Metro Express : Avortement à huit mois et demi

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La raison évoquée par Roshi Bhadain pour démissionner de son siège parlementaire, et provoquer la prochaine élection partielle au n°18 (Belle-Rose–Quatre-Bornes), est la contestation du projet Metro Express du gouvernement Lepep, nous le savons tous. Mais pourquoi cette obsession si tardive par rapport à ce projet dont on parle peut-être depuis plus de 25 ans ?

En effet, il faut retourner aussi loin que les années 90. Cela, pour retrouver les premières velléités des politiciens de rechercher un mode alternatif de transport public pour résoudre les embouteillages dans nos villes. Les gouvernements qui se sont succédé à partir de ce moment- là ont tous exprimé le besoin de trouver une solution à l’embouteillage sur nos routes, allant du bus lane au Light Rail Transit System, aussi connu comme le métro léger.

À la veille des dernières élections générales de 2014, le gouvernement travailliste de Navin Ramgoolam tenta bien de réaliser le projet de métro léger. Mais devant la levée de boucliers de la population, il dut vite abandonner. On assistait, croyait-on, à l’enterrement première classe de ce projet éléphantesque en termes de coût, qui aurait mis l’économie nationale dans une situation difficile, tant le niveau de la dette publique est énorme.

De plus, Maurice étant une si petite île, un tel moyen de transport en commun comportant plusieurs wagons se déplaçant au sol allait être difficilement réalisable.

Au fait, soulignons que le terme «métro» est le diminutif de métropolitain ou métropole, soit les grandes villes des grands pays. Donc, il est essentiellement intra-urbain. Le métro est, dans les grandes villes comme New York, Shanghai, Pékin et autres, uniquement urbain et souterrain ; celui de Londres est d’ailleurs connu comme l’«Underground».

Ici à Maurice, le nôtre sera totalement au sol et aérien uniquement là où le passage au sol sera impossible. On voit donc mal comment, dans nos petites villes, le métro pourrait cohabiter avec nos moyens traditionnels de transport.

Projet désiré

Le grand problème actuel, c’est que le gouvernement s’est engagé avec l’Inde à pourvoir notre pays de ce moyen de transport, sans tenir compte du désaccord de la population.

De plus, l’ex-ministre Roshi Bhadain, qui allait essuyer un camouflet avec le projet Heritage City, était alors parti quémander l’aide financière de l’Inde pour le réaliser. Il se sert aujourd’hui du Metro Express pour régler ses comptes avec ses anciens partenaires.

Jayen Chellum, de l’Association des consommateurs de l’île Maurice, et d’autres adhérents à sa lutte, jurent par tous les saints qu’ils finiront par faire avorter le bébé conçu maintenant depuis huit mois et demi. Cela, à coups d’élection partielle, de grève de la faim de deux jours, de tête rasée devant le Parlement…

Pourtant, comme annoncé en amont, le projet était désiré par les politiciens depuis belle lurette. Ceux qui sont contre aujourd’hui ont eu tout le loisir d’empêcher sa conception avant même la relation qui a mis le bébé en route. Mais c’est dans la culture mauricienne de prendre la tisane quand la mort a déjà frappé à la porte. Maintenant que le bébé montre déjà le bout de son nez, comment provoquer son avortement ?

Le gouvernement s’est tellement engagé avec l’Inde que renoncer à la réalisation du projet coûtera les yeux de la tête financièrement et affectera nos relations avec la Grande péninsule. N’oublions pas l’affaire Betamax. (NdlR : Le contrat fut signé sous l’ancien gouvernement et annulé par le suivant. La menace d’une amende de Rs 5,2 milliards payable par les contribuables pèse sur le pays.) Il semblerait que l’on est condamné à vivre avec le Metro Express, qu’on le veuille ou non.

Ce qui est plus inquiétant encore, c’est que Paul Bérenger attend que le contrat soit signé le lundi 31 juillet pour se prononcer sur la question. Et si jamais il découvrait alors qu’il y a anguille sous roche, comment s’y prendrat- il pour empêcher la réalisation du Metro Express ? Déclarera-t-il que le projet est déjà inévitable ? Les contestataires du CT Power Project à Albion ont pourtant bien ouvert la voie, montrant que le «timing» pour faire échec à un projet dangereux se fait avant et pas après que celui-ci est finalisé.

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