Syndrome du court-termisme

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Finalement, ils souffrent tous de cette terrible maladie ! Celle qui empêche nos dirigeants politiques de voir plus loin que le bout de leur nez. Cette pathologie se déclare lorsque les gouvernants sont en permanence dans une posture électorale, réduisant ainsi leur champ de vision.

De passage à Maurice récemment, Justin Allen, expert du groupe RBL, fait la même observation : «Il y a un manque de vision dans le secteur public», relève-t-il. Pourtant, «les opportunités sont énormes», mais cette fixation sur le court terme ne permet pas de les saisir.

Le Fonds monétaire international ne manque pas, non plus, de nous le rappeler à l’issue de sa mission de consultation au titre de l’Article IV. Certes, Amadou Sy constate que «l’économie mauricienne demeure robuste», mais le chef de la délégation du FMI met également en garde contre les «vulnérabilités croissantes». Comment s’y attaquer ? Certainement pas au moyen des mesures à court terme visant plus particulièrement à essayer d’assurer sa réélection.

Ces remarques de l’institution de Bretton Woods nous invitent également à faire preuve de circonspection et ne pas se laisser subjuguer par les prévisions de 3,9 % de croissance. Car, comme l’expérience le démontre, ces chiffres sont souvent réactualisés à la baisse.

Cette situation ne nous est d’ailleurs pas étrangère ; nous la vivons déjà avec les calculs de l’institut de statistique. Elle est la résultante d’une incapacité, voire d’une absence de volonté de la part des pouvoirs publics à se projeter vers un nouveau modèle. Un sondage mené ce mois-ci auprès des journalistes du groupe La Sentinelle soulève la même problématique du manque d’idées nouvelles de la part de la cuvée 2017.

C’est donc dans l’ordre des choses qu’au lieu de se prononcer sur les ambitions mauriciennes de se hisser dans la ligue des pays à haut revenu, la mission Sy lance un pavé dans la mare. «Pour passer à la prochaine étape de son développement économique, Maurice devrait pouvoir compter sur des institutions solides et indépendantes». Aux yeux d’Amadou Sy et de ses pairs, c’est la seule façon pour surmonter «the variety of policy challenges».

Outre l’indépendance des institutions, la délégation du FMI aborde la question de crédibilité. Il est nécessaire, selon elle, de rebâtir la crédibilité de la cible budgétaire. Des commentaires qui interviennent après que les autorités ont décidé de reporter la date de mise en conformité avec la Public Management Act. Précédemment à 2018, celle-ci a été portée à 2021 avec en prime un relèvement du plafond, qui passe de 50 % à 60 % du PIB. Difficile de croire que cela aurait échappé à l’œil des experts étrangers dans le sillage des intenses débats qui ont eu lieu sur la dette publique avec le projet Metro Express.

En sus d’encourager le gouvernement à prévenir des dérapages budgétaires, l’équipe d’Amadou Sy l’invite à voir à plus long terme en se dotant de l’espace fiscal pouvant lui permettre d’investir dans l’infrastructure et le capital humain. Car ils demeurent les parents pauvres des programmes économiques. Le FMI en veut pour preuve le niveau du déficit budgétaire, ramené de 3,6 % en 2015-16 à 3,4 % durant la dernière année fiscale. Tel est le cas, non pas parce qu’il y a moins de gaspillage des fonds publics, mais parce que le secteur public n’arrive toujours pas à mettre en œuvre ses projets.

Aussi longtemps qu’il n’y aura pas de rupture avec cette vision court-termiste, les politiques devraient se tenir prêts à être évacués de l’Hôtel du gouvernement à la fin de leur mandat.

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