Santé: Les malades du «chiffres» system

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Une décision du ministère de la Santé trouble ces jours-ci ses relations avec les médecins de l’État. Un bras de fer sur fond d’argent, découlant d’un calcul, de compte de pertes et de profits, nous en dit long sur la vocation et la motivation première des professionnels à qui la population confie sa vie. Le peuple se rend compte de l’état d’esprit de ceux qui veulent concilier le serment d’Hippocrate – qui consiste à soigner, à guérir, à sauver des vies – avec le souci d’épaissir le portefeuille. Le médecin qui, lorsque le gouvernement veut appliquer le shift system, évoque les chiffres, un manque à gagner et le faible retour sur investissement de cinq années d’études, a du mal à convaincre du bien-fondé de sa position. 

Il n’est même pas nécessaire de faire un dessin ou évoquer quelque étude de The Lancet pour savoir qu’un médecin travaillant de trop longues heures est gagné par la fatigue. Et que c’est dangereux d’exposer des malades à un médecin qui a travaillé dix, 20 ou 30 heures d’affilée ; le risque de mauvais diagnostics et prescriptions pouvant entraîner des complications, voire la mort. Le médecin qui travaille 24 heures ou même 36 heures de suite ne peut prétendre être au summum de sa forme. À moins d’être surhumain.

Des recherches ont été faites pour démontrer le lien entre la fatigue et l’efficacité de la prestation du médecin. Et il est établi que les nouveaux médecins sont plus facilement gagnés par la fatigue que leurs anciens confrères. Le hic, c’est que les nouveaux sont plus tentés de s’engager pour de longues heures, contrairement aux anciens. Ces derniers, parfois très bien installés ou établis, ont une pratique privée qui leur rapporte autant, tout en leur permettant de mener une vie tranquille, en famille. 

Ce qui nous pousse à voir dans les protestations qui s’exposent ces jours-ci sur l’abolition du shift system, non seulement la qualité de la prestation que reçoit le patient, mais aussi l’effet des durées prolongées de travail sur le bien-être physique et mental du médecin. Travailler jusqu’à l’épuisement, lit-on ailleurs, est facteur de dépression. Ce qui est néfaste pour la santé du médecin lui-même. 

De longues heures de travail rendent faible la qualité du handing over. Le compte-rendu du médecin ayant travaillé 24 ou 36 heures avant que son collègue prenne le service souffre en qualité. C’est peut-être ce que le jargon médical appelle des unsafe shifts.

 Conclusion

Les propos avancés dans cet article viennent du profane, du patient, celui-là même qui est peut-être le mieux placé pour se prononcer sur la prestation du médecin. C’est celui qui fréquente l’hôpital et le centre de santé qui souffre en premier lieu d’un service qui, malgré les milliards de roupies injectées par le gouvernement, lui impose des médecins fatigués. 

Nous pensons qu’il est nécessaire de fixer aussi le nombre d’heures par semaine que le médecin peut travailler. On ne dit pas que cela va régler tous les problèmes associés à la prestation des services publics de santé. Mais en nous offrant un médecin «frais», ayant la patience de nous écouter, on court moins de risques d’être victimes d’erreurs dues à la fatigue et au overwork.

En l’absence d’une association pour la sécurité des malades, des patients et de ceux qui utilisent les services publics de santé, il n’y a que la réglementation du ministère sur lequel on doit compter. En espérant que le bon sens l’emporte sur les chiffres. Il y va de notre vie !

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