Le moment «Kodak»

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Pour la troisième semaine consécutive, ce supplément économie de l’express vous invite à prendre le pouls des changements fondamentaux qui secouent la fiscalité internationale. Un choix inspiré de l’urgence et du désarroi que nous ressentons dans ce secteur. 

Le secteur offshore vit son moment «Kodak». Rappelez-vous cette compagnie, leader mondial des films de photos mené à la faillite à l’arrivée de l’appareil numérique. La littérature des affaires abonde de leçons à tirer de cette situation. À première vue, on y voit un cas classique de changement dans la technologie que les dirigeants auraient peu ou mal anticipé. Or, les nombreux témoignages révèlent que tel n’a pas été le cas. Le changement était non seulement évident, mais compris et abondamment discuté. C’est d’ailleurs au sein même de Kodak qu’a été développé le premier prototype de caméra numérique. Un appareil resté au placard faute d’approbation de la direction pour le commercialiser. La raison: la crainte de tuer la poule aux œufs d’or qu’était la pellicule argentique. 

En parallèle, son rival Fuji a su se réinventer et est encore en activité. 

Nous traversons aujourd’hui une situation qui y ressemble dans le secteur de l’offshore où l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) réécrit les règles du jeu de manière fondamentale. Que faire lorsque la poule aux œufs d’or est enterrée par nos partenaires commerciaux ?

Dans ces moments de crainte, l’exhortation des opérateurs à ne pas signer les accords de l’OCDE ressemble à cette crainte de tuer la poule aux œufs d’or. C’est d’ailleurs l’option qu’a choisie le gouvernement qui n’a pas encore signé l’accord, tenant en suspens le secteur et le pays. Cela pourrait encore marcher pour un certain temps. Ce qui n’enlève en rien l’impératif de chercher des pistes de solutions post-OCDE. Ce serait alors de Fuji qu’il serait utile de s’inspirer. Qu’est-ce que Fuji a fait de différent de Kodak ?

Selon le professeur Henrich Greve de l’Insead, Kodak aurait cherché à « maintenir le contrôle sur ses clients ». Alors qu’à l’opposé, Fuji s’est demandé : «à quoi suis-je bon ? En quoi ce que je sais sera utile aux consommateurs dans le monde de demain ?» D’où la diversification dans de nouveaux marchés plus complexes, même s’ils se sont avérés moins lucratifs. 

Dire que le secteur offshore mauricien est un «kodak» en puissance serait injuste. Les nombreux commentaires récoltés témoignent de ces leaders «Fuji» qui voient dans l’externalisation un moyen de donner davantage de «substance» au secteur, autrement dit d’attirer des filières d’activité réelles. À ce titre, le rapprochement, voire la fusion entre l’offshore et le secteur du BPO est possiblement la voie du changement, même si les taux de rentabilité de ces activités n’ont rien de comparables. 

Au-delà de ces réponses dans le rayon de ce que nous connaissons déjà, il reste des activités à inventer de toutes pièces. Un défi que les Mauriciens ont déjà relevé dans le passé, même si cette transformation paraît lointaine. Souvenons-nous : qui aurait dit en 1960 que la pointe du Morne serait un haut lieu de l’hôtellerie de luxe ?

S’il n’est pas possible de prédire l’avenir, nous savons cependant que les transformations du XXIe siècle seront moins spontanées que celles du siècle précé- dent. L’avenir appartient aujourd’hui aux entreprises qui investissent dans des équipes de recherche et développement, ou, en d’autres termes, dans l’innovation. C’est cet axe qui est, à ce jour, le maillon faible des entreprises mauriciennes. Combien d’entre elles comptent des départements dédiés à cet effets? Combien d’entre elles prennent le temps du recul, de la réflexion et de la créativité pour s’inventer pas seulement de nouveaux gadgets, mais de nouveaux processus, de nouveaux modes d’emploi ? Une nouvelle approche aux besoins des clients ?

Se réinventer un avenir est un vaste chantier qui ne s’impose aujourd’hui pas au seul secteur offshore. La vulnérabilité d’un pilier ne présage-t-elle pas de vagues secondaires de changement pour tous les secteurs qui en dépendent ? Il est fort probable qu’une vague nationale de réforme suive celle qui frappe l’offshore. C’est la raison pour laquelle regarder de plus près l’offshore et ses défis ne peut qu’être un exercice salutaire pour toute l’économie mauricienne. 

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