État d’urgence politique

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Alors que la reprise mondiale «s’affermit», ici, à Maurice, nous nous acharnons à tuer toute possibilité de relance. La faute à une équipe qui n’était pas préparée à prendre le pouvoir. Aujourd’hui, nous en payons le prix fort.

Pourtant, avec l’installation de l’alliance Lepep à l’Hôtel du gouvernement en décembre 2014, les ingrédients étaient réunis pour un changement de cap. D’abord, le pays renouait avec sir Anerood Jugnauth, un Premier ministre ayant fait ses preuves. Et son association avec Vishnu Lutchmeenaraidoo, parachuté au Trésor public, ne pouvait qu’être bénéfique pour sortir le pays de son état de piétinement. Ce sentiment fut d’ailleurs confirmé par les sondages menés à l’époque auprès des consommateurs et des entrepreneurs.

Le feel good factor n’a toutefois été que de très courte durée. Nous écrivions ainsi en décembre dernier que 2016 avait été l’année de la grande désillusion. Sept mois après, le constat est encore plus troublant. Le pays continue de foncer dans le mur sans que personne n’arrive à raisonner les kamikazes.

Le discours menaçant du vice-Premier ministre et ministre du Logement et des terres, Showkutally Soodhun, à l’encontre du chef de l’Opposition, Xavier-Luc Duval, est une attestation de l’état de décrépitude dans lequel se trouvent les institutions du pays.

Inutile de chercher le point de basculement ou encore d’essayer d’identifier l’élément déclencheur de cette descente aux enfers. La réalité est que nous sommes désormais en état d’urgence politique. Diverses crises témoignent de cette situation. À commencer par la crise de gouvernance. Sous ce chapitre, nous sommes désormais en zone rouge. La racine du mal : la persistance des dirigeants politiques à confier la direction des institutions publiques à leurs protégés, non pas sur la base de leurs compétences mais plutôt en raison des affinités qu’ils partagent et surtout de leur loyauté.

Du coup, ils ne sont plus capables de demander à ces mêmes personnes de step down, voire de step aside lorsque la décence l’exige. En résulte une crise de leadership. Ce qui est beaucoup plus grave. Quand un dirigeant n’arrive pas à asseoir son autorité sur ses troupes, tout part en vrille. Le fait que Showkutally Soodhun soit toujours le numéro quatre du gouvernement en est la parfaite illustration. Otages des lobbies et autres intérêts partisans, les chefs de parti ont très souvent du mal à s’émanciper pour se muer en hommes d’État. La preuve.

Le risque de voir s’aggraver la situation est bien réel si rien n’est entrepris pour désamorcer ce qui est devenu une bombe à retardement. Car au bout du compte, cette perte de légitimité de ceux qui détiennent la clef de la cité aura de très lourdes conséquences du point de vue économique. Nous l’avons vu dans le passé et cela ne manquera pas de se répéter.

L’incertitude, surtout lorsqu’elle est artificielle, pousse les agents économiques à reporter certaines décisions. Statistics Mauritius, qui semble avoir déjà anticipé cette posture, prévoit une faible croissance de 2,7 % de l’investissement privé cette année comparé à 6,2 % en 2016. Non seulement cela ne répond pas à nos ambitions, mais cette posture ne nous permettra pas non plus de nous accrocher à ce «nouvel élan» constaté cette semaine par le Fonds monétaire international.

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