L’interventionnisme mine la croissance

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Dans nos analyses sur la performance économique, nous avons souvent tendance à minorer l’impact des institutions. Or, celles-ci déterminent dans une grande mesure la croissance et le développement. Face aux scandales qui secouent le pays, il est nécessaire de le rappeler à ceux qui nous gouvernent. Il n’y a pas que nous, d’ailleurs.

Le Fonds monétaire international (FMI) a été sans équivoque sur la question dans son message aux autorités à l’issue de sa mission au titre de l’Article IV. Il se résume ainsi : se hisser au rang de pays à revenu élevé est une ambition très valable, mais faut-il pour autant se donner les moyens de ses ambitions.

En d’autres mots, le projet de passer à une étape supérieure de développement ne sera viable que si le pays dispose «d’institutions solides et indépendantes». Le FMI ne passe pas par quatre chemins pour dire la vérité aux puissants du jour. Cela avec raison, car plusieurs études ont démontré le lien étroit entre la croissance et la qualité des institutions.

N’en déplaise au ministre Mentor qui lit la presse «avec dégoût», probablement depuis qu’il est au pouvoir, il est nécessaire de mettre en exergue l’influence négative sur l’économie mauricienne de l’ingérence politique dans nos institutions. Certes, cette pratique ne date pas de l’alliance Lepep, mais elle n’a pas changé en dépit des promesses électorales. Au contraire, nous avons assisté dans certains cas à une amplification de l’interventionnisme politique.

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a eu raison d’inviter l’Attorney General à se retirer, le temps de faire la lumière sur les allégations portées contre lui. Il y va de l’image de notre centre financier international. Toutefois, pour éviter toute mauvaise perception, comme se plaisent à dire les dirigeants, le gouvernement devrait s’attaquer à la racine du mal : les nominations politiques. La seule façon d’y parvenir, c’est à travers l’établissement d’une procédure transparente pour la désignation de ceux et celles qui siégeront sur les conseils d’administration d’organismes publics et parapublics.

La professionnalisation de l’exercice de nomination est d’ailleurs un engagement de la coalition Lepep. Après avoir constaté que «les institutions qui ont pour mission d’agir en chien de garde ont été transformées en instruments politiques», l’état-major de l’alliance promettait, en novembre 2014, de libérer «notre société de l’emprise d’une corruption généralisée, du favoritisme, du népotisme, des mafias et des ingérences politiques».

Deux ans après, on attend toujours de voir ne serait-ce que le signe d’un début de changement de cap. D’autant plus que pour espérer se remettre en selle, l’alliance Lepep n’a d’autre choix que de miser sur une reprise économique. Ce ne sera pas chose facile sans l’appui d’institutions efficientes. Le gouvernement s’en est probablement rendu compte. D’où sa décision de créer l’Economic Development Board ? L’on serait tenté de le croire, mais à voir le positionnement de certains apparatchiks, le risque de voir basculer un tel outil entre de mauvaises mains est bien réel. À moins que l’engagement de «mettre fin aux nominations inadaptées» ne se matérialise in extremis. Attendons voir!

En même temps, il ne servira à rien d’essayer de trouver des compétences (étrangères) rares pour un tel poste si par la suite celles-ci sont contraintes de devenir des valets du pouvoir. Surtout que l’on se rapproche des prochaines consultations populaires. Une période fertile aux ingérences en tout genre.

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