Métro, avons-nous des raisons de douter ?

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Les pouvoirs publics peinent à convaincre sur le projet Metro Express. Pourtant, nul ne conteste le fait que la voie de la modernisation est le seul choix possible afin de tirer Maurice du piège du revenu intermédiaire dans lequel le pays s’est enfermé depuis trop longtemps. Qui plus est pour un pays à vocation touristique – plus de 1,2 million de visiteurs en 2016 –, il n’est plus possible de continuer avec un système de transport archaïque.

Pour justifier la démarche de son gouvernement, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a avancé plusieurs raisons lors de sa conférence de presse. Il a mis en exergue des économies qui seront réalisées à divers niveaux. À commencer par la congestion routière qui, selon les calculs des autorités, coûte au pays Rs 5 milliards chaque année. Un point qui ne souffre d’aucune contestation. Sans une attention urgente, les embouteillages finiront par entamer la compétitivité de l’économie mauricienne.

Dans la forme donc, il y a matière à consensus sur la nécessité de moderniser le pays. En revanche, dans le fond, le gouvernement se retrouve face à une crise de crédibilité. D’où son incapacité à convaincre. Il faut dire à sa décharge que ce n’est pas le seul régime à souffrir de ce mal. Ceux qui l’ont précédé en ont également fait les frais avant d’être dégagés de l’Hôtel du gouvernement. En cause : l’absence d’une vision définissant clairement les priorités du gouvernement dans différents domaines ainsi que les objectifs pour les atteindre.

L’approche descendante (top-down) choisie par le pouvoir en place, après avoir semé le doute dans la tête des gens durant la campagne électorale pour faire passer son projet de métro, va forcément provoquer des réactions négatives. Rien de plus normal que ceux qui ont recruté la coalition Lepep aux dernières législatives questionnent ses initiatives. D’autant plus qu’il s’agit de Rs 18 milliards de fonds publics en jeu, voire plus connaissant les antécédents du secteur public en matière de dépassement de budget. Quand on a été tellement habitué à des retournements de veste, il est extrêmement difficile de se fier aux engagements pris par les hommes politiques. Ce n’est certainement pas la population qui dira le contraire après avoir vu des vertes et des pas mûres en l’espace de ces deux ans et demi.

Afin justement d’éviter de créer un climat de suspicion et de méfiance, le gouvernement aurait dû favoriser une combinaison entre l’approche descendante et ascendante. C’est-à-dire impliquer davantage la société civile. Celle-là même qui fait et défait les gouvernements.

Singapour, qui nous sert souvent de modèle, a beaucoup à nous apprendre sur la question. Son Committee on the Future Economy (CFE) institué en janvier 2016 pour développer les stratégies économiques pour la prochaine décade sera certainement une source d’inspiration pour nos dirigeants, plus particulièrement pour ceux n’ayant pas encore pris la mesure de l’importance des consultations publiques.

Avant de soumettre ses recommandations au chef du gouvernement singapourien après une année de travaux, ce comité a tenu des discussions avec plus de 9 000 parties prenantes opérant dans des secteurs aussi variés que l’éducation et le commerce, de même que les représentants syndicaux. Cet exercice témoigne d’une prise de conscience que des trocs sont nécessaires, surtout lorsque les ressources sont limitées.

C’est plus facile de créer un sentiment d’appartenance à un projet d’envergure quand il y a une feuille de route bien définie et comprise par la population. Autrement, l’on se retrouve dans la situation telle qu’elle est aujourd’hui.

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