Illusoire à moins…

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L’objectif est clairement affiché: «stimuler l’investissement». Pour ce faire, le comité de politique monétaire (CPM) de la Banque de Maurice «has gone out of its way», comme dirait l’Anglais.

C’est le cas de le dire car avec la baisse de 50 points de base du taux directeur, la Banque centrale porte les taux d’intérêt à un niveau historiquement bas. Le plus bas depuis le pic de 9,25 % atteint dans le sillage de la mise sur pied du CPM en avril 2007.

Si la communauté des affaires se félicite de cet ajustement réclamé et obtenu, en revanche, l’impact de cet outil demeure limité. D’autant plus que le Fonds monétaire international avait recommandé, il y a à peine un mois, une modernisation de la structure monétaire afin de répondre efficacement aux chocs externes. Ce qui implique que tel n’est pas le cas actuellement car nous sommes toujours dans l’attente des réformes annoncées par Ramesh Basant Roi, Gouverneur de la Banque centrale.

Le Premier ministre, qui est aussi ministre des Finances, semble être sensible aux limites de l’instrument monétaire. D’où sa décision, deux jours après le coup de semonce de la Banque centrale, d’introduire un Exchange Rate Support Scheme, de même qu’une contribution de Rs 1 250 par tonne de sucre à l’intention des exportateurs et des sucriers respectivement.

Aux yeux de nombre d’observateurs, il sera difficile pour la Banque de Maurice de maintenir cette posture très longtemps car elle s’apparente à courir après l’Impossible Trinité. Selon Robert Mundell et Marcus Fleming, il est difficile pour un pays opérant à l’échelle internationale d’atteindre trois objectifs à la fois : limiter la flexibilité de son taux de change, poursuivre une politique monétaire indépendante et jouir d’une parfaite liberté de circulation des capitaux. 

Dans le cas qui nous occupe, c’est justement la valeur de la roupie qui inquiète les entrepreneurs engagés dans l’exportation. Or, les facteurs qui contribuent au raffermissement de la monnaie locale ne sont pas nécessairement endogènes. Il serait donc présomptueux de vouloir contrôler des éléments qui dépassent le cadre de nos compétences. Référence est ici faite aux événements géopolitiques ou encore à la guerre des monnaies à laquelle se livrent constamment les superpuissances économiques. La rupture du mécanisme de transmission monétaire provoquée par l’excès de liquidités dans le circuit local rend la tâche encore plus ardue. 

Partant de ce postulat, il serait illusoire de s’agripper au levier monétaire pour espérer un rebond de la croissance économique. Car comme le constate le Gouverneur de la Banque de Maurice, il n’y a pas eu de reprise de l’investissement privé. Cela, en dépit de la politique monétaire accommodante. Et comme nous le dit, cette semaine, le numéro deux du groupe Medine, Thierry Sauzier, le niveau des taux d’intérêt n’est pas l’unique déterminant de l’investissement.  

La détente monétaire n’est donc qu’un palliatif et ne devrait pas être perçue comme un instrument pouvant servir à améliorer la compétitivité. Les opérateurs économiques gagneraient à saisir l’opportunité de cette bouffée d’oxygène, notamment du point de vue de la trésorerie, pour renforcer les fondamentaux de l’offre au moyen de stratégies reposant sur l’innovation. Le CEO de Business Mauritius, Raj Makoond, le concède : «Les réformes structurelles doivent être accélérées». 

Autrement, nous allons nous retrouver à chaque coup de vent à nous tourner vers la Banque de Maurice pour des solutions illusoires avec les risques que cela comporte sur le plan social. À ce titre, la vigilance devrait être de mise de la part des autorités étant donné que de nombreux épargnants, souvent sans aucune notion financière, pourraient être tentés de faire fructifier leurs maigres économies par des moyens peu conventionnels. Il y va de la responsabilité des régulateurs afin d’éviter que des personnes sans scrupules ne profitent de l’environnement de faible taux d’intérêt pour échafauder des Ponzi schemes.

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