéranisme et le zwinglianisme.

En langue française, Lefèvre d’Étaples (1455-1536), professeur à la Sorbonne, se mit à étudier les Écritures. Dans un commentaire sur les épîtres de Paul, il affirma, avant Luther, la suffisance de la Bible et la justification par la foi. Le titre de Père de la Réforme française lui a été donné.

Le principal artisan de la Réforme en Suisse romande fut Guillaume Farel (1489-1565), un disciple de Lefèvre d’Étaples. Il évangélisa le pays de Vaud et le Jura, et village après village se détachait du catholicisme. Il introduisit la Réforme à Genève en soutenant une discussion publique avec les théologiens catholiques. Le Conseil de la ville promulgua un édit qui enjoignait à tous de vivre selon l’Évangile. Grâce à la générosité des Églises vaudoises, la Bible française d’Olivétain put paraître. C’est cette traduction, diversement révisée, qui a été en usage dans les Églises de langue française jusqu’au 19e siècle.

Le progrès dans la foi de Jean Calvin (1509-1564) était si rapide que très vite après sa conversion, on se mit à le considérer comme un maître et à le consulter de tous côtés. Il rédigea pour son ami, Nicolas Cop, recteur de l’université, un discours très évangélique qui provoqua une immense sensation et l’obligea à quitter Paris précipitamment.

Réfugié à Bâle, après diverses pérégrinations, il entreprit la publication, en 1535-1536, d’un traité de doctrine, destiné à éclairer et à affermir les croyants, l’Institution chrétienne. Dans une magnifique préface, il dédia cet ouvrage au roi François 1er, dans l’espoir de calmer sa colère excitée par l’affaire des placards. Calvin espérait pouvoir vaquer tranquillement à ses études, mais Farel l’adjura de s’arrêter à Genève. Toutefois, les Genevois furent mécontents de la discipline que Calvin voulut introduire dans la célébration de la Cène. Les deux réformateurs furent donc bannis.

Calvin fut appelé à Strasbourg par Bucer pour diriger la communauté des réfugiés français. Ce séjour à Strasbourg fut très important pour l’organisation ultérieure des Églises réformées.

Entre-temps à Genève, les désordres se multipliaient et faisaient regretter le régime ordonné de Calvin. Aussi se décida-t-on à rappeler le réformateur. Pendant les 23 ans de son second séjour à Genève, Calvin travailla à organiser les Églises réformées.

La doctrine calviniste se distingue par son biblicisme et sa logique. Toute la théologie est basée sur la révélation de Dieu dans l’Écriture. Calvin exalte la souveraineté de Dieu, son honneur. Il croit à la double prédestination des élus et des réprouvés, et en conséquence, il insiste sur l’assurance que le racheté peut avoir de son salut tout entier dû à la grâce de Dieu.

Calvin abolit l’épiscopat et diminua la distance qui sépare le clergé des laïques. Les pasteurs sont chargés de la prédication et de l’administration des sacrements. Ils sont consacrés par leurs collègues et n’ont pas de supérieur hiérarchique. Les docteurs doivent instruire les enfants. Les anciens veillent à la discipline de l’Église. Les diacres s’occupent des pauvres et des malades.

La liturgie de l’Église de Genève se distingue par sa gravité et sa simplicité. Le culte n’est pas une messe expurgée, mais un ordre de service original, correspondant aux besoins de la piété protestante.

Les dernières années de Calvin furent fécondes. Genève devint la ville modèle qu’il désirait. Calvin prêchait, enseignait, conseillait. Ses ouvrages se composent de 50 gros volumes, sa correspondance s’étendait des souverains d’Europe jusqu’aux personnes les plus humbles. Par son style vif et clair, il est un des créateurs de la prose française.

Les persécutions violentes n’arrêtaient pas le progrès du protestantisme en France. Les Églises de Suisse allemande ne tardèrent pas à renoncer au zwinglianisme strict pour embrasser le calvinisme. En Allemagne, l’électeur du Palatinat, inspirateur du célèbre Catéchisme de Heidelberg, devint calviniste et le comte de Hesse suivit son exemple. En Pologne, Jean Laski (1499-1560) prêchait la foi nouvelle.

En Ecosse, John Knox (1505-1572), un disciple enthousiaste de Calvin, enflammait les foules et tonnait contre l’idolâtrie et la corruption des mœurs. En 1560, les affaires ecclésiastiques furent portées devant le Parlement écossais. L’Église d’Écosse fut organisée sur le modèle de celle de Genève : même doctrine, même discipline rigide, même liturgie, même indépendance de l’EÉglise en face de l’État. L’épiscopat fut aboli ; l’Église devint presbytérienne, c’est-à-dire basée sur le gouvernement des anciens.


 

John Knox (1505-1572)

La Réforme anglicane

Le Nouveau Testament traduit en anglais par Tyndale s’était répandu en Angleterre. Le roi Henri VIII, souverain despotique et sensuel, après 20 ans de mariage, voulut répudier sa femme, Catherine d’Aragon. Le pape, embarrassé, louvoya. Alors, sur le conseil de Cranmer, qui devint plus tard archevêque de Canterbury, le roi décida de faire trancher la question par le clergé anglais, et il épousa Anne Boleyn.

Pendant ce temps, le Parlement promulguait diverses lois qui de plus en plus restreignaient les droits du pape. Pour finir, en 1534, l’Acte de suprématie proclamait le roi «seul chef suprême sur terre de l’Église d’Angleterre» et lui accordait le droit d’y réprimer et corriger les hérésies et les abus. Le pape excommunia le roi.

Pendant la vie de sa troisième femme, Jeanne Seymour, le roi détruisit plusieurs couvents et s’empara de leurs richesses. Il fit même répandre la Bible en anglais. Mais il ne voulait rien savoir du protestantisme véritable et restait attaché aux superstitions anciennes. Il décapitait les catholiques comme rebelles et brûlait les protestants comme hérétiques. Cranmer ne se maintint qu’à force de diplomatie.

Édouard VI (successeur d’Henri VIII) avait été élevé par des protestants. Cranmer appela des théologiens étrangers, Bucer, Laski, Knox, qui donnèrent à l’Église d’Angleterre une confession de foi calviniste et une liturgie anglaise débarrassée des erreurs romaines, le Book of Common Prayer. L’organisation épiscopale fut maintenue, de même que la pompe du culte, mais le protestantisme était nettement établi. Le prédicateur Latimer prêchait l’Évangile en tout lieu.

La Réforme dissidente

Le mouvement luthérien, calviniste, anglican, avait abouti à la formation d’Églises protégées par l’État et dont tous les citoyens d’un pays devaient autant que possible faire partie. Quelques évangéliques de Zurich conçurent le plan de fonder une Église totalement séparée de l’État, et dans laquelle n’entrerait qu’un petit nombre d’adultes vraiment convertis.

Ils s’opposaient, par conséquent, au baptême des enfants, et rebaptisaient leurs adhérents ; d’où leur sobriquet d’anabaptistes ou rebaptiseurs. Ils ne se révoltaient pas contre l’État, mais considéraient l’État comme une institution mondaine. Ils ne voulaient pas être magistrats, ni prêter serment, ni porter les armes. En doctrine, ils niaient la prédestination et insistaient sur la nécessité des bonnes œuvres comme fruits de la justification.

Menno Simons (1496-1561)


Les premiers chefs du mouvement furent Grebel, Manz et Blaurock. Après une discussion publique entre Zwingli et les anabaptistes, le Conseil de la ville prit des mesures répressives. Grebel fut mis en prison, Blaurock chassé de la ville, et Manz noyé dans le lac de Zurich. Persécutés à la fois par les catholiques et par les protestants, les anabaptistes se multiplièrent, pourtant en Suisse, en Allemagne, en Bohême.

Un prêtre converti, Menno Simons (1496-1561), amena de l’ordre aux communautés anabaptistes. Pendant 25 ans, il travailla inlassablement, par la plume et par la parole, en Allemagne du Nord et en Hollande. Ses adhérents, reconnaissants, prirent alors le nom de Mennonites. Persécutés partout ailleurs, les Mennonites finirent par obtenir la tolérance aux Pays-Bas.

Conclusion

Ce demi-siècle d’histoire a eu pour résultat que le protestantisme domine en Scandinavie, dans les îles britanniques, dans la plupart des États allemands et des cantons suisses. Il constitue une forte minorité en Pologne, en Hongrie, en Bohême, en France. Seules, l’Espagne et l’Italie sont restées pleinement attachées au catholicisme romain.

Toutes les Églises protestantes sont d’accord pour ne pas vouloir d’autre autorité que celle de la Bible, pour affirmer le Salut gratuit, par grâce, et la justification par la foi, et pour rejeter les principales erreurs romaines (sacerdoce, messe, transsubstantiation, culte des saints, purgatoire). Elles divergent entre elles sur les sacrements, la forme du culte, l’organisation ecclésiastique et la relation avec l’État.

La Réforme a été le plus grand mouvement de réveil religieux. Les pays protestants ont vu leur moralité croître. Il y a eu, indéniablement, une action puissante de l’Esprit de Dieu.

La Réforme peut se résumer en cette petite phrase : un retour à la Bible, seule autorité en matière de religion. C’est au nom de la Bible et pour s’y conformer que la Réforme a supprimé dans la doctrine et dans le culte tout ce qui n’est pas biblique. C’est selon ce même principe qu’elle organise, en dehors de Rome, une Église qui se veut exclusivement biblique. Nous devons tout puiser en cette fontaine, dit Calvin en parlant de la Bible, et ne rien imaginer en notre cerveau.

Cet article est tiré du livre de J.M. NICOLE, «Précis d’Histoire de l’Église», (Éditions de L’Institut Biblique, Nogent-sur-Marne, France, 1982), 289 p.

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